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Israël, la start-up nation, est aussi l'exit nation... un modèle qui montre ses limites?

Analyse En Israël, les exits sont une fierté nationale, le signe que la “start-up nation” est devenue un partenaire essentiel de l’innovation mondiale alors que le pays ne compte que 8 millions d’habitants. Mais certains experts s’inquiètent pour l’avenir.
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Israël, la start-up nation, est aussi l'exit nation... un modèle qui montre ses limites?
Israël, la start-up nation, est aussi l'exit nation... un modèle qui montre ses limites? © Leon Brooks - CC0

Avec +110% en 2017, les exit israéliennes (autrement dit, les rachats de start-up) atteignent 7,44 milliards de dollars. Sans compter les acquisitions de Mobileye et de NeuroDerm –leur entrée au Nasdaq en 2014 fait référence comme année de sortie– qui porterait ce chiffre à 23,8 milliards de dollars... Le succès de la high-tech israélienne est souvent vu sous le prisme de ces ventes record dépassant le seuil moyen des 100 millions de dollars. Interrogé par L’Usine Digitale, Niron Hashai, expert en business stratégie des compagnies high-tech à l’université IDC d’Herzliya, se demande cependant si "ces entreprises transformées en centre de R&D ou exportées à l’étranger" n’auraient pas pu "devenir autre chose". Selon lui, Mobileye aurait par exemple pu se muer en "grande multinationale parce que l’entreprise, après 20 ans d’activité et de multiples contrats, était devenue un acteur incontournable de ce marché" : "On ne sait pas vraiment pourquoi ils ont vendu, on sait juste désormais que les profits futurs de Mobileye échapperont en partie à Israël", souligne-t-il.


L’exit de la compagnie de Jérusalem, rachetée par Intel plus de 15 milliards de dollars, a rapporté tout de même un milliard à l’Etat et l’essentiel de l’activité reste en Israël où Intel est déjà très présent avec plus de 10 000 employés. Le maintien de l’activité en Israël est une donnée de plus en plus affichée et qui permet de relativiser l’impact d’un exit sur l’écosystème israélien. Dernière grande exit en date, la vente d’Argus Cyber Activity à Continental pour 400 millions de dollars. Non seulement la compagnie de cybersécurité automobile préserve ses emplois en Israël mais elle va même les doubler. La vente a pour but de s’ouvrir davantage au marché mondial et d’accélérer encore plus le développement dans un secteur ultra-compétitif.

 

Innover plus que manager

"La culture des Israéliens n’est pas de construire une grande multinationale, rétorque Joseph Dahan, consultant en levée de fonds et Business Development. Leur domaine, poursuit-il, c’est de trouver un problème, des solutions, les développer en business et de passer à autre chose." Les financements en private equity vont dans ce sens : "Ils ne viennent pas en Israël pour développer des mastodontes." Pour autant, ces dernières années, quelque chose a changé, nuance Josef Mandelbaum, directeur général de Perion, un groupe de publicité numérique coté au Nasdaq. Auparavant, "la stratégie de 99% des entrepreneurs israéliens était de réaliser le meilleur exit possible, aujourd’hui il n’y a aucune raison pour laquelle on ne puisse pas construire une grande entreprise basée en Israël", estime-t-il. Et d’ajouter, que lui, en tout cas, "c'est ce (qu’il) veu(t) faire."

 

De fait, de plus en plus d’Israéliens se forment au management et ont les capacités de diriger de grandes entreprises. C’est déjà le cas de Teva, le géant pharmaceutique mais aussi de Mellanox ou Check Point. Pour autant, il n’est pas certain que les start-up israéliennes puissent davantage se consolider à l’avenir. Comme le rappelle Harshai, "il y a toujours quelqu’un au bout de la route, que ce soit Google, Facebook ou Amazon (...). Je crains très fortement que ce soit très difficile pour les start-up de passer outre ces compagnies et que l’exit, avec un gros chèque sur la table, soit de plus en plus la seule solution”, prédit-il.

 

Le pari des multinationales

Depuis 2009, les investisseurs étrangers (majoritaires dans la high-tech israélienne) sont exonérés de l'impôt sur les plus-values. Une mesure qui minimise les gains israéliens réalisés sur les exits. Une politique délibérée destinée à attirer les plus grands groupes et qui s’accompagne de réductions d’impôts. Les centres R&D de plus de 300 entreprises multinationales en Israël, avec quelque 190.000 employés ne paient que 50 millions de dollars d'impôts par an. "Si les conditions n’étaient pas aussi bonnes pour les Gafa et autres Alibaba, ils partiraient ailleurs", juge Harshai. Si on reproche aux multinationales de capter les meilleurs ingénieurs ou développeurs dans un marché du travail très tendu, leur apport en terme de formation est toutefois indéniable. Des centaines d’ex-salariés d’Intel, Google ou Facebook ont créé leur propre start-up après avoir énormément appris chez les géants de la high-tech américaine. Et les échanges permanents avec la Silicon Valley a fait d’Israël un acteur central de la high-tech mondiale.

 

Une économie inégalitaire

Harshai se dit tout de même "inquiet" car Israël repose sur une économie à deux vitesses. La high-tech et le reste. "La high-tech représente 8% du PIB, c'est beaucoup mais encore 92% du pays n'a pas les conditions de travail ou les salaires de ce secteur. La croissance est au dessus des 3,5%, mais ne profite pas à tout le monde. Israël est devenu le pays le plus inégalitaire de l’OCDE. On ne voit pas non plus une réelle industrie locale se développer autour de ces compagnies. Et si jamais il arrivait quoi que ce soit en Israël (guerre, tensions géopolitiques), l’activité pourrait se déplacer très rapidement. Les multinationales (pourraient) délocaliser très vite".

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