La SNCF a-t-elle raison de vendre ses données ?

La SNCF annoncera cet été les tarifs de ses données ouvertes, notamment les horaires des trains, en mode freemium (payant uniquement pour les gros consommateurs) comme annoncé en février dans le plan numérique du Groupe. Un choix qui interroge sur la notion de données d’intérêt général, et fait débat.

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La SNCF a-t-elle raison de vendre ses données ?
Guillaume Pépy, président de la SNCF et Yves Tyrode, son CDO, présentant le plan #DigitalSNCF le 10 février 2015.

"'Tu déconnes Yves !' ai-je envie de lui dire", a lancé Simon Chignard, expert en open data et co-auteur de l’ouvrage Datanomics (avril 2015, édition Fyp), lors d’un débat organisé par Renaissance Numérique, en référence à la décision de la SNCF de faire payer ses données, notamment les horaires des TGV. Une décision annoncée dès la présentation du plan stratégique numérique DigitalSNCF du groupe ferroviaire en février 2015 et concocté par le Yves en question, en l’occurrence Yves Tyrode, directeur numérique et communication de SNCF, ancien dirigeant de Voyages-SNCF.com.

C'est leur réutilisation qui crée la valeur des données

"Ce n’est pas de faire payer les données qui me pose problème, explique Simon Chignard, c’est la justification, qui me paraît mauvaise. Car Yves Tyrode explique que c’est pour contrer Google. Ce n’est pas une bonne raison." Selon l’expert de l’open data (Simon Chignard a participé à la mission open data gouvernemental français, Etalab), ce n’est en effet pas parce qu’elles sont rares ou qu’elles s’accumulent, que les données numériques ont de la valeur, mais par leur alimentation continue. C’est ce flux qui va leur donner de la valeur. Mais personne ne sait laquelle a priori.

"La valeur de la donnée, c’est celle de sa réutilisation", résume-t-il. Et les grandes plates-formes produisent les données qu’elles traitent elles-mêmes pour produire de la valeur. Chercher à leur vendre, très cher, ne servirait donc à rien et ne protégerait en rien du risque d’intermédiation. Comme Google a racheté Waze, qui produit sa propre cartographie et ses données de circulation, Google trouvera un moyen de produire les données de circulation des trains !

Guillaume pepy justifie le mode Freemium

Guillaume Pepy, PDG de la SNCF ne voit pas les choses ainsi. Certes il a compris la nécessité d’ouvrir les données de la SNCF : "On a pris conscience qu’on ne peut pas tout faire tout seul. Il faut lâcher prise. Et c’est plutôt bien parti chez nous, avec de plus en plus de partenariats", a-t-il expliqué à Stéphane Distinguin, président de Cap Digital, lors d’un débat de Futur en Seine. Mais il veut rester prudent : "En matière d’open data, il faut se garder de toute démagogie, de tout angélisme et de toute naïveté. On a vu ce que le libéralisme a produit dans le search : un monopole privé. Aujourd’hui, il n’est pas interdit de réfléchir pour que la valeur reste dans notre pays. Sinon, demain, on s’étonnera que la SNCF, ou Air France, aient perdu la maîtrise de ces données."

TArifs annoncés cet été

Selon Le PDG, dans ce domaine, un très bon travail a été mené avec les acteurs concernés dans le cadre du rapport Jutand, remis au ministre du Transport Alain Vidalies. Ce document qui indique que l’ouverture des données de transport n’était pas une obligation a même déjà eu des suites, via un amendement dans la loi Macron, relatif à l’ouverture des données de transport dites d’intérêt général.

Une notion avec laquelle s’accommode la SNCF : "Notre position est autour d’un modèle freemium, dans lequel chacun paye selon ses moyens. Les données n’ont pas la même valeur, lorsque l’on est un GAFA ou une start-up". Mais combien valent-elles alors ? "Yves Tyrode doit publier notre grille de tarifs durant l’été", a annoncé Guillaume Pepy. On attendra donc.

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