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Gloire et déboires des pépites du numérique : Gowex, la déchéance après l'aveu des comptes falsfiés

Suite de notre série d'été consacrée aux start-up surévaluées qui ont connu une descente aux enfers. Aujourd'hui, L'Usine Digitale tire le portrait de l'espagnol Gowex, fournisseur de wifi public dans plusieurs capitales internationales… Jusqu'à ce que l'on découvre que ses comptes ont été falsifiés pendant plusieurs années. La société a déposé le bilan le 14 juillet 2014.
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Gloire et déboires des pépites du numérique : Gowex, la déchéance après l'aveu des comptes falsfiés
Gloire et déboires des pépites du numérique : Gowex, la déchéance après l'aveu des comptes falsfiés © Viktor Hertz - Flickr - C.C.

Un dépôt de bilan retentissant. La société Gowex, qui fournissait un accès wifi aux mobinautes de plus de 70 villes comme Madrid ou Paris, s'est déclarée le 14 juillet en cessation de paiement. Au début du mois, un rapport du cabinet d'étude américain Gotham City Research avait accusé la start-up à succès de truquer ses comptes.

De la gloire…

Internet partout, tout le temps. C'est la nouvelle exigence des mobinautes. Pour y répondre, la société espagnole Gowex, fondée en 1999, fournit aux villes une connexion wifi publique. L'accès de base au service est gratuit, les connexions rapides sont payantes pour les utilisateurs. Pour être plus rentable, Gowex propose également aux entreprises des espaces publicitaires ciblés en fonction du lieu où se situent les internautes qui utilisent le service.

Le wifi public s'est développé depuis le milieu des années 2000, et l'activité de Gowex avec. En 2013, la start-up était présente dans plus de 70 villes, notamment Paris, Madrid, mais aussi  New-York. Elle a signé en mars 2013 l'un de ses plus importants contrats, portant sur plus de 2 000 points d'accès au wifi, avec la municipalité américaine. Entre mars 2013 et décembre 2014, la compagnie comptait ajouter 30 villes à son portefeuille. Jenaro García, fondateur et président de Gowex, a été sacré en 2012 "Entrepreneur de l’Année" par le cabinet d'audit Ernst & Young.

Qui dit activité en hausse dit souvent boom du chiffre d'affaires. En 2012, il atteignait chez Gowex 114 millions d'euros, soit une hausse de 71% par rapport à 2011. La valeur des actions de la société s'envole dans les deux bourses où elle est introduite, à Madrid (sur le marché alternatif boursier de Madrid) et à Paris (sur le marché Alternext).

… Aux déboires

Coup de tonnerre le 1er juillet 2014 : un cabinet américain d'analyse financière, Gotham City Research, publie un rapport d'enquête sur la situation financière réelle (selon lui), de Gowex. 90% des revenus déclarés par la start-up à succès seraient fictifs, selon le document. A Madrid et à Paris la valeur des titres Gowex dégringole. Le PDG de l'entreprise tente une contre-attaque. Il serait, selon lui, victime de fausses accusations.

Mais rien n'y fait : les investisseurs veulent quitter le navire. L'action de Gowex est suspendue sur le marché alternatif boursier de Madrid, après avoir perdu plus de 60% de sa valeur au cours de deux séances consécutives. Le 5 juillet, Jenaro Garcia avoue au conseil d'administration (CA) de la société avoir truqué les comptes "au moins ces quatre dernières années". Il pourrait même avoir commencé en 2004, suite à une mauvaise opération qui avait placé dans le rouge les résultats de l'entreprise, précise l'AFP. Le 13 juillet, le directeur de l'entreprise propose sa démission, acceptée par le CA de Gowex.

Et maintenant ?

L'entreprise a rempli le 14 juillet une déclaration de cessation de paiement auprès du tribunal de commerce de Madrid, "en raison de la situation de blocage financier et de nombreuses résiliations et annulations de projets par des clients", a-t-elle déclaré dans un communiqué repris par l'AFP. "Le but est de garantir et de préserver les actifs, le maintien de l'activité et les droits des travailleurs, clients, fournisseurs et actionnaires", précise le groupe. Le même jour, les autorités judiciaires espagnoles ont permis à Jenaro García de rester en liberté, en échange du versement d'une caution de 600 000 euros, dans un délai de 15 jours.

Selon l'Association européenne des investisseurs professionnels, 5 000 investisseurs ont été ruinés par cette faillite, pour un montant d'au moins 800 millions d'euros. Le gouvernement espagnol pourrait renforcer les contrôles, pour éviter que ce type de fraude ne se produise à nouveau en toute impunité.

Lélia de Matharel

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