Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

[Etude] L'investissement dans le capital immatériel est un catalyseur de croissance, d'après McKinsey

Étude L'investissement dans le capital immatériel, c'est-à-dire la propriété intellectuelle, la R&D, les logiciels, la technologie, le capital humain…, est corrélé avec la croissance des entreprises, d'après une étude menée par le cabinet de conseil McKinsey. Ainsi, celles qui ont investi dans toutes les catégories d'actifs intangibles connaissent une croissance 2 à 2,5 fois plus rapide que les autres. Il est donc nécessaire de revoir la composition classique de la croissance et d'y intégrer pleinement le capital intangible.  
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

L'investissement dans le capital immatériel est un catalyseur de croissance, d'après McKinsey
[Etude] L'investissement dans le capital immatériel est un catalyseur de croissance, d'après McKinsey © NordWood Themes/Unsplash

McKinsey Globale Institute (MGI) dévoile ce jeudi 17 juin à l'occasion du salon Viva Technology 2021 son étude annuelle sur la place des actifs immatériels, ou intangibles, dans la croissance des entreprises baptisée "Getting tangibles about intangibles. The future of growth and productivity ?".

Vers une économie immatérielle
Cette étude repose sur des analyses par secteur de 11 grandes économies mondiales – les Etats-Unis et 10 pays européens dont la France – et sur les perspectives de près de 860 dirigeants. La conclusion est la suivante : l'investissement dans les actifs immatériels, c'est-à-dire la propriété intellectuelle, la R&D, les logiciels, la technologie, le capital humain…, est corrélé avec la croissance des entreprises. Dans le détail, entre 1995 et 2019, les secteurs qui ont le plus investi dans les biens immatériels ont enregistré une croissance de la valeur ajoutée brute (VAB) 28% supérieure à celle des autres secteurs.

"Il y a une corrélation totale entre le niveau d'investissement fait dans les actifs immatériels et la croissance", résume Eric Hazan, senior partner chez McKinsey et membre du comité de direction du McKinsey Global Institute (MGI), auprès de L'Usine Digitale. Pour arriver à cette conclusion, le MGI a fait "des corrélations entre la productivité totale des facteurs, ce qui correspond au progrès technique, et les pays, les secteurs économiques et les sociétés qui avaient le plus investi dans les actifs immatériels", ajoute-il. Il précise cependant que certaines entreprises croissent sans investir massivement dans le capital intangible mais ce sont plutôt des exceptions dans le contexte actuel.

La France est dans la moyenne
Au cours des 25 dernières années, les 11 économies étudiées ont enregistré une croissance de 63% de la valeur ajoutée brute. Dans le même temps, la part des investissements en actifs immatériels dans le flux d’investissement a augmenté de 29%, soit 2000 milliards de dollars. Au sein de cet ensemble, la France se situe légèrement au-dessus de la moyenne avec l'équivalent de 10,1% de la BAV investis dans le capital intangible; la moyenne étant de 9,7%. La Suède est à la première place avec 12,3% suivie par les Etats-Unis (10,7%).
 


Ces chiffres montrent que tous les pays ne sont égaux face aux actifs immatériels. "Il y a des secteurs économiques qui ont déjà commencé à investir dans les 25 dernières années assez fortement. On retrouve par exemple les services financiers, les technologies de l'information et la communication, les médias et l'entertainment…", explique Eric Hazan. Par conséquent, ces secteurs bénéficient plus vite de la croissance liée aux actifs immatériels. Ce qui provoque des disparités entre les pays en fonction du nombre de secteurs représenté au sein de chaque Etat. 
 


Au niveau microéconomique, l'étude a interrogé près de 860 dirigeants pour répondre à la question suivante: est-ce que l'investissement dans les actifs intangibles a un impact sur la croissance des entreprises ? "Dans l'échantillon, en moyenne les 25% qui croissent le plus investissent près de 2,6 fois plus dans les actifs immatériels que les autres", détaille Eric Hazan. Dans les secteurs financiers par exemple, "ceux qui croissent le plus investissent 5,5 fois plus que les autres, 5,2 fois plus dans le secteur de la télécommunication, des médias et de la technologie et 8 fois plus dans le retail", poursuit-il
 

 


Associer les actifs, le combo gagnant
Ceux qui combinent tous les types d'actifs immatériels ont une croissance encore plus importante car "les investissement dans les actifs immatériels se répondent. Par exemple, l'investissement dans le capital humain – la formation et l'éducation – est hyper synergique avec l'investissement dans le digital et l'analytique car cela crée une productivité du travail bien plus importante", détaille Eric Hazan. Autrement dit, "la combinaison d'actifs intangibles booste la productivité".

Ainsi, les entreprises qui ont investi dans les 4 catégories d'actifs intangibles (capital d'innovation, capital numérique et analytique, capital humain et relationnel, capital de marque) connaissent une croissance 2 à 2,5 fois plus rapide que les autres entreprises qui n’investissent pas dans ces catégories d’intangibles.

Alors comment envisager la croissance de demain ? Pendant l'année 2020, en pleine crise du Covid-19, les investissements dans les actifs intangibles ont augmenté, rapporte l'étude. "Notre conviction c'est que la composition de la croissance va être un peu différence et que donc les investissements dans les actifs immatériels vont jouer un rôle encore plus grand", prévoit Eric Hazan.

Un potentiel de création de valeur massif
Par conséquent, le potentiel de création de valeur est massif. D'après le cabinet de conseil, si 10 % d'entreprises supplémentaires parvenaient à se hisser au même niveau que les entreprises les plus performantes en matière d'investissement immatériel et de croissance de la VAB, 1000 milliards de dollars pourraient être ajoutés à la croissance des économies de l’OCDE. Ce qui équivaut à une augmentation de 2,7% dans l’ensemble des secteurs de ces pays.

Pour pousser les pays et les entreprises à aller dans ce sens, il est aujourd'hui indispensable de revoir la classification des actifs immatériels, estime l'étude. "Actuellement, les actifs immatériels sont comptés comme des dépenses alors que ce sont des actifs", fait remarquer Eric Hazan qui ajoute que les compétences humaines sont au cœur de cette transformation. "Derrière tout cela, il y a un besoin immense de formation", conclut-il. 

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.