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La Polynesian Tech, une nouvelle communauté French Tech qui se construit au milieu du Pacifique

mis à jour le 29 octobre 2018 à 04H45
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Analyse Le Digital Festival Tahiti 2018, qui s’est tenu du 24 au 27 octobre, a été marqué par le lancement officiel de la candidature du territoire en tant que communauté French Tech : la Polynesian Tech. Cette annonce va dans le sens de la stratégie indo-pacifique souhaitée par Emmanuel Macron. L’occasion de mettre en lumière un écosystème en pleine structuration et les grands défis à relever pour ces start-up de Tahiti et ses îles.

La Polynesian Tech, une nouvelle communauté French Tech qui se construit au milieu du Pacifique
A l'occasion du Digital Festival Tahiti, Kat Borlongan, directrice de la French Tech a salué la Polynesian Tech © SMG

L’écosystème tech en Polynésie française se structure. La première édition du Digital Festival Tahiti avait été l’occasion d’annoncer le lancement de PRISM, le premier incubateur local. Cette initiative marquait également l’ambition de créer un territoire French Tech en Polynésie. Depuis, le projet a mûri. Et les acteurs locaux ont profité de la deuxième édition de l’événement pour annoncer la candidature du territoire en tant que communauté French Tech : la Polynesian Tech.


"J’ai appris par le Digital Festival Tahiti que la Polynesian Tech allait rejoindre le réseau de communautés French Tech en 2019. Et j’en suis tellement ravie", se félicite Kat Borlongan, directrice de la French Tech dans un message vocal diffusé auprès des acteurs locaux le 26 octobre 2018.


La France, aussi une puissance indo-pacifique

Au-delà de sa satisfaction, Kat Borlongan a rappelé l’objectif de la French Tech de réunir tous ceux qui constituent l’écosystème tech en France, et les propos d’Emmanuel Macron à Station F le 9 octobre 2018 : "La France est un pays archipel. Je suis heureuse que la carte de la French Tech reflète enfin cette réalité. La French Tech n’est pas seule une puissance européenne mais également indo-pacifique."

La directrice de la French Tech a aussi énoncé les grands défis à relever : "Vous allez rejoindre le réseau à un moment assez crucial pour l’écosystème. On est face à des problèmes majeurs. Le premier est d’ordre économique : c’est une opportunité pour la France qui a réussi à créer un environnement favorable à l’éclosion des start-up, mais elle doit maintenant les accompagner dans leur envol".
 

Et d’ajouter : "Le deuxième défi est plus aspirationnel. Je suis convaincue que l’écosystème peut être plus grand qu’une simple copie de la Silicon Valley. La France représente pour tout le monde un havre pour ceux qui veulent construire un avenir meilleur. Et, oui, on veut appeler ça Tech for good. Mais j’espère tout simplement que ce sera bientôt le sens de la technologie".
 

Un écosystème polynésien en pleine construction

 

 

Si elle n’en est qu’aux débuts, la communauté tech de Tahiti et ses îles se fédère et s’organise. Ouvert en avril 2017, l’incubateur local PRISM en est à sa troisième promotion : "Nous avons déjà accompagné 13 start-up et on vient d’en recruter 9 autres pour la troisième promotion. La rentrée a lieu le 15 novembre", annonce Capucine Moyrand, responsable de PRISM, à L’Usine Digitale.

"C’est tout un écosystème qui se construit. Il y a de la place pour tout le monde. On remarque de plus en plus d’envie et d’initiatives, abonde Alan Touchard, chargé d'émergence et d'innovation de PRISM. C’est un grand espoir pour la jeunesse du pays." Une motivation renforcée par la réussite de jeunes Polynésiens, comme Christian Vanizette, fondateur de MakeSense, d’Elodie Draperi, co-fondatrice de Give Vision, ou de Kevin Besson, premier Polynésien incubé à Station F
 

Hereiti Vairaaroa fait partie de ces jeunes motivés. Entrepreneuse dans l’âme, la jeune femme de 20 ans a décidé de lancer sa start-up, Te Araiti, suite à un stage au sein d’Arioi Experience, l’une des premières start-up incubées chez PRISM qui grandit à vitesse grand V. Hereiti Vairaaroa a été retenue pour la troisième promotion et compte bien mettre toutes les chances de son côté pour faire sortir son projet de terre : "Il s’agit d’un vidéo mapping qui consiste à projeter l’histoire des sites historiques sur leur façade la nuit", explique-t-elle.


Des start meet-up

Si PRISM est un bon tremplin, d’autres initiatives participent à l’essor de l’écosystème. Arrivée en 2015 après plusieurs années à Genève et à Paris, Jennifer Tchakouté, analyste financière de formation, en témoigne. "J’ai lancé le startup club il y a deux ans. J’ai été la première surprise de voir l’ampleur que ça prenait. (…) On en est à une soixantaine d’événements par an".


