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L’Université de la singularité veut sensibiliser les leaders français de demain aux technologies de rupture

La Singularity University, centre de recherche et d’éducation autour de la high-tech de rupture, est en campagne en France. Son représentant Zak Allal cherche à nouer des partenariats avec des écoles et des entreprises. Il est ce 24 mars à l’Essec et le 25 mars à l’Epitech.
mis à jour le 24 mars 2015 à 16H07
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L’Université de la singularité veut sensibiliser les leaders français de demain aux technologies de rupture
L’Université de la singularité veut sensibiliser les leaders français de demain aux technologies de rupture © TV5 monde - capture YouTube

Singulière université que celle de la singularité. La Singularity University (SU) s’apparente à un pôle d’innovation avec un incubateur, des coachs… Mais c’est surtout un dispositif d’éducation, réservé à une poignée de personnes triées sur le volet, pour les sensibiliser à la technologie et aux possibilités que celle-ci représente pour résoudre les problèmes du monde en matière de santé, d'environnement ou de transport.

Former les élites aux technologies exponentielles

La SU s’est ainsi donnée pour mission d’enseigner l’intelligence artificielle, les biotechnologies, les nanotechologies, etc. Des technologies que l'université qualifie d’exponentielles tant leur rythme de propagation est élevée. Inspirée par la physique, la singularité s’appuie sur l’idée qu’entre 2035 et 2045, le progrès technologique devrait pousser l’intelligence artificielle à un niveau tel que l’intelligence humaine ne pourra plus l’appréhender. Et que personne ne sait prédire les conséquences d’une telle situation.

La SU, elle, a été fondée en 2008 par un duo hors norme toujours à sa tête : Ray Kurzweil, spécialiste de l’intelligence artificielle, auteur de The age of spiritual machines, aujourd’hui patron du développement chez Google, et Peter Diamandis, physicien, fondateur de l’International Space University, de multiples entreprises et de la fondation XPrize. La SU est installée sur un site de la Nasa à deux pas du siège californien de Google.

Malgré son titre d'université, elle n’a rien d’une université classique. Son enseignement est principalement dispensé à 80 personnes triées sur le volet dans le cadre d’un programme d’été de 10 semaines. Il existe aussi des sessions thématiques, pour la finance ou la médecine, par exemple. La SU organise également des "Innovation Partnership Program" avec des personnages hauts placés de l’économie, comme le CTO de la ville de Palo Alto (berceau de la Silicon Valley, ndlr) ou le CIO de Coca-Cola. L’université se félicite aussi d’accueillir sur ses bancs les élites du monde entier.

Des ambassadeurs aux allures de recruteurs

Mais depuis quelques mois, elle recrute et porte la bonne parole directement sur le terrain, bien au-delà des frontières de sa très étroite Silicon Valley natale. En novembre dernier, son sommet de deux jours à Amsterdam a attiré plusieurs centaines d’entrepreneurs tout comme celui de Séville, en mars 2015. Pour cela, la SU a désormais ses ambassadeurs, dont Zak Allal pour la France, et les zones francophones que sont la Suisse, le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. "La SU sera quelque chose d’important pour la France dès la fin de l’année, assure ce jeune médecin, startuper et pianiste, sorti du programme 2012. Elle a un pool d’étudiants brillants et une vision siliconvalleyienne !" Et pour cause, il rencontre écoles, universités, entreprises, organisations qui peuvent devenir ses partenaires pour faire connaître l’enseignement, pour recruter de nouveaux "étudiants", trouver des partenariats technologiques, créer des centres de réflexion et élargir la communauté.

La semaine du 23 mars, il fera face aux étudiants de l’Essec – lors d’une journée complète de présentation – puis de l’Epitech. Une vingtaine d’étudiants de l’Essec business school ont préparé le terrain en visitant le campus californien il y a quelques semaines. Les échanges n’en sont qu’à leurs débuts, comme l’avoue Zak Allal, mais l’objectif principal est de recruter les futurs participants à l’université annuelle. Le jeune ambassadeur de la SU compte sur 4 postulants français aux deux programmes d’été de 2016 et 2017. Aujourd’hui, sur plus de 1 200 anciens, seuls 15 à 20 sont français.

Mais l’élite des écoles n’est pas la seule cible. "Nous voulons former des talents, des leaders politiques, des leaders économiques, aux technologies exponentielles, précise Zak Allal. L’intelligence artificielle, les biotechnologies, la biochimie, de nombreuses technologies ont un développement exponentiel. Mais il en va de même des questions qui se posent. En santé, par exemple, le cancer, le diabète sont des maladies exponentielles. Et la médecine traditionnelle ne fonctionne aujourd’hui qu’en réaction, alors qu’avec la connaissance des gênes, par exemple, on peut la personnaliser."

Chuchoter à l’oreille des politiques

La SU est ainsi en discussion avec l’École de guerre économique pour monter un think tank pour cartographier les forces de gravité informationnelles dans le monde immatériel. "Le premier signe de puissance sur le Web, par exemple, c’est la domination de la langue anglaise", précise ainsi Zak Allal. En plus de ses programmes californiens, la SU chuchote d’ailleurs aussi à l’oreille des responsables politiques avec des programmes personnalisés pour les gouvernements. Deux pays d’Europe et un pays d’Amérique Latine ont déjà répondu à l’appel. "Aujourd’hui, il y a un manque de connaissance par les décideurs de l’impact exponentiel et en rupture des technologies, précise Zak Allal. Et on ne parle pas que de l’intelligence artificielle ou du big data. Il s’agit aussi de la fiscalité, de l’économie…" Un moyen de pallier l’illitératie numérique déjà pointée par le rapport du CNNum. Mais un moyen made in Silicon Valley, loin de la neutralité.

Des soutiens controversés

La Singularity University est aussi très controversée. Pour deux raisons principales. Son financement par Google (avec Nokia, Autodesk, IDEO Genentech et autres Linkedin), et ses liens avec le transhumanisme, tendance qui prône l’utilisation de technologies toutes puissantes au service d’un homme augmenté, plus que réparé. "Bien sûr, il est essentiel que l’université garde son indépendance vis-à-vis de Google", précise pour commencer Zak Allal. Mais le représentant en France de la SU déplore la fine frontière entre les craintes de voir un enseignement fortement soutenu par Google se répandre, et le refus de profiter d’un tel apprentissage. Google est un des initiateurs et un des premiers financeurs de la SU. Ce n’est pas un hasard si leurs locaux sont si proches. Le Californien vient d’ailleurs d’injecter 1,5 million de dollars dans l’université pour financer des bourses d’étudiants pour les deux prochaines promotions. Il en coûte en effet 30000 dollars pour suivre me programme d’été.

Quant aux liens entre la SU et le transhumanisme, Zak Allal tient à faire le point : "Si l’un de nos fondateurs est ouvertement transhumaniste – Ray Kurzweil, ndlr –, la SU ne l’est pas. Elle ne compte que quelques adeptes." L’université doit encore soigner son image. À moins qu’un équivalent made in Europe ne fasse surface.

Emmanuelle Delsol 

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1 commentaire

Num&gitaL'IE
01/04/2015 15h06 - Num&gitaL'IE

Encore un sous-marin de la culture technologique américaine et anglo-saxonne qui souhaite s'imposer à nous. Aujourd'hui, la France a suffisamment de ressources et de compétences pour porter une voix française & francophone en se passant d'un énième organisme américain qui souhaite imposer son leadership et sa vision du monde...

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