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Dreamforce 2015 : Quand le patron de Salesforce plaisante avec le patron d’Uber

Travis Kalanick, CEO de Uber, était un des invités stars de Dreamforce 2015, la grand-messe annuelle de Salesforces. Et c’est un Mark Benioff, avide de récits sur la réussite fulgurante de cette start-up, qui a lui-même joué l’intervieweur.

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Dreamforce 2015 : Quand le patron de Salesforce plaisante avec le patron d’Uber
Dreamforce 2015 : Quand le patron de Salesforce plaisante avec le patron d’Uber © Emmanuelle Delsol

"J’ai appelé un Uber hier, et c’est un camion de construction qui est arrivé !" C’est avec cette anecdote, que Mark Benioff, CEO de Salesforce, a accueilli Travis Kalanick, le patron et cofondateur d’Uber, sur une des scènes de la conférence Dreamforce. Les patrons des deux entreprises phares de San Francisco ont échangé sur le ton de l’admiration mutuelle.

 

L’occasion pour Travis Kalanick de raconter comment son entreprise procède pour gérer l’afflux de demande sur un tel événement à San Francisco auquel près de 160 000 personnes participent durant 4 jours. Et c’est finalement assez simple : Uber prévoit, anticipe. Il a battu le rappel de ses troupes de chauffeurs et a lancé des campagnes pour en trouver d’autres, plusieurs semaines à l’avance, pour répondre à la demande. Ce qui explique sans doute, que même un conducteur de camion ait répondu à l’appel !

 

Derrière la réussite, l’anticipation

Pour Travis Kalanick, la fiabilité est au cœur de la réussite de sa plate-forme. Et cela commence avec la prédiction. À long terme, bien sûr, comme pour la conférence Dreamforce, ou un match de foot, mais aussi de plus en plus en temps réel. "Il faut faire en sorte que chauffeur et client se trouvent en moins de 15 minutes, explique Travis Kalanick. Au-delà, cela n’est satisfaisant ni pour le chauffeur, ni pour le passager." Le fondateur d’Uber considère son service comme une plate-forme de transport, derrière laquelle un algorithme permet aux deux parties prenantes de se trouver dans un temps raisonnable à un certain prix sur lequel ils s’accordent.

 

"Nous nous sommes lancés parce que le système des taxis était cassé"

Sur les nombreuses questions qui fâchent lorsque l’on parle d’Uber, Marc Benioff s’est montré plutôt bienveillant avec son hôte (et client), mais ne les a pas toutes éludées. Ce qui n’a pas empêché Travis Kalanick de réaffirmer, sans ambages, ses convictions. Poursuivant avec les anecdotes, Marc Benioff a ainsi rappelé qu’il se trouvait à Paris fin juin pour parler de l’expansion de son activité en France. Au moment même où les taxis, en colère contre Uber, bloquaient les accès aux aéroports parisiens et le périphérique de la Capitale.

 

Tentant de préserver son interlocuteur, le patron de Salesforce l’a interpellé : "Mais Travis, attaquer le business des taxis, ce n’est pas ce que vous vouliez quand vous vous êtes lancés ?" La réponse ne se fait pas attendre. "Ce n’est qu’à moitié juste, a rétorqué Travis Kalanick. Nous nous sommes lancés parce que le système des taxis était cassé. Les chauffeurs de taxis sont des gens biens, mais qui sont maltraités."

 

La question des chauffeurs employés oubliée

Rien, néanmoins, sur la question précise du travail et du statut indépendant, et non d’employés, des chauffeurs Uber. Travis Kalanick a simplement tenu à préciser qu’à l’occasion de Dreamforce par exemple, la moitié des chauffeurs travaillent moins de 10 heures par jour. Sous-entendu, pas de quoi en faire des employés.

 

À l’occasion d’une visite de presse le 14 septembre dans les bureaux de Uber à San Francisco, David Plouffe, Chief adviser officer de l’entreprise et ancien conseillé du président Barack Obama de 2011 à 2013 avait, lui, balayé le sujet d’un revers de la main. "Les chauffeurs, eux ne nous demandent jamais rien sur ce sujet", a-t-il alors affirmé.

 

C’est oublier l’interdiction d’Uber Pop en France, ou le procès intenté par des chauffeurs californiens à son encontre pour obtenir le statut d’employé. Le jugement d’une cour californienne début septembre, a même autorisé le prolongement de ce procès en class action.

 

Test d’Uber Business à Dreamforce

Mark Benioff a aussi poussé son invité à parler innovation. Avec une nouvelle anecdote. "J’ai voulu tester Uber Pool (le service de partage de trajets, ndlr), a-t-il raconté. Le chauffeur est venu me chercher, puis quelqu’un d’autre. Nous avons fait connaissance, il travaillait chez Goldman Sachs" Fou rire dans la salle et sur scène. "Je suis ravi que même les gens de Goldman Sachs préfèrent nos services, a plaisanté Travis Kalanick. UberPool est déjà un succès avec au moins 100 000 trajets chaque semaine dans les villes desservies."

 

Et même si les deux hommes ne l’ont pas évoqué, Dreamforce est justement l’occasion de tester une autre innovation : Uber Business. Elle permet de se créer un compte à part pour les déplacements professionnels avec une carte de paiement professionnelle, d’intégrer directement les notes de frais et de les interfacer avec le logiciel de l’entreprise. Au-delà du galop d’essai sur ses terres, Uber a obtenu l’engagement de 50 000 entreprises dans 58 pays, dont la Deutsche Bank, JPMorgan, Tesla, Evernote…

 

L’angoisse de la croissance rapide

Le nom de son entreprise s’est mué en substantif symbole de la transformation de l’économie par les plates-formes comme la sienne. L’ombre de "l’uberisation" fait trembler les plus gros industriels. Sûr de sa stratégie et de son service, Travis Kalanick a pourtant partagé une crainte qu’on pourrait penser absente de la Silicon Valley. Celle de ne pas arriver à gérer sa croissance. "Je suis un entrepreneur et j’aime ça, a-t-il confié à Mark Benioff. Mais j’ai encore beaucoup à apprendre. Et face à notre croissance, je reste cet ingénieur qui aime s’asseoir et discuter technologie. Mais je dois apprendre à gérer une plus grosse entreprise. Avant Uber, la plus grosse de mes sociétés a atteint 12 employés…"

 

Uber, lui, emploie 4 000 personnes après 5 ans d’existence. 40 000 chauffeurs l’utilisent en Californie, 25 000 à Chicago, 20 000 à Londres, ou 10 000 à Paris. Le service est déployé dans 330 villes dans le monde. "Nous sommes à Bangalore en Inde, à Medellin en Colombie, à Ryad en Arabie Saoudite, insiste Travis Kalanick. À Ryad où il y avait 55 % de clients hommes dans les taxis, les femmes représentent 77 % des passagers Uber."

 

San Francisco ville test 

Mais San Francisco reste la ville reine, la ville de naissance, la ville de tous les tests. Avec Uber Eats pour se faire livre son déjeuner, Uber Access pour les handicapés… San Francisco, la ville dans laquelle il suffit de se promener un peu pour s’apercevoir que la plupart des véhicules arborent l’autocollant Uber sur leur pare-brise. "Ici, un Uber coûte 40 % moins cher qu’un taxi", affirme Travis Kalanick. Avant nous, il n’y avait que très peu de taxis, et du coup ils étaient très chers." Aujourd’hui, à San Francisco, Uber propose aussi des taxis sur son app…

 

Emmanuelle Delsol, à San Francisco

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