Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

Et si Myriam El Khomri rencontrait Hannah Arendt

Edito Ce 12 mai, le projet de loi travail a été adoptée en première lecture à l'Assemblée Nationale, au forceps, grâce à l'article 49-3 de la constitution. Née de la volonté d'adapter un code du travail obsolète dans une économie de plus en plus numérisée, le texte de Myriam El Khomri a vu se lever une armée de boucliers, à droite, à gauche et surtout, dans la rue. Car on ne peut pas gouverner la "société de travailleurs sans travail" que prédisait déjà Hannah Arendt il y a 60 ans comme on gouvernait hier...
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Et si Myriam El Khomri rencontrait Hannah Arendt
Myriam El Khomri et Hannah Arendt. © D.R.

Dans "Condition de l'homme moderne", paru en 1958, Hannah Arendt écrivait : "C'est l'avènement de l'automatisation qui, en quelques décennies, probablement, videra les usines et libérera l'humanité de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, le fardeau du travail". 60 ans plus tard, ce ne sont pas les robots industriels mais le numérique qui vient réaliser cette prophétie en venant bouleverser la notion de salariat.

 

"Ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire", ajoutait plus loin la philosophe. Et cela fait peur. C'est la perspective de cette société sans travail qui empêche toute une frange de la population de dormir à tel point qu'elle passe ses nuits debout.

 

Une société de travailleurs sans travail

Les machines et logiciels dotés d'intelligence artificielle iront-ils jusqu'à se substituer totalement à nous ? Pas tout de suite. Mais la menace existe : les voitures autonomes auront au final raison des taxis, le robot journaliste Quill écrit déjà des articles pour Forbes et des rapports pour Wall Street...

 

L'émergence d'Uber, d'Airbnb, du bon coin et de tant d'autres donne un aperçu de comment nous gagnerons nos vies demain : par une somme de travaux à la tâche, à travers des plateformes faisant se rencontrer offre et demande, besoins et réponse à ces besoins. En poussant le modèle, il est facile d'imaginer des caissiers de supermarchés, des serveurs de restaurants et des employés des hôtels prendre leur poste en fonction du taux de remplissage des établissements, des ouvriers travailler là où il faut produire et pas toujours dans la même usine… Vous avez besoin d'un avocat, d'un repas, d'un juriste, d'un service de nettoyage, d'un expert de la protection intellectuelle... ? Il y aura une appli pour ça - ou un bot. "De vastes secteurs de notre économie vont se transformer rapidement, expliquait Michelle Miller, cofondatrice de la plateforme de défense des travailleurs Coworker.org, dans le numéro de janvier de Wired US. Dans 25 ans, des industries entières seront gérées par des plateformes logicielles."

 

Comment gouverner avec le numérique ?

Notre code du travail n'est pas prêt pour cette révolution. Et la loi El Khomri était la tentative du gouvernement pour répondre à cette problématique. La proposition de loi veut ainsi "sécuriser les parcours et construire les bases d'un nouveau modèle social à l'ère numérique". Louable intention. Mais lorsqu'on veut transformer le travail à l'heure du numérique, il faut gouverner à l'heure du numérique.

 

Nuit debout vit sur la place de la République mais surtout sur Facebook, Twitter et les réseaux sociaux. Tout comme la grogne anti 49-3, un passage en force pas très adapté alors que l'économie ne cesse de se dire collaborative. Le choix de la consultation citoyenne qu'avait fait Axelle Lemaire pour la loi pour une République numérique aurait été plus adapté.

 

"Il s'agit aujourd'hui de réfléchir à la nature du pouvoir et du savoir de ceux qui ont l'autorité dans ce monde qui – Internet oblige – n'a plus le même rapport au pouvoir ni au savoir", disait d'ailleurs le révolutionnaire de 68 Daniel Cohn-Bendit dans le Hors-Série de Philosophie Magazine consacré à… Hannah Arendt.

 

Manuel Valls ne l'a pas bien compris. Netflix, si.
 

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

1 commentaire

Vincent berthelot
13/05/2016 15h00 - Vincent berthelot

Ce n'est pas de la fin du travail dont nous avons peur mais de la fin du salariat sans qu'il ne soit remplacé par le revenu universel par exemple. Loin de libérer le travailleur l'Uberisation le condamne à n'être qu'un bout du process et nous voila revenu au pire temps du Taylorisme mais sans les compensations sur le pouvoir d'achat, la sécurité...

Répondre au commentaire | Signaler un abus

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale