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La French Tech se fait label

L’appel à candidatures pour les métropoles numériques a suscité un bel enthousiasme en régions, alors qu’elles ne profiteront pas forcément de financements publics supplémentaires.

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La French Tech se fait label
Sitôt ouvert, le Hub Créatic, une vaste pépinière numérique nantaise, accueille déjà une cinquantaine de start-up. © îLE-DE-FRANCE P. 46 NORD – PAS-DE-CALAIS P. 48 auvergne P. 49 alsace P. 50 rhône-alpes P. 52 aquitaine P. 54 picardie P. 55 lorraine P. 56 centre P. 57 bourgogne P. 58 provence

On connaissait le french kiss en amour, la french touch en musique et le french flair en rugby, il faut désormais compter avec la French Tech ! C’est, depuis fin 2013, le nouveau nom du programme des quartiers numériques, dont le but est de faire émerger des champions français d’envergure internationale. Le label, piloté par le secrétariat d’État chargé du Numérique, s’est doté au début de l’année d’une identité visuelle, avec un coq rose stylisé façon origami en guise de logo, et d’une feuille de route. Au passage, la démarche passe de l’échelle du quartier à celle de la métropole et l’accent est mis sur le rayonnement international des start-up françaises.

Objectif affiché : voir plus grand, plus loin, et bâtir les fondations de ce que Fleur Pellerin nommait, lorsqu’elle était encore responsable du secteur, une "start-up République". Autrement dit, se placer sur le radar des décideurs internationaux dans un contexte de concurrence acharnée, face à la "nation start-up" israélienne ou la Silicon Valley américaine. La visite de François Hollande à San Francisco, en février, et l’accueil d’investisseurs américains à l’Élysée, en juin, partageaient le même dessein.

L’appel à voir plus grand a bien été entendu. Beaucoup de métropoles se sont reconnues dans la nouvelle dimension plus collective de la French Tech. À la fin de l’été, une dizaine d’entre elles avait officiellement déposé leur candidature et enclenché la phase de "co-construction" du dossier avec le secrétariat d’État : des favoris comme Nantes, Toulouse, Bordeaux, Lille, Montpellier ; et des outsiders comme Toulon, Rennes, Rouen et Saint-Étienne. Une petite dizaine d’autres s’apprêtait à postuler. Il existe également une poignée de territoires de taille plus modeste au tout début du processus ou qui ne se sont pas véritablement déclarés comme Avignon, Orléans et Annecy. Un candidat est hors catégorie, car labellisé d’office : Paris.

L’équipe de France du numérique

Une enveloppe de 215 millions

- 200 millions d’euros via des incubateurs privés
- 15 millions d’euros pour des actions de visibilité internationale
- Janvier 2015 : Attribution des premiers crédits

Source : Mission French Tech

Cette multiplication des candidatures pose-t-elle problème ? Pas vraiment, puisque le secrétariat d’État n’a pas fixé de nombre maximum de métropoles labellisées et qu’il n’y a pas de subventions directes à leur distribuer. C’est donc plutôt une bonne nouvelle, preuve de l’enthousiasme des acteurs de terrain pour la démarche. Derrière les collectivités locales qui ont porté les candidatures, appâtées par l’opération de marketing territorial, des écosystèmes au grand complet (entrepreneurs, chercheurs, acteurs universitaires, investisseurs publics et privés) ont joué le jeu et se sont installés autour de la table.

"Ces six derniers mois, on a vu un peu partout un décloisonnement. Les gens qui se croisaient mais ne se parlaient pas jusque-là ont commencé à avoir des idées partagées et des projets communs", constate David Monteau, le directeur de la mission French Tech. "Cela a mis une bonne dose de pragmatisme dans les échanges entre public et privé, ajoute Kevin Polizzi, le PDG de Jaguar Network, un spécialiste marseillais de l’hébergement de données. Nous avons déconstruit le mille-feuille administratif, réalisé un inventaire des forces du territoire. Nous sommes vraiment partis du vécu des entrepreneurs et de leurs success-stories. C’est un changement de méthode salutaire."

Le mouvement s’est généralisé. Illustration de cette appropriation : le logo national a spontanément été décliné en une multitude de variantes locales. Une "totale surprise" aux yeux de David Monteau. Au coq rose a donc répondu une ménagerie en origamis : l’éléphant nantais, la panthère rose stéphanoise, le colibri azuréen, la grue brestoise et, bien sûr, le lion… lyonnais. Lors des événements numériques en régions et sur les réseaux sociaux, les ambassadeurs de chaque candidature ont sensibilisé les habitants. En juin, le Festival de la French Tech a fédéré ces initiatives multiples pour, au-delà de la compétition, faire grandir un sentiment d’appartenance à une communauté unique, à une équipe de France du numérique.

Mais par quel miracle la mayonnaise French Tech a-t-elle pris ? Un logo fédérateur, un soupçon de com bien orchestré, un timing efficace, des relais actifs en régions (via les nombreuses associations de promotion du numérique) ont produit cette émulation collective. En tout cas, ce ne sont certainement pas les euros sonnants et trébuchants qui ont attiré les acteurs français du numérique. Les futures métropoles labellisées auront un accès prioritaire – mais pas garanti – à une enveloppe de 200 millions d’euros, au titre des investissements d’avenir, dans le but de financer leurs start-up les plus prometteuses.

