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Festival de Cannes : Quand les affranchis numériques s'attaquent au cinéma

Analyse Enquête Alors que s'ouvre le 69e Festival de Cannes, les professionnels du cinéma d'aujourd'hui, de la directrice de la photo au directeur général du plus gros producteur distributeur tricolore en passant par la réalisatrice de web série, décrivent un secteur en pleine transformation numérique. Et la distribution n'est pas la seule remise en cause.
mis à jour le 12 mai 2016 à 14H20
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Festival de Cannes : Quand les affranchis numériques s'attaquent au cinéma
Festival de Cannes : Quand les affranchis numériques s'attaquent au cinéma

En apparence rien n'a changé. Cannes, la Croisette, les starlettes (le nom donné dix jours par an aux cagoles azuréennes), le rêve, la magie... à part l'absence de Canal Plus tout sera comme avant. Jusqu'au nom des cinéastes en compétition, officielle ou non. Du Woody Allen en ouverture aux films d'Almodovar, de Dolan, Dumont ou des frères Dardenne, le cinéma semble vivre dans un temps suspendu. Mais dans ce monde cousin des lanternes magiques, qu'il ne faut jamais prendre pour des vessies, l'immobilité n'est qu'apparence et la tranquillité un leurre.

 

Comme d'autres industries culturelles avant lui, à commencer par la musique, le cinéma connaît les effets de la transformation numérique et ses paradoxes. Comme a pu l'écrire David Batusanski, c'est une nouvelle nouvelle vague qui a commencé. Deviendra-t-elle un tsunami pour maints intervenants du secteur, qui seront bousculés par ces nouveaux entrants arrivant avec de nouvelles règles ?

 

la distribution sera-t-elle ubérisée ? 

Qui dit numérique, dit moyens plus légers, structures plus souples, marketing renouvelé et qui sait, bientôt, distribution classique ubérisée par les plateformes de diffusion... Emmanuel Durand, le vice président France de Warner l'expose très bien : la collecte de données et la maîtrise algorithmique promettent de multiplier les manières d'approcher le public potentiel d'un film.

 

Côté technique, l'interview de la directrice de la photo Vanessa Colombel que nous publions montre aussi très en détail et très concrètement comment le numérique change les métiers de l'image, qui sont aux portes d'une nouvelle révolution avec les projecteurs LED. Sortant du débat binaire pour savoir si le numérique crée ou détruit des emplois, elle expose très simplement comment il change surtout les métiers, comment le numérique a fissuré le piédestal du chef opérateur perçu comme un sorcier puisqu'il maîtrisait la lumière et comment celui-ci est devenu un professionnel plus ou moins obligé de négocier avec une équipe d'autres professionnels, spécialistes du digital.

 

Pendant ce temps, sur le Net, sur les plateformes de vidéos, une nouvelle génération de talents éclot. C'est la génération Y version artiste qui se retrousse les manches, cumule les casquettes, appred, comme ses aînés de la nouvelle vague, à produire, réaliser, distribuer, communiquer... Les fruits de leur travail ne sont pas encore des films au sens strict, car dans la profession, un film doit sortir en salles. Il faut être projeté sur un grand écran pour accéder à ce rang tant envié.

 

Quel devenir pour l'exception culturelle ? 

La question brûlante posée par le numérique et qui devrait se réchauffer dans les mois qui viennent est celle de la chronologie des médias. Actuellement, un film commence sa carrière en salles, puis est diffusé en DVD ou sur les plateformes puis sur les chaînes cryptées, puis sur les chaînes hertziennes éventuellement. Grâce à cette logique, la rareté du film était peu à peu levée, à mesure que le prix pour y accéder diminuait relativement (un DVD est plus cher qu'une place de cinéma mais offre de voir le film à plusieurs et plusieurs fois).

 

Tous les professionnels que nous avons rencontrés pour ce dossier sentent bien que cette position ne sera pas éternellement tenable. A l'ère du numérique, la rareté organisée par des barrières législatives est très difficile à maintenir durablement.

 

Tant qu'on a de l'audace...

Dans l'interview qu'elle nous a consacrée, la directrice UniFrance Films, Isabelle Giordano, qui veille à l'exportation du cinéma français dans le monde, regrette à mots à peine voilés une certaine frilosité du monde cinématographique. Le numérique est une chance de produire, de diffuser et d'offrir plus de films.

 

Deux acteurs, l'un filiale d'un géant américain du net et l'autre, quintessence de l'esprit gaulois même installé quelque part entre Moscou et la frontière belge, ne manquent pas de cette audace. Cette année, il sera en effet possible de suivre les coulisses du festival depuis... Instagram. L'entreprise rachetée par Facebook en 2012 promet de faire découvrir les dessous de l'événement à ses utilisateurs à travers des vidéos et des photos. De son côté, un mois avant le lancement du plus glamour des festivals, le trio Guillaume Nicloux (réalisateur), Sylvie Pialat (production) et Gérard Depardieu ont sorti en e-cinéma leur dernier film The end. Rappelons-nous que le même Depardieu a été l'une des premières stars à aller tourner dans les feuilletons de télévision. Et si, une fois encore, le grand acteur avait senti avant tout le monde le vent tourner...  

 

Nous remercions David Batusanski et Valérie Escaudemaison du Forum d'Avignon pour leur aide précieuse.

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