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Google renvoie l'ingénieur à l'origine de la note sexiste

Dans une note interne de dix pages, un ingénieur de Google dénonce les initiatives prises par son employeur pour augmenter la diversité des profils au sein de l'entreprise. Il y argumente notamment que la sous-représentation des femmes dans l'univers de la tech est due à des raisons biologiques. La note a d'abord circulé au sein de l'entreprise avant d'être publiée dimanche 6 août, plongeant Google au coeur de nouvelles polémiques sexistes.
mis à jour le 08 août 2017 à 10H00
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Google renvoie l'ingénieur à l'origine de la note sexiste
Google renvoie l'ingénieur à l'origine de la note sexiste © Google

[Mise à jour] Selon les informations de l'agence Bloomberg, l'ingénieur à l'origine du document sexiste a été renvoyé de l'entreprise. L'intéressé aurait lui-même confirmé son renvoi alors que la firme de Mountain View refuse de commenter cette information. Par ailleurs, le site américain Recode indique que Sundar Pichai, le CEO de Google, a envoyé un email aux salariés dans lequel il estime que l'employé a enfreint le code de conduite de l'entreprise.

Les problèmes de sexisme et de diversité n'en finissent pas de secouer la Silicon Valley. Après que plusieurs dirigeants d'entreprises technologiques accusés d'harcèlements sexuels aient démissionné (dont Travis Kalanick, le CEO d'Uber), c'est une note publiée en interne par un ingénieur de Google qui sème la zizanie. Dans ce document, l'ingénieur dénonce les initiatives en faveur de la diversité menées par son employeur.

 

Des explications biologiques à la sous-représentation des femmes...

Publié dans son intégralité par le site Gizmodo, le mémo explique sur une dizaine de pages que la très faible représentation des femmes dans la "tech" est due à des différences biologiques fondamentales. L'auteur du document, dont l'identité n'a pas été révélée, développe son argumentaire en expliquant que ces différences biologiques expliquent pourquoi les femmes sont plus enclines aux sentiments et à l'esthétisme qu'aux idées. Il ajoute que contrairement aux hommes, elles s'intéressent davantage aux personnes qu'aux choses. Selon lui ces deux différences se traduisent directement dans l'orientation professionnelle : les femmes préfèrent embrasser des carrières sociales ou artistiques tandis que les hommes préfèrent la programmation informatique. Pour lui, les initiatives devraient être recentrées vers la "diversité idéologique" de manière à permettre aux idées très à droite d'une frange de la population américaine d'être plus librement exprimées. Il estime que ces idées et ceux qui les partagent sont victimes d'une discrimination au sein de Google.

 

Le document a été décrié par de nombreux employés et ex-employés de Google. C'est le cas notamment de Yonatan Zunger, un ancien ingénieur senior de la firme de Mountain View. Dans un post publié sur la plate-forme Medium, il estime que l'auteur du document ne comprend non seulement rien au genre, mais qu'il ne comprend rien, non plus, à l'ingénierie. Il explique que contrairement à ce qu'expose l'auteur, le métier d'ingénieur ne se résume à rester devant un ordinateur pour optimiser un logiciel ou nettoyer une classe d'API. L'ingénierie consiste à résoudre des problèmes et donc à comprendre ces problèmes et les personnes qui y font face, explique-t-il. "L'ingénierie c'est surtout de la coopération, de la collaboration et de l'empathie pour vos collègues et vos clients", résume Yonatan Zunger.

 

... Et Des soutiens anonymes sur l'application Blind

Malgré cette levée de boucliers, quelques salariés de Google auraient tout de même pris la défense de l'ingénieur. Selon le site américain Motherboard, certains employés, via l'application Blind, auraient témoigné anonymement leur soutien à l'auteur de la note. Le site américain cite deux témoignages : "C'est en fait terrifiant. Si quelqu'un n'est pas d'accord idéologiquement avec la majorité il est catalogué comme peu compatible avec la culture de l'entreprise et ne sera pas embauché/promu". "Le mec qui a publié ça est extrêmement courageux. Nous avons besoin de plus de gens qui se dressent contre cette folie. Sinon, la diversité et l'inclusion (…) vont ruiner l'entreprise".

 

Danielle Brown, vice-présidente en charge de la diversité tout juste débarquée d'Intel (sa nomination remonte au 30 juin dernier), a réagi en adressant un email aux "Googlers", dont voici quelques extraits : "Comme beaucoup d'entre vous j'ai constaté que ce document avançait des hypothèses incorrectes sur le genre. Ce n'est pas un point de vue que l'entreprise et moi soutenons, promouvons ou encourageons". Et plus loin : "La diversité et l'inclusion constituent une part fondamentale de nos valeurs et de la culture que nous continuons à cultiver. Nous croyons, sans équivoque, que la diversité et l'inclusion sont essentielles à notre réussite en tant qu'entreprise et nous continuerons à la défendre et à nous engager sur ce sujet à long terme".

 

Une nouvelle vice-présidente en charge de la diversité

Elle ajoute que cette ouverture passe aussi par "une culture dans laquelle ceux qui ont des points de vue différents, y compris politiques, se sentent en sécurité pour les exprimer. Mais ce discours doit respecter les principes d'égalité d'emploi de notre code de conduite, nos politiques et nos lois antidiscriminatoires". Notons que, pour l'heure, la firme de Mountain View n'a pas fait savoir si des sanctions seraient prises à l'égard de l'auteur du manifeste.

 

Selon les derniers chiffres publiés, les femmes représentent 31% des salariés chez Google. Ce ratio descend à 20% dans les profils techniques. Cette très faible représentation des femmes chez Google n'est pas un cas isolé. Elle concerne de nombreuses entreprises technologiques, dans la Silicon Valley aussi bien qu'en dehors. Une sous-représentation qui se lit aussi dans les études supérieures. Au début des années 2010, moins de 20% des étudiants en informatique étaient des femmes aux Etats-Unis... contre plus de 35% en 1984.

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1 commentaire

Thinkgreen
08/08/2017 10h40 - Thinkgreen

Je n'ai pas compris s'il y avait des quota de sexe mis en place, si oui alors c'est problématique, car les compétences devraient être les seuls critères! (incluant les critères de collaboration, ..)

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