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La French Tech se targue d'avoir 25 licornes, et après ?

Malgré un décompte quelque peu critiqué, la French Tech aurait ses 25 licornes. L'objectif fixé par Emmanuel Macron est rempli avec trois ans d'avance. Au-delà de la symbolique, la place prise par l'écosystème de la French Tech dans l'économie et la vie de tous les jours est visible. Doctolib, BlaBlaCar, Deezer, Back Market, ou encore Vestiaire Collective sont des noms connus. La prochaine étape pour les start-up semble se jouer à l'échelle européenne, puisque l'objectif est de parvenir à avoir 10 géants de la tech en Europe d'ici 2030.
mis à jour le 18 janvier 2022 à 12H30
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La French Tech se targue d'avoir 25 licornes, et après ?
La French Tech se targue d'avoir 25 licornes, et après ? © Unsplash - Patrick Robert Doyle

25 licornes. Ce nombre, fixé comme un objectif à atteindre par Emmanuel Macron pour la French Tech d'ici 2025, est symbolique. Exotec, qui a annoncé hier sa levée de 335 millions de dollars, est venu décrocher cette 25ème place le 17 janvier 2021. "Ce n'est que le début du passage à l'échelle de notre écosystème", clame Clara Chappaz, la nouvelle directrice de la Mission French Tech.

25 licornes, vraiment ?
Cette liste des 25 licornes comprend assez logiquement des start-up comme Ankorstore, Qonto, et Payfit, qui ont décroché ce statut lors des annonces de leurs levées de fonds réalisées en ce début d'année. De manière plus surprenante, on y trouve également Veepee, fondée en 2001 et qui n'a pas officiellement levé de fonds depuis des années, et Ivalua qui a été fondée en 2000 mais a décroché ce statut de licorne en 2019. La présence d'OVHcloud est encore plus étonnante, puisque le spécialiste français du cloud a réalisé son introduction en bourse en octobre 2021.

Cette liste regroupe "toutes les entreprises qui ont été valorisées 1 milliard alors qu'elles étaient encore privées et avec leur siège social en France", balaye Clara Chappaz. "OVHcloud est devenue une licorne avant son introduction en bourse, à l'inverse de Believe et Criteo qui ne sont pas dans cette liste", ajoute-t-elle. Sont également présentes des 'start-up' qui ne sont plus si jeunes que ça et qui commencent à avoir des années d'existences, comme BlaBlaCar fondée en 2006, Deezer fondée en 2007, et le réseau immobilier IAD, fondé en 2008.
 

 

Une liste qui va évoluer rapidement ?
"La liste a vocation à évoluer", tempère Clara Chappaz. Au vu du début d'année tonitruant de la French Tech, de nouvelles licornes devraient rapidement voir le jour et pourraient à terme remplacer ces quelques noms qui posent question. Spendesk a d'ailleurs annoncé ce mardi 18 janvier, soit le lendemain de l'annonce de la levée d'Exotec, avoir décroché ce statut de licorne avant une levée de fonds de 100 millions d'euros.

L'écosystème grandit. Rien que sur le mois de janvier 2022, les start-up de la French Tech auront récupéré un montant similaire à celui collecté sur l'ensemble de l'année 2016, c'est-à-dire environ 2 milliards d'euros. En moins de trois semaines, cinq nouvelles licornes ont vu le jour (Payfit, Ankorstore, Qonto, Exotec et Spendesk) contre 12 sur l'ensemble de l'année 2021. Année durant laquelle les start-up françaises ont levé 11,56 milliards d'euros, soit 115% de plus qu'en 2020, selon le baromètre EY du capital risque en France.

Au-delà de la symbolique du nombre des 25 licornes, la place prise par les start-up dans l'économie se mesure au fait qu'un Français sur deux utilise au quotidien des services et produits provenant de ces jeunes pousses, selon le gouvernement. Dans les faits : Doctolib a pris une place considérable avec la pandémie de Covid-19 ; BlaBlaCar permet à des gens de se déplacer quotidiennement ; Back Market est devenu une plateforme incontournable pour l'achat de smartphones reconditionnés ; Vestiaire Collective permet d'acheter et revendre des vêtements très facilement ; Deezer est une plateforme de streaming pour la musique largement utilisée.