Le club fédère aujourd’hui plus d’une cinquantaine de startuppers en quête de conseils en marketing, en assurance-vie, en financement, stratégie d’entreprise… "Des projets trouvent des co-équipiers, des financements… Ils y voient un intérêt (…) On sent que les gens ont envie, en ont besoin. On s’échange des conseils, ajoute Jennifer Tchakouké. C’est la troisième saison. On s’est structuré."

Convaincue du potentiel local, la jeune femme s’est même rapprochée d’Outre-Mer Network, (plateforme de visibilité  pour les jeunes entrepreneurs originaires d’Outre-Mer présents dans l’Hexagone) pour déployer en Polynésie les Jeudis de la Stratégie, un programme de formation au service des entrepreneurs issus des quartiers prioritaires de la ville et/ou originaires des outremers.
 

… au lancement d’une plateforme de crowdfunding

Consciente aussi des besoins en financement, Jennifer Tchakouté a créé C.Reva, la première plateforme de financement participatif locale qui a permis de financer déjà 7 projets qui comptent, parmi les contributeurs, 10 % d’entrepreneurs et quelques business angels. Une initiative importante pour de nombreux startuppers locaux. "On manque d’un tissu d’investisseurs. Les start-up vont avoir besoin de financement, d’accompagnement de gens expérimentés. Mais il est important pour la suite de se doter d’un véritable tissu de business angels qui vont accompagner les projets sur du long terme", insiste Kevin Besson fondateur de LeadBees.


"En métropole, il y a des dispositifs de type Sasu pour la création d’entreprises. Ici il faut bloquer au moins 1 million de francs pacifique (un peu moins de 10 000€) pour monter sa structure", fait-il remarquer. Sans compter qu’aucune prise en charge du Sefi, le Pôle Emploi local, n’est prévue pour les jeunes entrepreneurs.


Trouver un lieu fédérateur

Si la Polynesian Tech est lancée, de nombreux défis restent encore à relever. Cela commence par trouver un lieu physique, comme un porte-drapeau de cet écosystème, selon Stéphane Distinguin, président de la Grande école du numérique, de Cap Digital et fondateur & CEO du groupe Fabernovel : "Il faut un lieu : comme une salle de répétitions avant le concert. (…) C’est ce qu’on avait fait il y a dix ans avec la Cantine. Il faut un espace qui permette de mettre un toit sur les événements, de converger, d’avoir un poste de 'place to be'", détaille-t-il ensuite à L’Usine Digitale.


Une structure physique d’autant plus importante pour attirer les grands acteurs et entrepreneurs locaux, pas encore suffisamment impliqués, selon lui : "Pour que les grandes entreprises rejoignent cet effort, il faut qu’il y ait un point qui leur permettent d’adhérer, de participer. Ils ont besoin d’avoir ce centre névralgique".
 

Les trois secteurs d’activité importants de la Polynesian tech

A l'occasion du Digital Festival Tahiti 2018, Mounir Mahjoubi s'est adressé en direct aux acteurs polynésiens du numérique.

 

Autre défi : choisir le bon domaine d’activité. "Ça bouge avec des projets très intéressants. Mais il y a encore énormément de choses à faire. On met beaucoup en avant la culture polynésienne française et la sauvegarde du patrimoine. C’est très important mais je suis convaincu que la Polynésie, c’est aussi dans le développement de la technologie, que ce soit dans l’IoT, le biocarburant ou des technologies utiles et appropriées à notre contexte. Et ce sera plus facile à exporter au niveau international", exprime Kevin Besson.

"Il faut continuer à être très fort sur l’émergence mais il faut aussi choisir le sujet. Le domaine du tourisme, de la télémédecine et de l’économie bleue sont les trois piliers sur lesquels je construirais une Polynesian Tech, conseille ainsi Stéphane Distinguin. Il faut affirmer ces domaines d’approfondissement."

Reste désormais à développer l’infrastructure numérique et les formations dédiées pour une population constituée à 50 % de jeunes de moins de 25 ans. "On a besoin de plateforme technologique, de réseaux de communication, d’une connexion Internet élevée et stable. C’est en train de se mettre en place. Mais le monde dehors avance très vite et j’ai peur qu’à un moment donné, on soit à la traine", ajoute Kevin Besson. C’est tout le sens de Smart Polynesia 2017-2022. Une initiative saluée et soutenue par Mounir Mahjoubi qui est intervenu en direct avec les acteurs locaux lors de la soirée de clôture du Digital Festival Tahiti le 26 octobre au soir.

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