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Droits d’auteur en Europe : le débat continue à Cannes

Nouvel épisode dans la réforme de la directive sur les droits d’auteur, avec en guest star, le Premier ministre français, Manuel Valls, venu défendre le droit d’auteur. Côté Hollywood, Netflix entre en scène avec un projet : la révision de la chronologie des médias pour lutter contre le piratage. Le tout depuis Cannes où le festival continue son cours, l’air de rien.

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Droits d’auteur en Europe : le débat continue à Cannes
Droits d’auteur en Europe : le débat continue à Cannes © m4tik - Flickr - c.c.

Pas besoin d’être Nostradamus pour prévoir que la réforme de la directive sur le droit d’auteur ne sera pas un long fleuve tranquille. Un aperçu des débats à venir a été donné ce week-end avec les déclarations des uns et des autres dans le cadre du Festival de Cannes. À commencer par le Premier ministre, Manuel Valls, qui est venu clôturer un colloque sur le sujet dimanche 19 mai. Ses déclarations laissent supposer qu’il est plutôt favorable à un statu quo, le chef du gouvernement français se posant comme rempart du droit d’auteur présenté comme "non seulement un mécanisme protecteur des artistes, mais aussi le vecteur de notre identité collective, un vecteur d’innovation et de compétitivité de notre économie".

"sans marché numérique unique, c’est Amazon, Google, Microsoft qui vont décider"

Günther Oettinger, le commissaire européen chargé du numérique

 

L’Europe brandit la mENACE du Diktat des GAFA

Dès lors, faut-il ou non réformer la législation sur le droit d’auteur comme l’envisage la Commission européenne. Günther Oettinger, le commissaire européen chargé du numérique en est convaincu et l’a rappelé lors du même colloque : "La Commission ne fait pas partie du problème, elle veut se positionner comme une partie de la solution", a-t-il expliqué devant un parterre de cinéastes inquiets des projets européens. Pour alimenter sa démonstration, le commissaire a brandi une menace pas vraiment fantôme : celle des grandes firmes américaines, telles Amazon, Google ou Microsoft. Il a prévenu que "sans marché numérique unique, c’est Amazon, Google, Microsoft qui vont décider".

NETFLIX invoque LA CHRONOLOGIE DES MÉDIAS

Pour ajouter à la sérénité des débats, c’est le directeur des programmes d’une autre entreprise nord-américaine du secteur qui est venu ajouter son grain de sel vendredi 15 mai, toujours à Cannes. Ted Sarandos, directeur des programmes de Netflix s’en est pris lui aussi aux règles européennes, lesquelles, selon lui, ne protégeraient pas le cinéma, mais au contraire l’affaibliraient. Dans son viseur figure notamment la fameuse chronologie des médias, qui prévoit un délai entre la sortie en salles d’un film, sa sortie en DVD, sur les chaînes de télévision cryptée ou non ou sur les plates-formes de diffusion.

"La chronologie des médias, en France, favorise le piratage. Devoir attendre trois ans pour que les gens puissent voir un film comme il le souhaite encourage cette pratique"

Ted Sarandos, directeur des programmes de Netflix

 

Netflix doit ainsi attendre en France 36 mois après la sortie en salles pour proposer un film à ses clients. Durant ces trois années, les potentiels spectateurs seront tentés de pirater le film, estime Monsieur Sarandos. "La chronologie des médias, en France, favorise le piratage. Devoir attendre trois ans pour que les gens puissent voir un film comme il le souhaite encourage cette pratique", résume-t-il. Autrement dit, ce qui est bon pour Netflix est bon pour le cinéma semble dire son directeur des programmes. Mais aux États-Unis aussi il existe un débat. Pour preuve, le cinéaste Joël Cohen, coprésident du jury cannois, a déployé son légendaire sens du décalage en évoquant les sociétés qui, comme Netflix, permettent de "regarder "Lawrence d’Arabie" sur un iPhone".

Reforme du droit d'auteur contre contre lutte antipiratage ?

Ted Sarandos, de son côté, peut compter sur le soutien d’un des faiseurs de roi d’Hollywood, puisque le producteur Henry Weinstein à qui l’on doit "Pulp Fiction" ou "The Artist" s’est déclaré pro Netflix, louant la capacité à créer de nouveaux marchés pour les films en VO ou les documentaires.
Le commissaire européen, Günther Oettinger, a indiqué que la lutte contre le piratage sera aussi à l’agenda de la réforme. Il en a parlé avec plusieurs cinéastes à l’issue du colloque, assurant que ce sera un "élément essentiel des propositions" de la Commission. Suffiront-elles pour faire passer les éventuels aménagements du droit d’auteur contre lesquels luttent les cinéastes ? Signe de l’urgence de la situation : le commissaire a pris rendez-vous avec les cinéastes en "septembre ou en octobre".

Christophe Bys

 
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