L'Observatoire des multinationales met en lumière "la toile d'influence" des Gafam en France

Google, Amazon, Apple, Meta et Microsoft ont multiplié par trois leurs dépenses en lobbying en France entre 2017 et 2021. Ce constat est fait par l'Observatoire des multinationales, qui s'est penché sur les pratiques de lobbying des grandes entreprises américaine du numérique pour mettre en lumière leur "toile d'influence".

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L'Observatoire des multinationales met en lumière

Près de 4 millions d'euros déclarés en dépenses de lobbying par les Gafam (Google, Amazon, Facebook devenu Meta, Apple et Microsoft) en France en 2021. Les entreprises cherchent à faire entendre leurs voix au plus haut niveau et dépense sans compter pour ça.

Le rapport sur "la toile d'influence des géants du web en France", publié le 13 décembre 2022 par l'Observatoire des multinationales, donne une vision d'ensemble des stratégies d'influence menées par ces grandes entreprises américaines. Le premier constat de cette association qui milite pour plus de transparence : les géants technologiques états-uniens ont multiplié par trois leurs dépenses en lobbying entre 2017 et 2021.

Amazon a largement augmenté ses dépenses

Amazon, est de loin l'entreprise qui a le plus augmenté ses dépenses en lobbying sur cette période (+466,6% pour atteindre 850 000 euros), suivit de Google (+364,7% pour atteindre 1,6 million d'euros), Microsoft (+150% pour atteindre 1,1 million d'euros) et Facebook (+80% pour atteindre 450 000 euros). Les dépenses déclarées par Apple, de 150 000 euros, restent inchangées.

Pour réaliser son étude, l'Observatoire des multinationales s'est appuyé sur le registre des représentants d’intérêts de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) qui existe depuis 2017. Mais, il précise que les obligations de déclarations des entreprises restent faibles et que les chiffres ne donnent qu'un aperçu partiel de la réalité.

Débauche d'anciens fonctionnaires

"Ils recourent aux mêmes méthodes de lobbying que les multinationales plus anciennes, mais avec des ressources encore plus considérables, et un pouvoir d’influence accru par leur prise directe sur l’opinion et par leur pénétration au cœur des administrations publiques", constate l'organisation. Par exemple, le rapport met en avant le fait que les titans américains du numérique ont débauché des dizaines d'anciens hauts fonctionnaires ou responsables d'autorités de régulation pour étendre leur cercle d'influence.

Par exemple, Yohann Bénard, aujourd’hui directeur des affaires publiques Europe chez Amazon, était auparavant en fonction dans différents ministères ainsi qu'au Conseil d'Etat. Christophe Cousin, qui était à l'Arcom, travaille aussi pour Amazon. Stanislas Bosch-Chomont, qui était chez Microsoft avant de travailler chez Amazon, est passé par différents ministères. Benoît Loutrel est décrit comme le "cas le plus emblématique". L'ancien directeur général de l'Arcep est désormais directeur des relations institutionnelles et des politiques publiques chez Google France et il est redevenu conseiller de l'Arcom. De nombreux autres exemples sont cités.

De nombreux rendez-vous au plus haut niveau

L'observatoire relève un total de 72 activités de lobbying, entendues comme des rendez-vous avec des décideurs publics, des échanges téléphoniques, etc., en 2021 contre 15 en 2017. Des chiffres qui positionnent les "Big Tech" au même niveau que les groupes les plus actifs du CAC40.

Mais l'association déplore que les rendez-vous entre dirigeants politiques et représentants de ces entreprises restent opaques. Pourtant, comme l'a montré les Uber Files, ces rendez-vous permettent largement aux entreprises de se faire entendre au plus niveau de l'Etat et d'influencer des législations.

Ce cercle d'influence s'étend également aux think tanks, médias, grandes écoles et institutions de recherche, qui sont largement financés par les entreprises du numériques pour mener parfois des recherches sur des sujets précis ou orienter les débats publics. Orientation des débats qui peut également directement passer via la base usagers de ces entreprises du numérique. Elles peuvent parfois diffuser leurs idées directement auprès des usagers sans qu'il soit forcément toujours facile de déceler ce lobbying.

relais et connivences

L'association parle d'une toile d'influence tissée par ces géants du numérique. Ces derniers ont également largement recours à des agences de communication, des cabinets ou des relais auprès des associations professionnelles du numérique. Ces dernières "constituent une puissante chambre d’échos qui permet là encore de démultiplier le pouvoir d’influence des Gafam en s’assurant le soutien d’autres entreprises censées être concurrentes et en faisant répéter le même message par plusieurs canaux", assure l'Observatoire des multinationales.

Au final, l'association plaide pour plus de transparence sur ces sujets notamment sur les rendez-vous avec des responsables politiques. D'autant plus que lobbying des entreprises concernent des sujets très variés comme la neutralité du Net, les pratiques anti-concurrentielles, la vie privée, la fiscalité ou encore l'environnement.

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