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[Entretien] Apple, Netflix, gaming et plate-forme... Guillaume Bonneton décrypte les tendances techno de 2020

Entretien Tous les ans, GP Bullhound, une banque d'investissement spécialisée dans les sociétés tech, publie un rapport sur les technologies critiques. Pour 2020, elle en a identifié 10. Guillaume Bonneton, partner France, décrypte pour L'Usine DIgitale quatre de ces tendances. Leur point commun ? Le réseau et les données sur fond de plateformisation. Vidéo, gaming ou RSE ... rien ne sera plus comme avant.
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[Entretien] Apple, Netflix, gaming et plate-forme... Guillaume Bonneton décrypte les tendances techno de 2020
[Entretien] Apple, Netflix, gaming et plate-forme... Guillaume Bonneton décrypte les tendances techno de 2020 © GP Bullhound

L'Usine Digitale : Pour la 13ème année consécutive vous publiez vos prévisions tech pour l’année 2020. Qu’est-ce qui vous a personnellement le plus marqué ?

Guillaume Bonneton : Ce qui me frappe le plus c’est ce qui se passe sur les réseaux de télécommunication. C’est une véritable tendance de fond. En 2019, nous avons réalisé trois deals en France sur des sociétés de logiciels. Deux des trois concernaient des logiciels en lien avec les réseaux. C’est une tendance qu’on a vu l’an dernier et qui se poursuivra en 2020. Une autre tendance importante est celle autour de la donnée. Donnée et réseau sont le cœur des évolutions en cours.

 

Dans les dix tendances que vous identifiez, il y a la toute-puissance d’Apple, alors qu'on lit souvent qu'Apple, "ce n’est plus ce que c’était". Pourquoi une telle position ?

Ce qui nous frappe c’est la réinternalisation de la production de puces. La nouvelle génération – l’A13 Bionic – a l’air époustouflante. Le patron de la R&D d’Apple a dit que son indicateur était la performance par watt, ce qui va changer beaucoup de choses. Aujourd’hui, nous sommes tous à la recherche d’un point de recharge pour nos smartphones et cela pourrait bien changer. Les ingénieurs ont minimisé la distance entre les transistors pour minimiser la déperdition d’énergie.

 

D’un point de vue stratégique ce qui est intéressant avec cette annonce, c’est qu’Apple a continué de travailler pour maintenir son avance technologique. Ils savent très bien qu’ils ne conserveront pas éternellement leur statut de produit de luxe. Pour cela, ils ont investi dans la recherche et réinternalisé la production, c’est dire l’importance de cet enjeu. Si les résultats sont au rendez-vous, cela voudra dire que demain les applications sur iPhone pourront faire de l’intelligence artificielle, du machine learning, alors qu’aujourd’hui, elles doivent passer par le réseau. Apple reste un vrai game changer.

 

Vous identifiez un autre enjeu, le streaming de contenu vidéo.

C’est le début en France avec Salto qui réunit TF1, M6 et France Télévisions. Cependant, ça a déjà commencé aux États-Unis avec les plateformes comme Spotify, Amazon ou encore Netflix. Outre Atlantique, HBO et Disney sont annoncés prochainement. Les grandes manœuvres commencent. A vrai dire, elles ont débuté quand la NBC (National Broadcasting Company) a récupéré "The Office" qui représentait quand même 5% des vues sur Netflix.

 

 

La révolution de l’usage est à relier à ce que je disais en préambule sur les réseaux et les données. Aujourd’hui, la consommation de contenu a complètement changé : on regarde une série sur un smartphone ou une tablette. Tout cela a plusieurs impacts sur le consommateur. D’abord, cela amène une plus grande offre. En 2019, 26 milliards de dollars auront été investis dans la production par Apple, Netflix et Amazon. En plus de ce qu’investit Hollywood. C’est un nouvel âge d’or pour la production de fictions qui profite aux téléspectateurs, d’autant que ce qu’on appelle "les boucles de feedback" sont beaucoup plus rapides. En d’autres termes, on sait ce qui marche ou ne marche pas et on réagit en conséquence.

 

Ce changement s’explique par le fait que Netflix a montré qu’aujourd’hui Internet est le canal de distribution privilégié alors qu’avant nous avions de multiples choix : cinéma, DVD, télévision, VOD… Ainsi, le consommateur va désormais choisir un abonnement premium complété peut-être avec deux ou trois "petits" abonnements moins chers. Ceci dit, cela présente un risque qui n’est pas technologique. A force d’utiliser les données, il se pourrait qu’on aille vers une hyper-segmentation des productions. On perdrait alors les succès populaires qui rassemblent tout le monde.

 

Autre révolution à venir en 2020 dans le monde du jeu vidéo avec là aussi un phénomène de plateformisation ?

On retrouve vraiment les deux tendances principales de cette année : la donnée et le réseau. Désormais on peut jouer en streaming, c’est-à-dire sans console. On voit apparaître des abonnements à des bouquets de jeux sur des plate-formes spécialisées, à l’instar de Netflix dans la vidéo. Enfin, dernier changement important, des plate-formes se sont créées pour les développeurs qui travaillent pour l’industrie du jeu vidéo. Cela leur donne accès à des moteurs de fabrication très sophistiqués permettant aux petits studios de gagner du temps.

 

Ce n’est donc pas un hasard si on voit Google, Microsoft ou Amazon se développer dans cet univers. Il pourrait bien se passer la même chose que pour la fiction avec un développement sans précédent de l’offre, notamment grâce aux plateformes pour les développeurs. On pourra ainsi créer un jeu avec moins d’argent qu’on vendra ensuite dans un bouquet. La monétisation sera plus aisée.

 

Vous avez aussi identifié des tendances pour 2020 qui sont moins 100% tech comme par exemple le fait que selon vous tout ce qui concerne la RSE va devenir vraiment critique ?

L’exigence de transparence va prendre de plus en plus d’importance. Les millennials veulent connaître la note écologique, sociale des services qu’ils utilisent. Jusqu’ici, c’était la réglementation qui l’imposait. Maintenant ce sont les consommateurs, les actionnaires mais aussi les salariés qui le demandent et qui de plus en plus l’imposeront. C’est dû à la mise en réseau et à l’accumulation de données.

 

Avant, pour connaître le comportement d’une entreprise, il fallait envoyer un inspecteur sur place. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile. En Chine, il existe un site / application qui recense toutes les pollutions des ruisseaux, rivières et fleuves, photos à l’appui. Le besoin de transparence des consommateurs notamment est facilité par le numérique. C’est une tendance d’autant plus intéressante qu’elle s’inscrit dans le mouvement Tech For Good.

 

 

L'intégralité du rapport peut être consultée ICI (en anglais)

L'intégralité du rapport peut être consultée ICI (en anglais)

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