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La Bourse de PME veut chouchouter les entreprises technologiques

A l’occasion de sa conférence annuelle du marché boursier, EuroNext a réitéré son intérêt pour la "tech". Au travers de sa filiale EnterNext, la Bourse des PME va lancer en 2015 un programme dédié aux entreprises innovantes, pour susciter l’envie des investisseurs. Mais EnterNext saura-t-elle susciter l’envie des PME de revenir vers la cote ?
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La Bourse de PME veut chouchouter les entreprises technologiques
La Bourse de PME veut chouchouter les entreprises technologiques

Elles représentent déjà le gros des introductions en Bourse de cette dernière année. Mais Enternext, la filiale spécialisée dans les PME et ETI de la bourse Euronext, a décidé de se pencher encore plus sur le sort des entreprises de technologie. Au cours des prochains mois, la bourse des valeurs cotées moyennes va lancer plusieurs dispositifs pour sensibiliser les investisseurs à cette classe d’actif si particulière.

"Il s’agit de technologies et de business model assez disruptifs et les investisseurs n’ont pas forcément une compréhension suffisante de ces marchés, confie Eric Forest, le PDG d’EnterNext. Nous voulons donc accroître la visibilité de ces entreprises auprès de cette communauté."

En tout, près de 320 entreprises technologiques cotées ont été ciblées par Enternext sur ses marchés (Paris, Amsterdam, Lisbonne, Londres et Paris). Leurs activités vont de l’édition de logiciel, à l’économie numérique, en passant par les biotechs, les medtechs et les cleantechs. Sur les 32 introductions en Bourse enregistrées par Enternext depuis début 2014, 27 étaient des entreprises de ces secteurs (15 par an en moyenne sur les cinq années précédentes).

Un suivi renforcé des entreprises technologiques

Ces entreprises bénéficieront d’un suivi renforcé par les analystes financiers du cabinet Morningstar, afin de fournir les informations nécessaires aux investisseurs. Un label "tech" sera créé pour distinguer entre 40 et 50 de ces sociétés et leur donner accès à des services supplémentaires (participations aux road-shows d’investisseurs, clubs privés, etc.). Un indice spécifique, dédié à ces valeurs labélisées, sera créé pour permettre aux investisseurs de les suivre. Enfin, EnterNext va lancer un programme pour coacher entre 10 et 20 sociétés non cotées, pendant un an, avant leur introduction en Bourse.

En augmentant l’information financière sur ces entreprises innovantes, l’initiative d’EnterNext devrait ranimer l’intérêt des investisseurs. Toutefois, pour Frédéric Pont, le directeur général délégué en charge des finances d’Awox, qui vient de lever 25 millions d’euros en s’introduisant sur EnterNext en avril 2014, la Bourse des PME devra aussi trouver le moyen d’intéresser les investisseurs à des tickets intermédiaires, entre 2 et 8 millions d’euros.

Pour le dirigeant de cette entreprise spécialisée dans les objets connectés, la solution vient du côté de l’investissement de proximité, en motivant notamment des particuliers fortunés à miser une partie de leur trésorerie dans le capital des sociétés locales.

Un manque au niveau régional

"Il faudrait aider les entreprises non pas au niveau national, mais au niveau régional, soutient Frédéric Pont. Ne serait-il pas dans le rôle d’EnterNext de fédérer les investisseurs en région ? Si on imagine entre 100 et 200 personnes par région qui investissent 100 à 200 000 euros chacune, cela fait des enveloppes conséquentes qui permettraient de drainer plus de PME vers EnterNext."

Reste, désormais, à réussir à susciter l’envie des entrepreneurs de venir se coter… Si les medtechs et les biotechs sont de plus en plus nombreuses à franchir le pas, le secteur du numérique demeure quant à lui très réticent. Pour Jean-David Chamboredon, le PDG du fonds d’entrepreneur ISAI et le vice-président de France Digitale, le modèle de ces entreprises, souvent en "hyper-croissance" mais sans rentabilité, n’est pas compatible avec le marché boursier français.

Le difficile business model du numérique

"Le capital-risque sait financer des pertes, est-ce que la Bourse sait le faire ?, se demande-t-il. Mon cours de Bourse ne va-t-il pas chuter à la moindre annonce ? C’est la crainte de ces entrepreneurs. Ceux qui sont entrés en Bourse en 2006 ou 2007 en sont sortis depuis."

Plutôt que de se confronter à des investisseurs qui ne les comprendront pas, les entreprises du digital préfèrent donc renoncer à la Bourse… Ou, comme Criteo, aller se coter sur les marchés américains, plus ouverts au secteur. Avec un risque d’effet d’entraînement. "Personne n’a envie d’aller là où les meilleurs ne vont pas", tacle Jean-David Chamboredon.

Or, pour que le tissu d’entreprises du numérique se développe, des jeunes entreprises ayant réussi en Bourse, avec des valorisations supérieures au milliard de dollars, sont nécessaires. "Il faut des 'billion dollars company' pour que l’écosystème fonctionne, reprend le vice-président de France Digitale. On a beaucoup de bonnes entreprises dans le Big Data en France, avec de très bons mathématiciens. Mais il faut aussi des Criteo avec la capacité de les racheter. Il ne faut pas que des arbustes pour créer une forêt !"

Arnaud Dumas

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