Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

Internet peut-il vraiment tuer le capitalisme?

L’américain Jeremy Rifkin pense que l’internet des objets va effectivement permettre l’émergence d’une économie du partage. Pour Jacques Attali, le capitalisme ne craint rien, c’est la démocratie qui est menacée.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Internet peut-il vraiment tuer le capitalisme?
Internet peut-il vraiment tuer le capitalisme? © Pascal Guittet

"Internet va-t-il tuer le capitalisme ?" était le thème volontairement provocateur de la conférence organisée par l’institut G9+, le 24 novembre, pour ses membres : des responsables informatiques, télécoms et multimédia issus de grandes écoles françaises. Et pour apporter des éléments de réponse, deux consultants hyper médiatiques : l’essayiste américain Jeremy Rifkin, en vidéoconférence depuis le Canada, et Jacques Attali, écrivain et président du groupe PlaNet Finance. Deux points de vue très divergents.

Pour le premier, internet permet l’émergence d’une économie du partage, la "Sharing économy", non plus basée sur le capital mais sur l’échange de biens et de services, qui va forcément changer les lignes du capitalisme. "Le capitalisme est comme des parents, qui peuvent influer sur leurs enfants, mais qui seront à leur tour changés par leurs enfants", explique Jeremy Rifkin. Et si on ajoute à la sharing economy l’internet des objets, qui augmente l’efficacité des personnes et des systèmes, on arrive à son concept de "nouvelle société du coût marginal zéro", qui pourrait résoudre presque tous les problèmes de ressources de la planète, voire du réchauffement climatique !

Vers un nouveau capitalisme de la donnée ? 

"L’avenir que l’on vous a présenté est l’avenir d’avant-hier", a lancé Jacques Attali après avoir écouté l’intervention de Jeremy Rifkin. Pour le penseur français, les industries traditionnelles vont rester longtemps très dominantes : "Il va falloir nourrir, loger, transporter, soigner et éduquer 9 milliards de personnes. Et cela n’est pas faisable avec l'internet des objets. Cette idée que l'internet des objets est le fin du fin d’un monde idéal est dangereuse." Pour lui, cette vague technologique devrait même passer. "L’internet des objets est déjà derrière nous. Il est balayé par des technologies bien plus importantes comme le calcul parallèle, les nano et bio technologies, les neurosciences..."

L’important, selon Jacques Attali, c’est la rareté. Le capitalisme s’est construit sur cette notion de rareté. Et à chaque fois, le progrès a pu en repousser les limites. "L’énergie n’est toujours pas rare. L’information non plus. Ce qui est rare aujourd’hui, c’est le temps. Et ce que permet l’économie collaborative, c’est un meilleur usage du temps", prévient l’écrivain français. Ainsi la voiture sans chauffeur ne serait pas un sujet de mobilité, mais un moyen de gagner du temps pour faire quelque chose qui a du sens.

Et l’internet des objets ne serait qu’une tentative extraordinaire de prendre le contrôle de nos vies, via nos données, pour créer de nouveaux monopoles dont l’obsession est de rester des monopoles. "Internet ne tue pas le capitalisme. Il l'invente autrement", analyse Jacques Attali. Le pouvoir allant à qui possède les données. Et internet n’étant qu’une machine pour nous soumettre à ce pouvoir.

Besoin de nouvelles règles de droit ? 

L’enjeu est donc plutôt celui de la survie de la démocratie. "Aujourd'hui le marché l'a emporté sur la démocratie. Et ce marché est mondial. La démocratie ne l'est pas." Les négociations du traité Transatlantique ne rassurent pas Jacques Attali. "Les règles du marché sont en train de l’emporter sur les règles de droit. Or un marché sans régulation aboutit à la déflation et au chômage." La parade ? "Se réapproprier nos données, via une règle de droit définie démocratiquement. Si on ne fait pas ça, le marché s'effondrera ou laissera sa place au marché criminel ", prévient-il encore, estimant que le racket n’est en fait que la forme illégale de l’assurance.

Or, l’assurance (la sécurité) et la santé font partie des missions des Etats. Avec Internet, la question se pose de savoir si elles seront mondialisées et privées, grâce à la mainmise sur les données, ou mutualisées. "Cela dépend si c’est le marché ou la démocratie qui l'emporte. Mon intuition est que les démocraties ne vont pas être capables d'imposer les règles", avance Jacques Attali. Inquiétant, d’autant que la même question se poserait pour l’éducation. 

Aurélie Barbaux

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media