Quant aux 15 millions d’euros dédiés à l’attractivité de la French Tech, pourtant arrachés de haute lutte par Axelle Lemaire, la secrétaire d’État chargée du Numérique – l’enveloppe a failli être supprimée pendant l’été, pour cause de restrictions budgétaires –, ils risquent d’être consommés bien rapidement. Ils serviront, dès 2015, à financer des opérations de communication à l’étranger, comme des événements French Tech sur les grands salons internationaux, à commencer par le CES de Las Vegas, en janvier.

La French Tech disposera aussi d’une vitrine parisienne permanente, le futur incubateur géant de la halle Freyssinet, qui doit ouvrir ses portes fin 2016. De la même façon, chaque territoire se dotera de bâtiments totems, des lieux de vie, d’entrepreneuriat et d’expérimentation comme le Quartier de la création à Nantes, la Cité numérique à Bègles près de Bordeaux, la halle Girard à Lyon ou la technopole urbaine Nice Méridia.

L’effet levier des financements privés

Dans le processus, chacun est prié de laisser son ego au vestiaire et de faire passer le collectif avant ses propres intérêts. "Nous ne sommes pas là pour nous opposer entre territoires mais pour constituer une équipe de France du numérique, commente Agnès Grangé, la directrice régionale de La Poste et porte-parole de la candidature bordelaise. Dans notre cas, il fallait raisonner en termes d’Arc Atlantique, avec Toulouse, pour améliorer notre rayonnement international."

Dans trois régions, ce message a eu quelques difficultés à passer. Des écosystèmes voisins ont envoyé des candidatures séparées : Rennes, Brest et Nantes en Bretagne et Pays de la Loire ; Côte d’Azur (regroupant Cannes, Nice, Sophia Antipolis et Grasse), Aix-Marseille, Avignon Provence, Toulon pour le Sud-Est ; Lyon, Saint-Étienne, Grenoble et Annecy en Rhône-Alpes. Les pôles du Grand Est (Lorraine et Alsace), plus modestes, ont préféré présenter un visage uni, en insistant sur leurs liens avec leurs homologues luxembourgeois, belges et allemands.

La mission French Tech ne compte pas obliger les candidatures voisines à fusionner… mais les incite à réfléchir aux synergies possibles à court terme. Les territoires les plus petits ont donc leurs chances : ils ne devront d’ailleurs pas nécessairement répondre à tous les critères de l’exigeant cahier des charges. Mais la mission French Tech insiste sur un point clé : la présence de structures d’accompagnement et de financement. L’initiative privée doit produire un effet levier et compenser ainsi le faible niveau des financements publics. D’où l’accent mis sur les accélérateurs : c’est par ce canal que seront distribués les 200 millions d’euros prévus par les investissements d’avenir.

Pour Jean-Luc Vallejo, le PDG d’ISKN, tech champion de la région grenobloise issu du CEA-Leti, la mission French Tech, en fixant cette priorité, a fait le bon diagnostic. "L’un des facteurs clés du succès, c’est justement la capacité à mettre un produit très rapidement sur le marché. En détectant très tôt des technologies prometteuses, nous nous donnons toutes les chances de relever ce pari", juge-t-il. Pour cela, les multiples structures de financement et d’accompagnement existantes, comme Ubifrance, l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi) et Bpifrance, sont, elles aussi, priées de jouer collectif pour se mettre au service de start-up en hypercroissance, au sein d’un programme baptisé Pass French Tech. Quelque 100 à 300 entreprises doivent être soutenues la première année. Avec peut-être dans leurs rangs les Criteo, BlaBlaCar et Withings de demain.

Sylvain Arnulf

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2 commentaires

AymericPM
17/10/2014 12h27 - AymericPM

@Giratoire (& all) . La notion même de "Favori" n'a pas de sens quand on regarde de très près le fonctionnement de la FrenchTech, et une partie de l'article (cf. ego etc.) le dit. Il faut cesser de voir en terme de palmarès, et de grâce l'Usine Digitale, ne sortez pas un palmarès avec des critères de classement ou autres quand la première vague de labellisation aura lieu. Ce serait un total contre-sens.

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Giratoire
15/10/2014 01h14 - Giratoire

Je ne doute pas que Rennes n'ai pas encore le rayonnement économique des 6 ou 7 plus grandes villes de France, mais de la à la mettre dans vos outsiders pour le numérique, c'est vraiment mal connaître cette ville, c'est le moins que l'on puisse dire !!! Elle est au moins au niveau de Nantes et Montpellier avec plus de 21 000 emplois au total. Alors, oui vos favoris sont justes, mais il serait plus juste de mettre Rennes avec Nantes, Bordeaux, Toulouse, Lille, Montpellier...qu'avec Rouen, Saint-Etienne, Toulon, Nancy ou que sais-je encore avec tout le respect que j'ai pour elles.

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