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Google fait Fi des télécoms pour mieux les contourner

Google devient officiellement opérateur virtuel aux États-Unis. Mais pas seulement. Il lance, en test grandeur nature et en open innovation, un nouveau type de service d’échange voix et données qui pourrait bousculer le secteur.
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Google fait Fi des télécoms pour mieux les contourner
Google fait Fi des télécoms pour mieux les contourner © Google

Depuis l’annonce d’un partenariat entre Google et les opérateurs télécoms Sprint et T-Mobile, numéros 3 et 4 aux États-Unis, on pensait que le californien allait sauter le pas pour devenir opérateur virtuel de réseau mobile. C’était sans compter sur l'appétit du géant et ses habitudes de bousculer les secteurs. C’est donc un projet bien plus ambitieux que Google lance sous le petit nom de Fi.

Son objectif ? Que tout un chacun puisse se connecter partout, à tout moment, dans les meilleures conditions, pour téléphoner ou échanger des messages. Sans se soucier du réseau sous-jacent, pour commencer, qu’il soit mobile ou Wi-Fi. Sans s’angoisser si l’on n’a perdu son smartphone, puisque les services seront accessibles aussi depuis n’importe quels appareils, tablettes, PC, voire, pourquoi pas, objets connectés... Sans être bloqué aux frontières, puisque le Wi-Fi n’en a pas. Enfin, avec un numéro unique, un identifiant unique pour tous les échanges, stocké une fois pour toutes dans le cloud.

Un identifiant universel délivré par Google

On est déjà bien loin du simple opérateur virtuel. Le sujet est bien plus vaste. Il est celui d’une communication universelle, avec un identifiant universel. Un identifiant… Google. Contrairement aux opérateurs campés sur l’utilisation de leurs très "chères" infrastructures, Google joue avec plusieurs réseaux. Il se glisse aussi entre les opérateurs et leurs clients avec son numéro unique dans le cloud.

Ce n’est pas tout. Fi n’est pas seulement un service, c’est un programme d’open innovation commencé avec deux opérateurs américains mais que le californien ne s’interdit pas d’étendre. Un programme mené avec une méthode de géants du numérique bien plus que d’opérateurs télécoms. Google a ainsi lancé son service le 22 avril comme un bêta test géant. Il a choisi ses premiers partenaires d’innovation, Sprint et T-Mobile, collaborateurs de longue date d’Android et dont l’infrastructure répond aux exigences de ce nouveau type de réseau.

Un programme d’open innovation

Selon le californien, le bon fonctionnement de Fi dépend pour beaucoup de la précision et de la performance des équipements et composants matériels à la fois dans l’infrastructure réseau et dans les mobiles utilisés ainsi que de spécificités dans le système d’exploitation utilisé. Le service n’est d’ailleurs lancé que sur le Nexus 6, le smartphone conçu par Google et fabriqué par Motorola. Ce mobile est équipé de la version Android maison, non retouchée, que Google maîtrise de bout en bout. Il l'a même peaufiné pour ce nouvel exercice.

C’est aussi son app Hangout qui servira pour toutes les communications. Et s’il est encore besoin de souligner la différence entre Fi et un service télécoms classiques : même les clients feront partie de l’expérimentation. "Now you can be part of the project too", insiste le communiqué de lancement. Le service ne sera accessible pour commencer qu’à quelques abonnés (comme pour un service web) qui paieront néanmoins un abonnement de 20 dollars par mois auquel s’ajoutent 10 dollars par Go de données qu’ils veulent utiliser (Ce qui n’est pas consommé sera remboursé). On ne sait pas encore de quelle manière, mais ces clients bêta testeurs feront donc partie de l’expérimentation.

Qu’importe la rentabilité, c’est l’exemple qui compte

Aux États-Unis, analystes et concurrents (dans les télécoms), clament déjà que le service n’a que peu de chance de devenir rentable. Ses tarifs ne seraient pas suffisamment compétitifs et le service qui repose sur des hotspots Wi-Fi ouverts, serait, lui, peu fiable. C’est sans doute, une fois encore, oublier la seule obsession de Google : que nous soyons, partout, tout le temps, connectés à ses services (autant d’aspirateurs particulièrement efficaces des si rentables données des utilisateurs).

Ils font référence à la Google Car ou aux Google Glass. Décevants sur le plan commercial pour Google. Certes. Mais combien de paires de lunettes et de véhicules connectés sont d’ores et déjà en production, voire en vente dans le monde ? La plupart tournent sous Android, et permettent de surfer sur Google Maps, d’échanger avec Gmail, etc. Alors qui sait, peut-être Google cherche-t-il tout simplement à chatouiller les ego des opérateurs télécoms pour qu’ils démontrent combien il est simple de faire la même chose. À moins qu’il ne teste bel et bien un service qui pourrait un jour s’appuyer sur sa fibre ou ses satellites.

Emmanuelle Delsol

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