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"Juste avec le financement, vous n’arrivez à rien", Bertrand Diard (Tech in France)

Tech in France a organisé Fund Me Day, événement dédié au développement des start-up et scale-up, le 20 novembre 2017. L’occasion de faire le point avec son président, Bertrand Diard, sur la réalité terrain de l’écosystème numérique français et les actions du gouvernement.
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Juste avec le financement, vous n’arrivez à rien, Bertrand Diard (Tech in France)
Bertrand Diard, président de Tech in France © Influans

Quel est votre regard sur l’écosystème des start-up dans la tech en France et en Europe ?

Bertrand Diard :
Depuis 5 ans, on sent un écosystème qui est en train de se construire. Cela passe notamment par des initiatives publiques, comme la French Tech initiée par Fleur Pellerin, mais aussi Bpifrance, avec sa propre transformation mais aussi en tant que l’un des plus grands pourvoyeurs de fonds. Les initiatives sont toutes assez positives. On sent qu’il y a une prise de conscience et nous en sommes contents.

Quelques sujets réglementaires arrivent : on parle de GDPR, mais aussi de e-privacy qui est d’ailleurs pour nous potentiellement beaucoup plus impactant socialement et économiquement parlant. L’Europe et les institutions ont pris ces chantiers à bras le corps. A nous de les appréhender pour que ce ne soit pas une contrainte.

Tech in France, ce sont 60 métiers. Cela nécessite un effort considérable pour accompagner cette transformation. Pour mesurer l’impact potentiel, nous devons être à la fois support des institutions et proches des entreprises. On espère que le nouveau gouvernement va se mettre dans une dynamique similaire.

 

Justement, que pensez-vous des premières actions du gouvernement en matière de numérique ?

B. D. :
L’avantage de ce gouvernement, c’est la prise de conscience de la complexité du sujet. Il utilise un format qui ressemble à l’écosystème des start-up, avec des consultations, des collaborations… C’est un modèle itératif et pragmatique. Par rapport à ce que l’on a pu connaitre, il y a un intérêt, il y a de l’envie. Mais dans la réalité des faits, il faut plus.

A l’échelle de notre écosystème, on ne voit pas encore vraiment son impact. On attend de voir comment il va accompagner cette transformation. Il faut créer cette urgence. Les feux sont au vert, mais on n’est pas en avance. Nous sommes sur la ligne de départ, il va falloir se mettre à courir. Il nous reste encore d’énormes chantiers.

Nous sommes sur la ligne de départ, il va falloir se mettre à courir

 


 

Quels sont les chantiers prioritaires ?

Vous venez d’organiser Fund Me Day. Quelle est votre ambition avec un tel événement ?

Bertrand Diard : Nous étions considérés comme un organisme de lobbying, mais ce n’est pas le cœur de notre activité. Tech in France supporte l’écosystème avec des dispositifs qui poussent directement les opérations. Par exemple, nous avons des commissions sur le go to market, la stratégie, le financement des start-up…  Nous venons également de publier un livre blanc sur la GDPR de Tech en partenariat avec le Cigref. Le but de Fund me day n’était pas de faire un énième événement. L’objectif était de rassembler de gens autour de la table sur des ateliers aux problématiques spécialisées, avec des gens qui ont vraiment vécu ces problématiques.

 

B. D. : L’e-privacy, comme indiqué précédemment, est un énorme chantier. La fiscalité et la réglementation du travail sont également cruciales pour accompagner les nouveaux modes de travail des entreprises. Cela ne concerne pas qu’Uber… Dans l’univers du software, le modèle du free-lance est plus en plus déployé : il va falloir l’accompagner.  

Par ailleurs, nous avons aussi beaucoup d’attente en matière d’intelligence artificielle. Nous sommes impliqués avec Cédric Villani. L’IA est une nouvelle rupture qui va avoir des impacts économiques sociaux, mais aussi au niveau de la souveraineté nationale. Cette technologie va aussi être le pivot commercial de l’industrie du futur. Mais alors que la Chine a déjà créé un fonds souverains de 13 milliards de dollars, la France n’a pas commencé le bout du bout d’une stratégie… 
De même, côté financement, on est passé devant les anglo-saxon, certes. Mais la réalité est que si l’on se compare à Israël, le pays a investi deux fois plus d’argent que nous sur la technologie sur la même période. Il reste donc encore des efforts à faire.

 

Le financement est une étape, mais ce n’est pas non plus la clé de la réussite. Quelles sont les conditions pour y arriver ?

B. D. : En effet, juste avec le financement, vous n’arrivez à rien. Du fait de cette transformation et de cette évolution de l’économie, l’autre chantier est de repenser le modèle éducation-formation. Toutes les industries vont être impactées par la technologie. Si on ne crée pas les talents aujourd’hui, cela va être compliqué. Pour garantir le succès, on a aussi besoin de former les gens en continu pour les maintenir à niveau.  Les talents, c’est la priorité pour réussir à être disruptif.

La bonne idée, c’est 5% de la réussite, les talents 50% et l’exécution, 45%. Une fois qu’on a les talents, il faut donc être en capacité de d’exécuter. On a intérêt à accompagner l’écosystème en leur apportant un partage d’expérience. Cela passe par des commissions de travail, c’est un vrai levier, mais aussi des évènements et des ateliers participatifs. Lors de Fund Me Day, chaque atelier a rassemblé 100 à 250 personnes, contre 10 à 40  pour une commission de travail… On doit multiplier ce type de modèles.

La bonne idée, c’est 5% de la réussite, les talents 50% et l’exécution, 45%

Cela peut aussi passer par la collaboration entre grands groupes et start-up… C’est d’ailleurs un des des axes de Fund Me Day. Est-ce aujourd’hui "efficace" ?

B. D. :
Dans notre modèle philosophique, le CAC 40 a été jusqu’à présent un frein à l’émergence de l’innovation. Dans les 25 dernières années, les 40 premiers n’ont quasiment pas bougé alors qu’aux Etats-Unis, ils ont changé à 80%. Quant à la valorisation, lorsqu’on voit qu’Apple représente 60 % de notre CAC 40 à lui seul, cela montre qu’on a raté une étape économique forte…

Il se renouvelle, tous les grands groupes s’affairent à trouver de nouveaux modèles mais les initiatives sont très récentes. Et le constat c’est que les start-up ont encore du mal à travailler avec le CAC 40. C’est un changement en profondeur qui doit s’exercer : on ne change pas un modèle en 12 mois. Le vrai succès passera par mettre leur propre organisation en ligne.

 

 

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