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Gordon Moore encore tout étonné par la précision de sa loi de Moore

À l’occasion des 50 ans de la loi de Moore, son auteur, Gordon Moore, revient sur l’histoire de cette règle qui régit l’évolution de l’industrie des semi-conducteurs depuis l’invention du circuit intégré électronique en 1958. Ce qui n’était au départ qu’une constatation empirique est devenue une réalité industrielle, dont la précision étonne encore aujourd’hui le cofondateur d’Intel.
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Gordon Moore encore tout étonné par la précision de sa loi de Moore
Gordon Moore encore tout étonné par la précision de sa loi de Moore © Intel

La loi de Moore, qui prévoit le doublement de la densité des puces électroniques tous les deux ans, ne se dément pas. Gordon Moore, qui l’a énoncée il y a 50 ans, revient, dans une interview publiée par Intel, sur la genèse de cette règle qui rythme l’évolution de l’industrie des semi-conducteurs depuis l’invention du circuit intégré électronique en 1958. Et l'homme est toujours aussi étonné par la précision de sa prédiction.

Au départ, Gordon Moore, alors directeur R&D de Fairchild Semiconductor, cherche juste à donner une tendance générale en extrapolant l’évolution passée de l’industrie microélectronique. Il constate que depuis 1959 la densité des puces électroniques double tous les ans. En 1956, elle atteint 16 éléments par circuit et des produits combinant 30 éléments existent en laboratoire avec la possibilité de monter à 60 éléments. "J’ai donc extrapolé, et écrit, que nous allions continuer de doubler chaque année et passer de 60 éléments à ce moment-là à 60 000 dix ans plus tard", explique-t-il. L’objectif est alors de mettre l’accent sur les promesses économiques de l’intégration électronique. Car les premiers circuits intégrés sont bien plus chers que les solutions traditionnelles par assemblage d’éléments séparés sur circuit imprimé. "Mais la tendance indiquait que cette méthode allait devenir la plus économique assez rapidement. C’était là mon véritable objectif : faire comprendre que nous avions devant nous une technologie qui rendrait l’électronique bien plus économique."

le tempo de toute une industrie

Dix ans plus tard, la densité est multipliée par neuf, et non par dix comme prévu. Ce qui n’empêche pas Gordon Moore — qui quitte en 1968 Fairchild Semiconducteur pour fonder Intel avec son collègue Robert Noyce — de se montrer aujourd’hui étonné par la concordance parfaite de sa prédiction avec la réalité. "Je pensais seulement qu’il ne s’agissait que d’une tendance générale. Mais elle s’est avérée bien plus précise que ce que j’avais pu anticiper." En 1975, la loi de Moore est officialisée par le Caltech (California Institute of Technology) mais le rythme d’évolution passe de un an à deux ans.

L’impact de la loi de Moore a changé avec le temps. "À début, il ne s’agissait que de suivre les progrès au fur et à mesure qu’ils se produisaient. Des puces de plus en plus complexes étaient fabriquées. On pouvait alors se contenter de regarder ce qui se faisait et de se dire : effectivement, la complexité augmente encore." La loi de Moore s’est ensuite peu à peu imposée comme le rythme naturel de l’innovation à suivre pour ne pas prendre de retard technologique. "Elle est donc passée d’une observation de ce qui se faisait au statut de moteur pour l’industrie microélectronique."

Une loi sans fin

Cette course technologique est-elle près de se terminer ? "Lorsque j’ai mis à jour ma théorie, je n’ai pas prédit de date pour la fin de cette tendance. Ce qui n’est pas une mauvaise chose, car j’aurais sans doute été très surpris ! L’industrie de l’électronique s’est avérée incroyablement créative dans la complexification des puces… et il n’est pas facile de savoir quand sa progression s’achèvera."

De la montre aux ordinateurs personnels, en passant par les radars à commande de phase, Gordon Moore a prédit une foule d’applications rendues possibles par sa théorie. Mas pas Internet. "Je savais, bien sûr, que les ordinateurs faisaient des choses très utiles. Nous savions tous qu’ils s’amélioreraient à un certain rythme. Mais je n’avais pas réalisé à quel point ils seraient importants en tant que moyen de communication à travers Internet. Je ne crois pas qu’une autre innovation soit comparable à celle-ci." Ce docteur ingénieur, diplômé de Caltech, âgé aujourd’hui de 86 ans, se surprend des occurrences pour la loi de Moore dans le moteur de recherche Google (35 000 000 résultats) trois fois plus nombreuses que pour la loi de Murphy (11 100 000 résultats) !

Ridha Loukil

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