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Kapten, Heetch, Dott, Uber... Comment les acteurs de la mobilité comptent s'en sortir face au Covid-19

Analyse Chute du nombre de courses en VTC, plates-formes de covoiturage au ralenti et services d'auto-partage et de trottinettes en libre-service à l'arrêt. Le secteur de la mobilité est très fortement touché par la crise sanitaire. Si tous espèrent pouvoir se relancer à l'issue du confinement, la pandémie modifiera peut-être les usages des consommateurs. Et la crise économique entraînera sans doute des faillites et des consolidations.
mis à jour le 06 avril 2020 à 09H19
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Kapten, Heetch, Dott, Uber... Comment les acteurs de la mobilité comptent s'en sortir face au Covid-19
Les services de trottinettes et vélos en libre-service Jump sont suspendus à Paris. © Uber

Alors que la pandémie de Covid-19 s'étend à travers le monde et dans l'Hexagone, les Français sont confinés depuis le mardi 17 mars 2020 à 12h. Cette mesure, prise dans le but d'enrailler la propagation de l'épidémie de Covid-19, affecte l'économie française et tout particulièrement les acteurs de la mobilité puisque, par définition, ces acteurs permettent aux personnes aujourd'hui confinées de se déplacer.

Quelques VTC en circulation

Si aucun des acteurs du VTC contacté par L'Usine Digitale n'a fermé son service, l'activité est drastiquement ralentie. Uber et Kapten évoquent une "baisse d'activité" tandis que Teddy Pellerin, le fondateur de CEO de Heetch, parle d'une chute de 80%. Pour l'instant, le nombre de chauffeurs continuant à travailler se situe aux alentours de 25%. Un chiffre qui leur permet de maintenir des courses. Mais cet équilibre pourrait se trouver bousculer puisqu'il est probable que certains chauffeurs se voient contraints de travailler à nouveau pour gagner de l'argent.

Le covoiturage au ralenti

Le constat est le même du côté des acteurs du covoiturage, que ce soit pour le leader français BlaBlaCar qui propose du covoiturage courte et longue distances ou des acteurs qui se concentrent sur le covoiturage domicile travail comme Karos et Klaxit. "Aujourd'hui l'activité est entre 2 à 5% de l'activité normale sur un mois de mars", affirme Nicolas Brusson, le cofondateur et CEO de BlaBlaCar.

Karos et Klaxit, quant à eux, assurent subir une chute de 90% des covoiturages. "Le réseau de covoiturage s'est adapté assez naturellement", commente Nicolas Brusson : le nombre d'annonces a baissé en même temps que le nombre de demandes. Les acteurs, en lien avec les autorités, ont aussi adapté leur fonctionnement en autorisant un conducteur à ne prendre qu'un seul passager. Si l'activité se poursuit chez BlaBlaCar, les revenus sont à zéro puisque l'entreprise a supprimé sa commission sur les trajets réalisés.

L'auto-partage et les trottinettes en libre-service à l'arrêt

La majorité des services de trottinettes en libre-service que nous avons interrogés – à savoir Lime, Bird, Voi et Jump – sont à l'arrêt, à l'exception de Dott. La start-up française, qui a divisé sa flotte par deux pour ne garder que 1 500 trottinettes à Paris et 1 000 à Lyon, assure avoir longuement discuté avec les mairies et le ministère des Transports avant de continuer son activité. Dott met à disposition du personnel hospitalier un code promotionnel leur permettant d'utiliser le service gratuitement.

Autre service de mobilité à l'arrêt, Free2Move. Le service d'autopartage du groupe PSA voit ses activités suspendues. Mais le constructeur ajoute mettre "à disposition des hôpitaux de Paris et professionnels de santé des véhicules de sa flotte". Renault a tout simplement décalé le lancement de son nouveau service d'auto-partage Zity qui devait avoir lieu en mars. Comme son concurrent, il met à disposition du personnel soignant les 300 véhicules de sa flotte qui étaient déjà arrivés sur Paris.

Des services avec des coûts fixes importants

Les finances sont aussi en question. Zity a également décalé toutes les dépenses de marketing, y compris les campagnes de publicité, "en accord avec l'annonceur pour que ces campagnes soient décalées sans frais", assure Gilles Normand, directeur division véhicules électriques et services de mobilités, Groupe Renault.

Quant aux start-up proposant des trottinettes électriques en libre-service, elles semblent toutes s'organiser pour baisser certaines mensualités ou reporter un paiement lorsque cela est possible. Elles sont en effet soumises à d'importants coûts fixes, liés par exemple à la location des entrepôts pour stocker le matériel, au leasing des véhicules pour récupérer les trottinettes, ou encore au rechargement des batteries. Lucas Bornert, le directeur général de Voi France, évoque "des fournisseurs assez ouverts aux discussions". La société  ne va ainsi pas payer la location des vélos cargos permettant de collecter les trottinettes pour le mois d'avril. Mais en échange, elle s'est engagée un mois de plus auprès de ce fournisseur.

