Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

La tribune des CDO #1 : La stratégie numérique est une excellente initiative, mais il manque une vision

Le Premier ministre, Manuel Valls a présenté jeudi 18 juin les axes du projet de loi numérique que le gouvernement devrait proposer prochainement. Les annonces qu’il a faites à cette occasion ont conduit les Chief Digital Officers (CDO) du Club de L'Usine Digitale à formuler cinq constats visant à accompagner et encourager cette démarche de digitalisation de la France. Si tous saluent les initiatives engagées, ils proposent des pistes de réflexion pour que cette stratégie se mette au service d'une véritable vision numérique pour notre pays.

Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

La tribune des CDO #1 : La stratégie numérique est une excellente initiative, mais il manque une vision
Les Chief Digital Officers du Club de L'Usine Digitale ont réagi à la stratégie numérique présentée par Manuel Valls le 18 juin 2015. © Emmanuelle Delsol

1/ Une démarche attendue et positive

 

En tant que professionnels du numérique, nous exprimons notre satisfaction. C’est un signe encourageant et important que les autorités se saisissent de cette question et proposent une nouvelle Loi indispensable pour sécuriser la croissance du numérique, secteur dans lequel la France possède d’incontestables atouts, qu’il est urgent maintenant de développer. Reste qu’un geste ne suffit pas à faire une politique. Si les propositions avancées, et le contenu du rapport du Conseil national du numérique vont dans le bon sens, cela ne suffira pas.

 

2/ Au-delà des mesures, l’urgence d'une vision

 

Une série de mesures, aussi importantes et justifiées seraient-elles, ne constituent pas à proprement parler une stratégie. Il manque une vision, un objectif à atteindre avec cette nouvelle Loi.

 

S’agit-il de créer le meilleur écosystème imaginable afin d’attirer des entrepreneurs du monde entier ? Rêve-t-on de promouvoir des champions nationaux, de faire grandir des jeunes pousses made in French Tech jusqu’à ce qu’ils deviennent les nouveaux GAFA

 

Les moyens à mettre en œuvre, les outils à employer, les ressources à développer dépendent de ce choix.

 

Nous invitons donc le gouvernement à préciser sa vision, son rêve, son ambition pour le digital, au-delà des déclarations d’intention qui font du numérique l’outil de la modernisation de l’économie française et le réservoir de la croissance de demain.

 

Cette vision devra bien intégrer que le numérique, ce n'est pas que les start-up. Loin de là. Son développement passe aussi par les grandes entreprises, les ETI, les PME, et même l’Etat. Une stratégie digitale doit comprendre toutes ces dimensions.

 

3/ L’Etat : la nécessaire exemplarité

 

Une loi sur le numérique ne peut faire l’économie de mesures concernant l’Etat. En France, ce dernier dispose de puissants leviers pour entraîner à sa suite les forces économiques. En tant qu'actionnaire d’abord, il peut pousser à la numérisation de toutes les entreprises dans lequel il a des parts, en en faisant une priorité stratégique. La loi qui sera présentée pourrait intégrer cette dimension aux missions attribuées à l’agence des participations de l’Etat (APE).

 

L’Etat peut aussi agir en poursuivant la nécessaire action de simplification qu’il a initiée. Plus il poursuivra dans cette voie, plus il incitera les entreprises à se moderniser. Mettre en ligne les démarches administratives, simplifier la création d’une entreprise est une nécessité.

 

L’exemplarité de la puissance publique concerne enfin sa propre transformation numérique pour accompagner voire précéder les évolutions en cours. Par exemple, à mesure que les délits en ligne se développent, la Police nationale doit évoluer, en adaptant ses compétences, mais aussi en revoyant ses méthodes de travail.

 

La formation et le recrutement de la haute fonction publique mériterait d’être, à cette occasion, repensée. Est-on certain que le modèle des grandes écoles tel qu’il est né au 19e siècle et s’est développé au 20e soit toujours pertinent au 21e ?

 

A tout le moins, il serait utile que des personnalités du privé puissent venir apporter leur savoir-faire et leurs expériences pendant un temps donné, pour procéder à un échange de compétences et opérer une véritable fertilisation de la sphère publique. Il n’est pas sûr qu’un jeune énarque, brillant et motivé, passé par un stage en préfecture, soit le meilleur pour insuffler l’esprit numérique à l’administration.

 

4/ La recherche : la grande oubliée

 

Des progrès ont été faits. Le crédit impôt recherche a eu un impact positif et il est aujourd’hui plus facile de travailler avec certains laboratoires publics. L'effort dans ce sens doit s'intensifier. Nos laboratoires académiques travaillant sur le numérique sont reconnus au-delà de nos frontières. Les entreprises privées et toute l'économie ont tout à gagner à travailler avec eux.

 

Si les universités des Etats-Unis, pour prendre ce seul exemple, apparaissent comme plus efficaces, cela n’est pas dû à la seule qualité des travaux qui y sont menés. Outre Atlantique, des bureaux spécialisés accompagnent les chercheurs dans leurs dépôts de brevets, à mesure qu’avancent les travaux des uns et des autres. Ce type de mesures ferait plus pour le rapprochement entre le monde académique et le monde des affaires que tous discours.

 

De même, les pratiques de l’écosystème israélien mériteraient d’être davantage observées. Dans les start-up de Tel Aviv et de sa région, il n’est pas rare que certains brevets développés pour un domaine particulier (notamment militaires) soient ensuite proposées à des entreprises travaillant dans un autre secteur, pour créer de nouveaux services.

 

5/ L’Europe : un moyen de construire, pas de se défausser

 

Il ne faudrait pas qu’une fois de plus, l’indécision, le manque de vision ou de courage ne conduisent les pouvoirs publics nationaux à se débarrasser de ces questions en les déléguant à l’Europe. S’il est certain que la dimension européenne est importante, rien ne serait plus contre-productif que de se défausser de cette façon.

 

Qu’il faille constituer un marché européen harmonisé, nous en sommes convaincus, puisque c’est un moyen d’atteindre une taille critique, et que tout ce qui se fragmente, sépare, élève des barrières entre les différents pays nuit à la capacité de développement. Si cela est nécessaire, cela ne sera pas suffisant. Avec des normes harmonisées, nous resterons des pays avec des langues, des cultures, des habitudes différentes. Réjouissons-nous en, c’est une incroyable source de richesse.

 

Parallèlement à cet effort, il serait opportun de réfléchir à développer au sein de l’Union européenne une démarche de type French Tech (European Tech ?) pour identifier les pôles de développement numérique, en connaître les potentialités et leur donner une vision mondiale. Aux Français de faire en sorte que nos centres d’excellence soient aussi labellisées à l’échelle du continent.

 

Le Club de L'Usine Digitale

Le Club de L'Usine Digitale regroupe des responsables de la transformation numérique (CDO) d’entreprises de tous secteurs et de toutes les tailles. Ses membres se retrouvent une fois par mois pour réfléchir ensemble à des sujets d’actualités ayant un impact sur la digitalisation de l’économie.

Vous êtes, vous aussi, un professionnel de la transformation numérique ? Rejoignez le club en écrivant à cfoucault@usine-digitale.fr.
 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale