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La fragmentation croissante d'Android est son talon d'Achille

La fragmentation de l'écosystème Android ne va pas en s'améliorant. Une situation liée au modèle économique même de l'OS, que Google aura bien du mal à résoudre malgré les sérieux problèmes de sécurité qu'elle engendre.
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La fragmentation croissante d'Android est son talon d'Achille
Cette mosaïque répresente la fragmentation des appareils utilisant Android en 2015. © OpenSignal

Google a réussi un coup de maître avec Android, devenant en quelques années le leader écrasant (près de 80%) du marché des systèmes d'exploitations mobiles en étant parti de rien. Mais sa stratégie pour y parvenir — offrir gratuitement un OS présenté comme libre aux constructeurs et leur permettre de le modifier à l'envie — a résulté en une fragmentation importante du système.

 

Celle-ci prend deux aspects majeurs : le nombre d'appareils différents et les versions du système en lui-même. Le rapport d'OpenSignal sur le sujet, qui se base sur 682 000 utilisateurs, montre qu'il y a en 2015 plus de 24 000 modèles distincts sous Android (contre moins de 12 000 en 2013), émanant de 1294 marques. Et sur cette base entière, seuls 2,6% des appareils utilisent la dernière version d'Android, la 5.1, cinq mois après sa sortie.

 

Une sécurité lacunaire

 

L'une des conséquences directes de cette fragmentation, en plus de poser des problèmes de performance et de compatibilité pour les applications, est un manque de sécurité. Le 27 juillet, des chercheurs de Zimperium Research Labs ont trouvé une faille de sécurité critique au coeur de l'OS, qui permet de le compromettre à l'aide d'un simple MMS. La victime n'a même pas à ouvrir le message, le code malicieux s'exécute tout seul. Cette vulnérabilité, baptisée Stagefright, touche 95% des smartphones équipés d'Android.

 

Google et les fabricants d'appareils ont été notifiés à l'avance, et beaucoup ont vivement réagit, mais à cause de la fragmentation, seule une poignée de smartphones recevront réellement une mise à jour les protégeant de cette attaque. Car Google doit d'abord mettre à jour le système d'exploitation lui-même (seules les dernières versions sont supportées), puis les constructeurs doivent adapter cette mise à jour à chacun de leurs modèles, et souvent c'est ensuite aux opérateurs télécoms de bien vouloir valider (en la modifiant ou pas) cette update et l'envoyer aux utilisateurs.

 

Au final, Samsung par exemple, qui reste le leader de l'écosystème avec 37,8% de parts de marché (mais a sérieusement chuté par rapport à 2012, où il en pesait 47,5%), ne mettra à jour que ses appareils les plus récents, en laissant la grande majorité de ses clients vulnérables. Une situation d'autant plus problématique pour le coréen qu'il redouble d'efforts depuis plusieurs années pour imposer ses solutions auprès des entreprises.

 

Pas de solution facile

 

Google prend des mesures pour lutter contre ce phénomène, limitant notamment de plus en plus la marge de manoeuvre des constructeurs en migrant le plus de fonctions possibles depuis AOSP (la partie libre d'Android) vers la partie propriétaire qu'il contrôle, et imposant l'intégration de tous ses services aux fabricants selon des conditions très précises sous peine de leur en couper l'accès.

 

Mais la possibilité pour ces entreprises de modifier le système pour y apporter leur propre touche et de l'installer sur de nombreux types de hardwares est intimement liée à la prévalence de l'OS sur le marché, et il sera difficile de réellement y mettre un terme. Du moins sans remettre en cause son attrait auprès des fabricants.

 

Les constructeurs à la peine

 

D'autant qu'en parallèle, la gratuité d'Android n'a pas réellement tenu ses promesses : tous les principaux fabricants d'appareils paient désormais des frais de licences à Microsoft pour les brevets qu'enfreint le système. Quant aux revenus générés par les consommateurs, ils proviennent majoritairement... des services Google (notamment le Google Play Store).

 

Au final, bien qu'Android représente 80% du marché des smartphones, c'est Apple, avec ses 18,3% de parts de marché, qui en concentre à lui seul 92% des bénéfices. Le deuxième acteur est Samsung, loin derrière avec 15% des profits. Et si cela totalise 107%, ce n'est pas à cause d'une erreur de calcul, mais parce que le reste des acteurs perd de l'argent, ou au mieux n'en gagne pas. Une situation économiquement intenable à long terme, même pour des entreprises pourtant bien établies comme LG, Sony ou HTC.

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