Beaucoup ont recours au chômage partiel

Voi, Dott et Bird, qui emploient en CDI ou en contrat d'intérim temps plein – pour la majeure partie des personnes travaillant à la collecte et la recharge des trottinettes en France – se saisissent du dispositif de chômage partiel mis en place par le gouvernement. Interrogé, Lime a simplement répondu "considérer ce dispositif mais qu'aucune décision n'a été prise".

Des modalités qui intéressent également les acteurs du VTC ou du covoiturage, qui ont en commun d'avoir une activité qui se base sur une plate-forme technologique leur servant à mettre en relation des conducteurs avec des clients. Mais ces activités ne nécessitent pas d'investissements massifs en infrastructure et les coûts fixes sont moins importants.

La trésorerie, un facteur à géométrie variable

Reste à considérer un autre facteur important : la trésorerie dont dispose ces entreprises. Kapten, Zity ou encore Free2Move sont adossés à des constructeurs automobiles. Ils sont certes très impactés par la crise actuelle, mais leurs finances sont solides.

Chez Uber, on se veut rassurant en mettant en avant "ses avantages d'échelles et ses avantages structurels par rapport à ses pairs", tandis que Heetch évoque sa levée de fonds 37,6 millions d'euros réalisée courant 2019. Mais, son fondateur Teddy Pellerin reconnaît que si l'arrêt des activités dure trop longtemps, la situation va s'avérer difficile. D'autant plus que la start-up française reverse, pour l'instant en tout cas, sa commission de 15% sur les courses à un fonds de solidarité à destination des chauffeurs.

Les récents tours de table menés par Voi, Dott et Bird permettent également de rassurer. Quant à Karos, qui a mené sa levée de fonds fin 2019 - début 2020, elle a "une trésorerie significative, selon son cofondateur Olivier Binet, qui explique avoir déjà "sécurisé la première tranche".

Quant au modèle de Klaxit, il lui assure une grande partie de ses revenus via les contrats signés avec les entreprises et collectivités. "Seule une partie des revenus dépendent des volumes de trajets", précise son fondateur Julien Honnart. Si la start-up va être impactée puisqu'elle se voit obligée de décaler le lancement de contrats signés, elle assure ne pas recnontrer de problème de trésorerie dans l'immédiat. "Les discussions commerciales [avec les entreprises et collectivités, Ndlr] se poursuivent", ajoute Julien Honnart qui précise être "en cours de contractualisation avec une métropole de 300 000 habitants".

Des consolidations et des faillites ?

Comment va se restructurer le secteur de la mobilité ? Difficile de se prononcer, mais il est probable que cette crise sanitaire et économique engendre des faillites et des consolidations. "Certaines sociétés vont avoir du mal à surmonter cette crise, analyse Gilles Normand, notamment dans le secteur de l'auto-partage sur lequel il y a beaucoup d'acteurs et où les marges sont faibles".

Le secteur des trottinettes en libre-partage devrait aussi se trouver touché de plein fouet. Une grande partie des acteurs sur ce marché a tendance à brûler du cash pour s'implanter rapidement dans de nombreuses villes et gagner des parts de marché. Une stratégie qui peut s'avérer gagnante lorsque l'économie se porte bien et qu'ils peuvent lever régulièrement des fonds mais qui devrait s'essouffler assez rapidement lors d'une crise économique.

La pandémie va-t-elle changer les habitudes de mobilité ?

Optimistes, les start-up proposant des trottinettes en libre-service pensent pouvoir tirer leur épingle du jeu à la fin du confinement puisque ce mode de transport n'accueille qu'une personne à l'air libre. BlaBlaCar, de son côté, met en avant son offre "bon marché" qui devrait continuer à séduire les utilisateurs surtout en cas de forte crise économique, en comparaison avec les autres moyens de transport.

Quant aux usagers, vont-ils se détourner de la mobilité partagée ? Des transports en communs ? "Il va être très intéressant de voir les évolutions en termes de consumérisme par rapport aux services de mobilités et notamment la mobilité partagée", ajoute Gilles Normand. Dernier point évoqué : la très grande majorité des acteurs interrogés assurent vouloir mettre en place des mesures d'hygiènes plus strictes ou renforcer la communication autour des mesures qu'ils prenaient déjà. Une chose semble donc actée à leurs yeux : les utilisateurs feront plus attention aux mesures d'hygiènes. Au début en tout cas.

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