Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

Homo Cooperans 2.0 ou comment passer de l'économie collaborative à l'économie coopérative

Analyse Journaliste vidéo, notamment pour ARTE, Matthieu Lietaert est aussi essayiste.  A travers son opus Homo cooperans, l'auteur belge s'interroge sur les avatars de l'économie du partage, dont le principe capitaliste profite aux actionnaires, souvent au détriment des petites mains ou du bien commun. Comment transformer notre économie de la collaboration en une économie de la coopération ? Si le livre ne propose pas de solution clé-en-main, il suggère quelques pistes.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Homo Cooperans 2.0 ou comment passer de l'économie collaborative à l'économie coopérative
Homo Cooperans 2.0 ou comment passer de l'économie collaborative à l'économie coopérative © clement127 / Flickr

Uber, Airbnb... On ne présente plus ces figures de proue de l'économie collaborative. Start-up devenues mastodontes, elles atteignent aujourd'hui des valorisations boursières records. Le problème ? “La redistribution des revenus et des profits”, écrit Matthieu Lietaert dans Homo cooperans 2.0. L'essayiste déplore en effet que les législateurs pensent avant tout à “taxer les petits acteurs” alors que les filiales des grands acteurs du web sont 'bien au chaud dans des paradis fiscaux pour empocher leurs commissions sans reverser un centime à l’Etat'”.

 

La question est posée, en forme de défi : peut-on lutter contre la marchandisation des liens sociaux ? Matthieu Lietaert consacre quelques chapitres à décrire les mutations historiques subies par l’économie ces derniers siècles, des classes sociales figées de la féodalité à la main invisible d'Adam Smith, du taylorisme à l’ubérisation. Selon lui, il n’appartient qu’à nous de nous réapproprier ces outils numériques en construisant, plutôt que des services commerciaux, de véritables biens communs. Oui, mais comment faire ? 

 

Des start-up aux coopératives

Première piste : en privilégiant par exemple Couchsurfing à Airbnb, croit l'auteur. Ce dernier prône une "transhumance digitale depuis les plates-formes à but lucratif (...) vers des plates-formes coopératives offrant les mêmes services sans but lucratif". Pour Matthieu Lietaert, il serait en effet illusoire de croire que les start-up de l’économie collaborative aient quelque incitations à agir différemment de toute société anonyme.

 

Mais quelle forme sociale adopter ? Peut-être celle de la coopérative. Après avoir périclité ces dernières décennies (ou s'être transformé en sociétés commerciales comme les autres, à l'instar de la Fnac), les coopératives semblent dernièrement avoir trouvé un nouveau souffle : supermarchés coopératifs, Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP)... Un modèle qui se transpose aussi au secteur bancaire, en témoigne le succès des banques éthiques (et en France, du Crédit coopératif.)

 

Introduire une législation à la finalité

De quel droit ? L’économie du partage est agitée par des questions législatives d’une actualité brûlante. Les grands acteurs du web l’ont bien compris, et cherchent à contrer les lois les entravant directement, à l’image d’Airbnb à San Francisco ou d’Uber à Paris. Il s’agit de ne pas confondre un client d'Airbnb avec une agence immobilière, écrit le journaliste.

 

Alors comment appliquer deux poids, deux mesures, selon l’usage ? En introduisant une législation plus flexible, pense-t-il. En écartant hélas la question des nuances, qui rendent les logiques de "tout ou rien" difficiles à appliquer, surtout au plan législatif.

 

Pas une économie, mais un mouvement

Au cours de cette relecture historique au prisme de différents maîtres à penser, le journaliste oppose résolument Michel Bauwens à Jeremy Rifkin. La vision du chantre de la troisième révolution industrielle ? Il la juge “naïve” : la mise en place de nouveaux modes de collaboration sera bien loin d’entraîner automatiquement la fin du capitalisme. La pensée du théoricien belge du pair à pair, en revanche, est privilégiée, pour sa vision plus participative de l’Histoire : le rôle de la confrontation des individualités y est crucial.

 

Avec quel risque de laisser des oubliés au bord du chemin ? Pour l’auteur, il incombe aux autorités européennes d’intervenir pour réduire la fracture numérique, et s’assurer que les 20% de la population européenne qui vivent sous le seuil de pauvreté puisse s’engager dans les nouveaux modes de coopération numérique. “Pairs de tous les pays, unissez-vous !”, conclut-il, qualifiant la tendance de mouvement plutôt que de nouvelle économie.

 

Un essai à transformer ?

L'ouvrage est iconoclaste. La transformation du capitalisme en ligne de mire, il élude cependant certaines questions. Comment infléchir les rapports de force, que faire de l'inertie sociale ? Car ce même mouvement social peut être tour à tour formidable ferment d'innovation, mais aussi générateur de freins au changement, comme le savent déjà les managers en entreprise. C'est alors à nous de faire en sorte que l'appel au bien commun ne se transforme en définitive pas... en lieu commun.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale