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"Il faut définir une stratégie numérique de la France en Afrique", estime Philippe Arnaud de Digital Reunion

Entretien La Réunion a accueilli les 24 et 25 novembre 2016 le premier forum NxSE (North by south east) qui fait le lien entre Europe, Afrique et Océan Indien. Les entrepreneurs de l'île se tournent de plus en plus vers l'Afrique.
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Il faut définir une stratégie numérique de la France en Afrique, estime Philippe Arnaud de Digital Reunion
"Il faut définir une stratégie numérique de la France en Afrique", estime Philippe Arnaud de Digital Reunion © Sylvain Arnulf - L'Usine Digitale

L'Usine Digitale - Quel est le poids de la filière numérique à La Réunion ?

Philippe Arnaud - La filière numérique a réalisé 1,3 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2013, et cela a augmenté depuis. Cela représente 540 entreprises et 4 600 emplois directs. Mais il faut ajouter environ 10 000 emplois à typologie numérique dans tous les secteurs : grande distribution, industrie, commerce, collectivités locales, gestionnaires d'infrastructures…

 

C'est le fruit d'une stratégie de développement et de structuration de la filière menée depuis une dizaine d'années. La Réunion a toujours eu une collectivité régionale et un Etat qui ont cru à la logique de continuité numérique : faire en sorte que les entreprises comme les citoyens aient accès à un niveau de services comparable à ce que l'on trouve en métropole. On a une avance en termes de réseaux par rapport à nos voisins.

 

Il y a un travail de l'accompagnement de l'innovation par les différentes institutions : technopole, comité régional d'innovation, université (qui forme 15 000 étudiants par an). Qui dit université dit recherche, thèses, projets de créations d'entreprises par les jeunes diplômés… Cela crée une bonne dynamique, adossée à un marché intérieur fort, qui continue sa croissance.

 

Est-il difficile de retenir ces jeunes talents ?

On a une population jeune, dont une partie rencontre des difficultés d'accès à l'emploi. Car si La Réunion connaît une croissance forte, de l'ordre de 2,5 à 3% (après une décennie à 5% jusqu'en 2008), la création d'emploi n'est pas suffisante pour absorber le flot de nouveaux diplômés.

 

On a une émigration de diplômés qui continuent leurs études, voire leur carrière en métropole. Mais on ne se bat pas contre ça, car c'est une chance pour un insulaire de faire ses armes ailleurs que dans l'île. Souvent, beaucoup d'entre eux reviennent enrichis par leur expérience dans des grandes entreprises, ou des écosystèmes plus matures que le nôtre, et c'est un atout. Mais on pousse très fort pour que des cursus allant de bac+3 à Master 1-2 s'installent à La Réunion. On cherche des partenaires en métropole pour y parvenir. L'école d'informatique Ipi s'est installée, et on a le projet très avancé de faire venir l'école Epitech à La Réunion. Dès le lancement de la Grande école du numérique, nous avions cinq formations labellisées sur l'île.

 

Et du côté des structures d'hébergement des start-up et d'accélération ?

Nous avons un incubateur lié à la Technopole depuis plus de quinze ans. Il accompagne des projets dans tous les domaines. Un Village by CA va s'installer prochainement, et plusieurs projets d'accélérateurs privés ou soutenus par le public sont en gestation. On veut avoir une pluralité de méthodologies d'accompagnement.

 

Avec ce forum NxSE, vous proclamez votre ambition de vous tourner davantage vers l'étranger, en particulier vers l'Afrique de l'Est. Pourquoi maintenant ?

On a toujours eu des entreprises exportatrices dans le numérique, environ 10%, mais très tournées vers la métropole. On essaie de promouvoir l'idée qu'il faut continuer à travailler avec la métropole, mais qu'on a un marché à nos portes, solvable : l'Afrique australe.  Ce ne sont plus des marchés émergents, ils sont équipés en infrastructures, et le temps des applications et usages est arrivé. Là-dessus, l'offre réunionnaise est excellente, on a des champions du logiciel qui ont déjà fait les preuves à l'extérieur comme Cirrus, qui s'est développée autour des logiciels métiers dans le secteur aérien, et qui travaille avec Air New Zealand et Singapore Airlines.


On s'est habitué à travailler uniquement avec la métropole. On est en train de devenir un peu plus africains qu'on ne l'a été. On a plein de choses en commun : des origines culturelles partagées, notamment. L'Afrique n'attend pas : ce ne sont pas eux qui ont besoin de nous, mais nous qui avons besoin d'eux. On arrive sur ces marchés de manière très modeste mais non sans ambition.


On s'appuie pour cela sur les French Tech Hubs en Afrique. Pour concevoir NxSE, on est allés à leur rencontre pour dire qui nous étions, créer un lien. Il faut maintenant le maintenir, analyser les sujets sur lesquels nos entreprises peuvent converger, voir comment nous, entreprises françaises, on peut définir une stratégie numérique pour la France en Afrique. Il faut des objectifs clairs, mesurés, sur lesquels on est capables d'avancer ensemble. On est au début de l'histoire.

 

La labellisation Ecosystème French Tech en e-santé va vous y aider ?

Le label Ecosystème French Tech est une reconnaissance au niveau national, la Réunion a besoin de cela. On a une vraie stratégie de développement de la filière e-santé, avec un projet de cluster, pour faire travailler ensemble des acteurs locaux qui ont des projets très forts. Nos liens avec l'Afrique doivent s'approfondir à travers des initiatives dans la e-santé.

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