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"La France a besoin d'un plan de réarmement technologique", selon Nicolas Brien, CEO de France Digitale

Entretien France Digitale publie mardi 26 mai "Alt.ernatives", son plan numérique pour le redémarrage de l'économie française. Pour l'association regroupant investisseurs et start-up, il est urgent de lier relance, transformation digitale et transition écologique. En conditionnant par exemple les aides aux plans de modernisation digitale. L'ensemble demanderait  10 milliards d'euros d'investissement public et se décline en 15 mesures. Nicolas Brien, le CEO de France Digitale, a répondu à nos questions. 
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La France a besoin d'un plan de réarmement technologique, selon Nicolas Brien, CEO de France Digitale
Le CEO de France Digitale décrypte la "philosophie" du plan proposé par l'association © Margot l'Hermite

L'Usine Digitale : Quelle est la philosophie du plan ALT.ernatives que vous présentez mardi 26 mai au public et vendredi 29 au ministre de l'Economie ?

Nicolas Brien : Avec le confinement, on a vécu un "grand bond en avant" numérique. C'est le plus grand moment d'accélération numérique jamais connu par l'Humanité dans son ensemble, que ce soit en France, au Kenya ou en Chine... A l'heure de la distanciation physique, les seules interactions sociales sont devenues digitales. Avec ce document "ALT.ernatives", nous avons d'abord voulu raconter l'histoire de cette accélération, pour le meilleur et pour le pire. En France, le nombre de télétravailleurs a été multiplié par 10, le volume du commerce en ligne a doublé, les cyberattaques multipliées par quatre et les propos haineux ont augmenté de 56%. C'est cette évolution majeure que nous avons voulu objectiver.

Nous avons la conviction qu'on ne pourra pas se contenter d'un plan de relance, car personne ne veut redémarrer "comme avant" . Nous proposons un plan de redirection, qui définisse un nouvel horizon en tenant compte de la transformation numérique et de la transition écologique.

Concrètement vous ne voulez pas d'aides spécifiques comme les autres secteurs ? 

Notre ambition n'est pas de produire un énième plan de relance sectoriel. En ce moment, les lobbys s'activent et il doit y avoir assez de plans de relance pour caler toutes les armoires de Bercy ! Prenons un peu plus de hauteur : le "grand bond en avant" numérique concerne aussi bien les grands groupes que les start-up ou les administrations. On a vu des élèves qui ont eu leur scolarité suspendue, ou des groupes du CAC 40 qui n'ont pas pu télétravailler en raison d'un manque d'équipement en ordinateurs portables de leurs salariés. Nous avons besoin d'un réel plan de réarmement technologique si on ne veut pas que la France connaisse un déclassement économique.

Le texte que vous publiez insiste beaucoup sur les questions de souveraineté numérique, française mais aussi européenne. C'est la version digitale des relocalisations ?

La souveraineté, c'est avoir le choix. Nous ne sommes pas condamnés à avoir recours à des solutions numériques étrangères. Aujourd'hui, le débat public est monopolisé par la question des relocalisations industrielles, quand l'industrie représente moins de 14% du PIB. Rares sont ceux qui se soucient de notre dépendance aux solutions numériques étrangères et aux investissements technologiques étrangers. Investir dans la transformation numérique est le meilleur moyen de développer des emplois durables et non-délocalisables. Rappelons le, les start-up sont les premiers créateurs nets de CDI et une toute récente étude de l'APEC révèle que l'informatique est devenu le premier débouché des jeunes diplômés.

Vous ne demandez pas d'aides directes, mais vous aimeriez que l'épargne finance ces innovations ?

On ne le dit pas assez mais le confinement a conduit à accumuler 55 milliards d'euros d'épargne forcée, au même moment où les PME n'ont jamais eu autant besoin de financement. Nous devons trouver des outils, comme l'IR-PME (dispositif de réduction d'impôt pour les investissements dans les PME) pour orienter l'épargne des classes moyennes supérieures vers le financement des PME et des start-up.

Vous proposez aussi des actions fortes en matière de formation ? 

La France détient le record du nombre de chômeurs partiels et beaucoup d'entre eux s'inquiètent de leur sort. C'est pour cela que nous proposons que le chômage partiel soit transformé à partir du 1er juin en "congé formation numérique". Le chômage partiel serait prolongé pour tout salarié qui accepterait de suivre une formation aux métiers numériques. Cela permettrait de doper les compétences des salariés et de soulager les finances publiques en basculant une partie du coût vers les OPCO et les CPF.

Parmi les idées fortes de votre plan, on trouve la mise sous condition des aides d'Etat à un plan de transformation numérique ? 

Il ne devrait pas y avoir un euro d'argent public dépensé pour une entreprise qui ne s'engage pas dans la transformation numérique. Il s'agirait de demander des choses très concrètes : l'ouverture des données non-stratégiques, la signature d'un accord d'entreprise permettant le télétravail à 100% des salariés qui le demandent, une réduction des délais de paiements à l'égard des PME et des start-up... Sans plan pour accélérer la transformation numérique, les entreprises qui sont aujourd'hui en difficulté risquent de l'être à nouveau dans trois ou quatre ans et le contribuable risquerait de remettre au pot.

D'un côté, vous parlez de modernisation, de transformation numérique et vous voulez promouvoir l'achat de matériels recyclés en créant un taux de TVA réduit. N'est-ce pas un peu contradictoire ? 

Dans le monde que nous voulons, on se doit de marcher sur deux jambes: transition écologique et transformation numérique. Nous proposons par exemple un taux de TVA réduit pour les équipement électroniques reconditionnés. De cette manière, on favorise le recyclage, les circuits courts mais également la réduction des inégalités numériques. Recyclé ne veut pas dire obsolète. D'ailleurs nous proposons aussi la mise en place d'une "prime à la casse numérique" pour renouveler le matériel.

Votre plan est chiffré à 10 milliards d'euros, avec notamment un investissement pour équiper en haut débit. C'est suffisant pour réussir la transformation numérique ? 

Nous proposons 10 milliards d'investissement public, complétés par 10 milliards d'investissement privé. Cela devra bien évidemment s'inscrire dans un plus vaste plan pan-européen, au niveau continental. Plus que le montant de la somme, ce qui compte vraiment sera la rapidité d'éxécution. L'arrêt consécutif à la pandémie de la Covid-19 a été très brutal. Les géants chinois et américains utiliseront ce grand bond en avant numérique pour se donner de l'élan. A nous de ne pas nous laisser distancier et de dessiner un modèle européen alternatif, plus soucieux des Hommes et de la Planète.

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