L’avenir incertain de Yandex, le "Google russe"

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a de lourdes conséquences économiques. Yandex, le fleuron du numérique russe, est particulièrement touché. Pourra-t-il survivre aux sanctions ? Va-t-il devoir se séparer de certaines activités ? Un début de réponse devrait émerger sous peu.

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L’avenir incertain de Yandex, le

Plus de quatre mois après le début de l’invasion russe en Ukraine, l’avenir de Yandex, “le Google russe”, s’annonce bien incertain. Ce fleuron emblématique de la tech russe, qui avait acquis le titre officieux "d’entreprise la plus cool de Russie", comme le rappelle le New York Times, est embourbé dans les difficultés et fait l’objet de nombreuses spéculations.

C’est même "un exemple assez emblématique des problèmes rencontrés par les sociétés de la tech russe", relève la doctorante en géopolitique Marie-Gabrielle Bertran, une spécialiste du développement logiciel en Russie. Soit des firmes tiraillées entre l’ouverture sur le monde exigée par le numérique et les exigences d’un pouvoir russe qui se replie sur lui-même. "Il y a une différence nette entre le discours rassurant de Yandex et la chute de son cours en bourse", relève-t-elle.

Yandex, structuré juridiquement en une holding de tête néerlandaise et une société de droit russe, s’est ainsi félicité de résultats financiers en forte croissance pour le premier trimestre. Et ce malgré "l’impact des développements géopolitiques", l'euphémisme pour qualifier la guerre en Ukraine. Les prochains résultats financiers, attendus pour le 26 juillet, montreront si cette tendance se confirme.

Un top management décapité

Mais alors qu’elle avait atteint un pic de capitalisation d’environ 30 milliards de dollars à l’automne 2021, la valeur de cette société a chuté de 80% – sa cotation au Nasdaq est suspendue depuis le début de l'invasion russe. A l’origine un simple moteur de recherches imaginé à partir de 1993, Yandex s’est diversifié tous azimuts. Les services proposés par la firme vont de la livraison aux robots taxis en passant par le streaming audio, le cloud, les drones ou les jeux vidéo.

Outre cette tempête boursière, le top management de l’entreprise a été décapité. Sous la pression de l’Union européenne, le cofondateur Arkady Volozh, le PDG du moteur de recherche, a ainsi dû quitter il y a un mois ses fonctions exécutives et le conseil d'administration. Trois mois plus tôt, Tigran Khudaverdyan, le numéro deux de Yandex, avait également dû démissionner de ses mandats en mars, pour les mêmes raisons.

Des sanctions contre les dirigeants justifiées, selon le Conseil de l’Union européenne, par le fait que la société joue un rôle dans la dissimulation d’informations sur la guerre. Yandex a également été épinglée il y a peu pour son service de cartes, où les frontières exactes entre l’Ukraine et la Russie ont disparu. Des questionnements partagés en interne, signe d’un tiraillement des équipes. La directrice générale Elena Bunina a ainsi démissionné, tandis que Tonia Samsonova, une directrice du groupe, avait publié sur Instagram sa lettre de démission.

La vente de News et Zen toujours en suspens

Yandex avait pourtant un plan pour se sortir de l’ornière. Elle avait ainsi annoncé à la fin avril la future vente de ses services Yandex News et Zen. Deux services liés à l’information devenus particulièrement toxiques avec la guerre et le renforcement du contrôle du Kremlin sur la société russe. Mais malgré un accord de principe avec VK, le "Facebook" russe, la vente est toujours en stand-by.

Au-delà de ce projet de vente, la presse russophone s’interroge sur une réorganisation plus en profondeur du groupe. Ainsi, Meduza, un média indépendant critique du pouvoir russe, a fait part d’un plan pour scinder Yandex en deux entités, l’une russe, et une deuxième structure internationale. Cette information a été démentie par Yandex.

L’opération ressemblerait alors à celle annoncée par la firme de cybersécurité Groupe-IB, qui vient d’annoncer la séparation de ses activités russes et internationales. Le média israélien Calcalist a d’ailleurs signalé les approches de Yandex, intéressé pour déplacer le siège mondial de la firme de la Russie vers l’Etat hébreu. Selon Elena Bunina, interrogée par le New York Times, une part importante des employés de l’entreprise travaillent désormais en dehors de Russie.

Mais une telle scission ne serait pas simple. Comme le rappelle The Bell, il faudrait alors décider du partage de la propriété intellectuelle, des équipes et du financement des projets, tout en réussissant à convaincre le Kremlin de l’intérêt d’une telle opération. “Une séparation du groupe en plusieurs entités ressemblerait à un dernier recours pour permettre la survie du groupe”, analyse Marie-Gabrielle Bertran. "On peut imaginer une vente à la découpe au profit des clans proches du Kremlin, s’interroge également le chercheur Julien Nocetti. Mais si vous retirez des services, est-ce que l’édifice va encore tenir?"

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