Quel exit pour les investisseurs ?
Avec l'augmentation du nombre de licornes et l'accroissement des montants levés, les enjeux autour de l'exit des investisseurs vont se faire plus pressants. "Les fonds vont chercher un retour sur investissement à un moment", abonde Clara Chappaz. Sous l'impulsion d'OVHcloud et avec la présence de Believe, un retour d'expérience a été fait par les cadres exécutifs de ces entreprises sur leur introduction en bourse. L'idée est de partager leur expérience et donner des conseils à des start-up qui pourraient suivre leurs pas. Mais l'introduction en bourse n'est pas forcément l'objectif de tout le monde.

L'exit peut également passer par un rachat. Les géants américains de la tech n'hésitent pas à mettre la main au portefeuille pour racheter des pépites qui pourraient leur faire de l'ombre ou garnir leur portefeuille de solutions. Microsoft a racheté LinkedIn pour 26,2 milliards de dollars, Facebook s'est emparé de Whatsapp pour 19 milliards de dollars, et Nvidia tente d'acquérir Arm pour plus de 40 milliards de dollars. Si au départ une start-up n'a pas forcément pour objectif de se faire racheter, la question peut toujours se poser, même lorsque l'entreprise est passée à l'échelle.

La Mission French Tech, un accompagnateur
La Mission French Tech cherche à proposer un accompagnement personnalisé aux start-up jugées les plus prometteuses et listées dans ses classements Next40 et FT120. Elles bénéficient d'un "account manager" en charge de les accompagner et peuvent profiter d'un réseau de 60 correspondants travaillant dans différentes administrations et services publics (URSSAF, Banque de France, INPI, etc.) En parallèle, la Mission French Tech travaille sur l'attractivité de la France pour attirer les fonds et les talents étrangers. "Il faut continuer à leur donner les moyens de leurs ambitions", résume Clara Chappaz.

De même la Mission French Tech réfléchit à un accompagnement particulier pour les start-up avec une visée industrielle, comme Exotec, car les enjeux ne sont pas les mêmes que si le produit commercialisé est un logiciel ou une plateforme SaaS. Des accompagnements qui pourraient voir le jour dans le cadre du plan France 2030, qui a mis à l'honneur les deep tech.

10 géants de la tech en Europe
Cet accompagnement est d'autant plus nécessaire que le prochain objectif fixé par Emmanuel Macron est de parvenir à avoir 10 géants de la tech en Europe d'ici 2030. On parle ici d'entreprises valorisées à plus de 100 milliards de dollars. Un objectif ambitieux au regard du paysage mondial de la tech. "Sur les dix plus grosses entreprises mondiales cotées, huit sont dans la tech mais pas une seule n'est européenne", glisse Clara Chappaz.

Dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne, qui a débuté le 1er janvier, des annonces devraient être réalisées prochainement autour de quatre thématiques, déjà évoquées lors de l'initiative Scale-up Europe : talents, financements, deep tech et innovations de rupture, relation start-up et grands groupes. Cela sera-t-il suffisant pour rattraper les Etats-Unis et la Chine ?

La nécessité de percer le marché américain ou asiatique ?
L'harmonisation des règles et la mise en place d'un écosystème à l'échelle européenne semblent nécessaires pour parvenir à créer des géants. Aux Etats-Unis, les start-up peuvent toucher plus de 300 millions d'habitants et font face à une langue commune et des règles relativement similaires (même si les Etats fédéraux peuvent avoir chacun une réglementation particulière).

La France recense 67 millions d'habitants, l'Allemagne 83 millions et les Pays-Bas 17 millions : des marchés trop petits pour qu'une entreprise y étant uniquement présente devienne un géant mondial. L'Union européenne, c'est 447 millions d'habitants, mais 27 Etats membres avec des langues, des cultures et des législations différentes. L'harmonisation du marché est donc une étape compliquée mais qui semble nécessaire pour faciliter la croissance des start-up.

Seulement, pour véritablement devenir un géant de la tech, au-delà de réussir à s'imposer en Europe, il faut aussi percer aux Etats-Unis et/ou en Asie. A ce niveau, il convient de rappeler que Veepee n'est pas parvenu à imposer son concept de ventes événementielles aux Etats-Unis. Le Français s'est retiré du pays en 2014, un marché sur lequel il espérait réaliser 500 millions de dollars de chiffres d'affaires à l'horizon 2016. Un échec qui met en lumière la difficulté de passer d'un champion national à un leader mondial.

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