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"Le meilleur moyen de protéger notre souveraineté, c'est de développer des leaders mondiaux", estime Bertrand Diard, de Tech in France

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Entretien Le ministre de l'Economie, Bruno Lemaire, a indiqué que le décret protégeant les entreprises françaises sensibles pourrait être élargi à de nouveaux secteurs, au coeur de l'économie numérique. Bertrand Diard, le président de Tech in France, une association qui regroupe éditeurs de logiciels et de services Internet, fait partie des personnalités qui seront reçues lundi à Bercy. Il nous explique sa position sur ce dossier ultra-sensible.

Le meilleur moyen de protéger notre souveraineté, c'est de développer des leaders mondiaux, estime Bertrand Diard, de Tech in France
"Le meilleur moyen de protéger notre souveraineté, c'est de développer des leaders mondiaux", estime Bertrand Diard, de Tech in France © Influans

L’Usine Digitale : A la suite des déclarations de Bruno Le Maire évoquant un possible élargissement du périmètre du décret dit Montebourg en direction de secteurs davantage tech, votre association semble plutôt satisfaite. Pourquoi ?

Bertrand Diard : Il est vrai que nous nous réjouissons de la prise de conscience de l’importance de la révolution technologique en cours, de tous ces pans d’innovation qui deviennent de plus en plus critiques et stratégiques. Cette prise de conscience publique est pour nous très positive. C’est la condition sine qua none pour pouvoir entreprendre ensuite une réflexion et une action stratégique. Le gouvernement français a conscience qu’il y a dans le numérique des actifs clés pour la France et l’Europe. Notre association qui sensibilise les pouvoirs publics sur ces sujets depuis des années ne peut donc qu’être satisfaite dans un premier temps.

 

Cela signifie que vous soutenez à 100 % le gouvernement ?

Il va tout de même falloir travailler ensemble à mieux comprendre l’écosystème et à bien positionner les enjeux. Le gouvernement a créé un certain trouble dans son annonce. Derrière des expressions comme intelligence artificielle ou sciences des données (data science), il y a des réalités bien diverses. On ne peut pas traiter de la même façon Palantir d’un côté, et une start-up qui travaille sur l’optimisation de la publicité en ligne via des algorithmes. Pourtant, l’une et l’autre travaillent avec les mêmes architectures, les mêmes technologies. Pour être efficace, il va donc falloir être plus précis, notamment en cartographiant les enjeux de façon subtile.

 

Que craignez-vous le plus ?

Si ne rien faire était un problème pour nous, maintenant il va falloir aussi éviter une réglementation qui ne serait pas en adéquation avec le monde de l’innovation et de la recherche. En tant qu’association, nous allons apporter toutes nos connaissances de l’écosystème au gouvernement et à ses représentants.

 

Nous avons publié, par exemple, un livre blanc sur le financement de la cybersécurité, un sujet de souveraineté essentiel. Là aussi la question du bon réglage est complexe. Nous avons montré que les Etats-Unis ou Israël avaient réussi à développer des solutions qui s’adressent au marché mondial. Il est intéressant de voir ce qui s’est passé avec certaines pépites technologiques françaises. On a voulu protéger leur actionnariat, tandis que d’autres intégraient des grands groupes. Le résultat est qu’on n’a pas réussi à créer des champions de dimension mondiale. Il ne suffit pas de protéger le capital des pépites !

 

Quelle démarche préconisez-vous alors ?

Pour nous, la clé est de définir une stratégie sur les actifs fondamentaux qu’on doit développer, construire et exporter. On ne peut pas travailler uniquement sur la régulation. Le décret Montebourg n’est pas une fin en soi. Ce n’est qu’une partie de la solution qui doit être mise au service d’une vraie stratégie. Le meilleur moyen de protéger notre souveraineté est de développer des leaders mondiaux. Ce sera toujours plus efficace que de mettre en place une régulation sclérosante qui empêcherait de telles entreprises d’émerger.

 

Regardez l’exemple chinois. Ce pays pratique un protectionnisme. Mais il faut voir que parallèlement il investit 12 milliards de dollars dans un fonds d’Etat sur l’intelligence artificielle. De même, avec leur small business act, les Etats-Unis donnent de bonnes chances de développer un écosystème considéré comme stratégique. Oui, on peut protéger, mais ce n’est pas l’alpha et l’oméga d’une vraie politique.

 

Ne se trompe-t-on pas d’échelle en intervenant en France ? Pour faire face à la Chine et aux Etats-Unis, ne vaudrait-il pas mieux agir à l’échelle européenne ?

C’est la question qu’il faut se poser. Lundi matin, nous l’aborderons quand nous serons reçus à Bercy. Je crois que la maîtrise du timing européen est moins grande. D’où le choix de commencer par la France. Cependant, je pense que cela peut être une première étape pour engager ensuite des actions à l’échelle européenne. En Europe, on assiste à davantage de coopération et coordination en matière de cyberdéfense. Cela devrait déboucher rapidement sur la définition d’une politique industrielle.

 

Y avait-il selon vous une urgence à agir ?

Pour nous, il était urgent de prendre conscience que ces domaines sont stratégiques. Nous l’avons martelé pendant la campagne présidentielle et nous nous réjouissons d’être suivis. Nous allons rester fidèles à ce qu’est notre association : collaborer pour aider le gouvernement à prendre les bonnes décisions.

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

1 commentaire

verdarié
26/02/2018 09h52 - verdarié

Les bonnes décisions, ça commence par faire en sorte que toutes les idées d'un grand secteur d'activité puissent être étudiées sans à priori afin qu'elles puissent être évaluées.Puis en fonction de cette évaluation trouver les partenaires adéquates qui développeront l'innovation ainsi que ceux qui la commercialiseront. En créant une sorte de toile d’araignée d'entreprises qui rendrait difficile le rachat de l'ensemble par les groupes internationaux qui ont intérêt à ne pas privilégier tous les emplois dans un même pays.Outre la difficulté d'un rachat complet de l'activité, ce schéma de développement permettrait également de re-dynamiser les régions oubliées du développement .

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