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Le coup de gueule France Digitale : Brexit – Nice – Turquie – Football et… startups ?!

Tribune Pour Olivier Mathiot , cofondadeur  et CEO de PriceMinister (Rakuten Group) et co-président de France Digitale, le chaos de violences terroristes, politiques et économiques qui s'abat sur l'Europe renvoie à l'absence de projet politique commun. Selon lui, ce sont les jeunes, et surtout les jeunes entrepreneurs, ces honnêtes hommes, qui peuvent ré-enchanter notre vieux continent, dessinant en toile de fonds un programme... politique.
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Le coup de gueule France Digitale : Brexit – Nice – Turquie – Football et… startups ?!
Le coup de gueule France Digitale : Brexit – Nice – Turquie – Football et… startups ?! © capture d'écran Linkedin

Considérons l’actualité française et européenne de cet été, rythmée de nouvelles particulièrement choquantes, entre lesquelles on peut deviner un sinistre schéma se dessiner : de la catastrophe économique et symbolique du Brexit anglais aux attentats terroristes effroyablement violents en France, sans oublier la tentative de coup d’état brutal suivi de purges sans pitié en Turquie… Le tout sur toile de fonds, décalée, de grande orgie sportive de l’Euro qui rassemblait, parmi d’autres, ces mêmes pays (Angleterre, France, Turquie).

Le football ou la menace seraient-ils seuls capables de rassembler ce vieux continent ?

 

"it’s the economy, stupid !"

La lecture de la presse nous évoque la fin du monde, dans un chaos de guerre de religion, de lutte de civilisation, d’implosion par décadence de l’occident historique et d’invasions barbares ! Mais osons crier "it’s the economy, stupid !". Nous nous trouvons face à un problème principalement économique… Mais qui pourrait, en effet, bien mal finir.

 

Le lien entre ces événements estivaux ? L’absence honteuse de toute vision européenne de notre classe politique contemporaine, le manque d’inspiration, et même de leaders, pour incarner la moindre envie d’Europe. On nous fait croire à une crise d’identité ou de religion alors que le problème est celui d’une guerre économique mondiale qui engendre de nombreuses victimes, du chômage, de l’exclusion, des fanatismes, de la pauvreté, de la peur de l’autre, du repli sur soi ; une guerre qui s’étend des champs pétrolifères, du Proche Orient aux banlieues françaises en passant par les usines chinoises ou indiennes.

 

Il est sidérant de voir, d’année en année, l’incapacité de nos sociétés à produire des opportunités pour les nouvelles générations. Et pourtant la dernière de ces générations, enthousiaste et cosmopolite, a envie d’en découdre positivement en Europe. Tout le monde a été frappé par l’analyse démographique du referendum au Royaume-Uni : les jeunes anglais rêvent toujours d’Europe contrairement à leurs craintifs parents ! En Turquie on qualifie Erdogan de "vieil homme". Et nos terroristes en France sont souvent extrêmement jeunes, reflets de ce désespoir économique et social...

 

l'avenir des jeunes européens comme projet commun

Le conflit de génération prend une tournure inquiétante depuis la sortie du XXème siècle.

Pour inverser ce mouvement de désagrégation, nous avons l’urgent besoin de nous rassembler autour d’un projet commun dont l’objectif sera l’avenir des jeunes européens et la priorité la lutte contre le chômage: 25% pour les français de moins de 25 ans ! L’Europe ne s’est pas construite autrement que par le charbon et l’acier (avec la CECA), reconnaissant qu’un espace économique de libre échange et circulation portait en soi une promesse de prospérité et donc de paix.

 

Sur le vieux continent européen, nous devons nous réarmer intellectuellement et repenser la notion même de frontières culturelles, au-delà de la seule géographie. Il devient urgent de définir les contours de ce qui nous unit plutôt que de ce qui nous sépare. Nous pourrions en cela nous inspirer du concept d’honnête homme tel qu’il était défini à la Renaissance, quand Erasme inspirait une forme d’unité intellectuelle européenne.

 

nouvelle frontière et honnête homme

Dessinons une nouvelle “Frontière”, ce concept cher à l’Amérique de Kennedy qui n’est pas à l’abri de la menace protectionniste et du repli xénophobe illustrée par la montée du conservatisme outre-Atlantique révélée par les primaires de cette année.

 

Cette nouvelle Frontière européenne peut être dessinée par les entrepreneurs. Aujourd’hui les emplois sont créés par des petites entreprises partout en Europe. La révolution numérique redistribue les cartes, nous permettant d’entrer ensemble dans un nouvel espace-temps. La création d’entreprises, de startups, en Europe est un projet à part entière porteur d’innovation technologique, de formations pointues, d’ascenseur social, d’intégration multiculturelle, de nouvelles formes de travail, de nouvelles possibilités d’échanges sans frontières, de nouveaux marchés… bref d’envie et d’espoir, de confiance et de croissance.

 

La jeune génération est celle qui entreprend et ce à travers toute l'Europe. En France l'âge moyen du start-upper est de 39 ans...

 

pour un ERASMUS de l’entrepreneuriat

Avez-vous vu un homme politique proposer une campagne de déclaration d’amour aux peuples anglais ou turcs ? Qui a eu "envie de donner envie" d’un territoire de l’Atlantique au Bosphore ? Si la classe politique ne souhaite pas s’en charger, alors les entrepreneurs devront se lever. Proposons un programme de type "ERASMUS de l’entrepreneuriat" de Londres à Ankara en passant par Paris, Nice, Barcelone, Berlin… Un vaste programme de droit européen, d’Est en Ouest, qui donnerait la chance et la possibilité à travers un parcours sans frontière de créer ou rejoindre une startup, en envisageant l’Europe et le monde comme seul territoire.

 

Le numérique est notre nouveau charbon, de la matière grise, et nous en avons à revendre ! Le numérique et l’entrepreneuriat contiennent les germes d’une nouvelle révolution industrielle, porteuse d’espoir, d’ascenseur social…  De créativité et  d’envie surtout.

 

Nous en sommes encore trop loin : très peu d’entreprises créées récemment en Europe et surtout en France sont devenus suffisamment grandes comme ces fameuses "Licornes" qui sont presque toutes californiennes ou chinoises. Nous avons besoin d’entreprises internationales mais créées ici, significativement créatrices d’emplois et donc moteurs de croissance pour entrainer le reste de l’économie. Il nous faudrait urgemment des exemples, des modèles qui nous inspirent, que le rêve européen fasse la nique au rêve américain !


Le début d’un programme politique européen ?

 

Olivier Mathiot , cofondateur et CEO de PriceMinister (Rakuten Group) et co-président de France Digitale

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1 commentaire

Isabelle Goudchaux
25/08/2016 11h30 - Isabelle Goudchaux

Bravo pour votre analyse ! .... L'esprit, français en particulier, est hélas déstabilisé par des politiques qui créent la confusion par l'incohérence de leurs discours. Un esprit aussi trop inspiré par des actions qui impriment l'individualisme, le "chacun pour soi", le matérialisme, et la certitude de soit disants acquis dont le sens se dilue progressivement au cours du temps à l'échelle internationale.... Si seulement nos entrepreneurs pouvaient s'entendre pour consolider l'Europe et la reconstruire ! Ils ont sûrement en eux davantage de bon sens, d'altruisme, et de réelles opportunités de co-création...

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