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Le dernier héros de Disney est un maker

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Pour son dernier dessin animé, Disney abandonne le rose et les princesses. Le dernier héros est un adolescent génie de la programmation de robots. Sur une trame classique de films d’actions, Disney prouve son savoir faire en matière de film familial en mêlant aventures et humour. Et quelques réflexions qui témoignent de la place croissante de la technologie dans le devenir de l’humanité. 

Le dernier héros de Disney est un maker
Le dernier héros de Disney est un maker © Capture d'écran

Depuis Tron, oeuvre pionnière en matière de réalité virtuelle et culte pour nombre de geeks des eighties, les studios Disney ont ajouté un volet techno à leur fonds de commerce composé de princes et de princesses, avec la chanson qui violonne et l'amour qui toujours triomphe. Même s'il a été conçu par l'équipe à l'origine de "La reine des neiges", "Les nouveaux héros", le dernier film en date sorti en France, appartient incontestablement à la veine techno. Il est aussi le premier dessin animé inspiré par l'univers de Marvell et ses super héros rachetés par Disney.

A l'heure où en France comme aux Etats-Unis, le peu d'appétence pour les études scientifiques inquiètent les responsables politiques et économiques, les descendants du créateur de Mickey ont décidé de faire d'un jeune maker le héros des années 2010. Ou quand le sens de la bidouille sauve le monde. Hiro Hamada est un jeune orphelin à la dérive, surdoué et passionné par la programmation de robots, qu'il prépare pour des combats clandestins où l'argent et la violence circulent.

Tout le contraire de son grand frère, qui étudie sagement à l'Université en construisant lui aussi un robot : Baymax, une super coach médical aux fausses allures de l'égérie d'un fabricant français de pneumatiques. Jusqu'au jour où Hiro va découvrir le laboratoire de recherche de son grand frère, qui évoque une sorte de grand fablab. Il se lance alors dans la mise au point d'une invention pour rejoindre l'équipe d'un éminent professeur de robotique. Il crée un mini robot, qui marque le début des ennuis, et l'entrée du film dans une histoire de lutte entre une bande d'ados transformés en super héros grâce à l'astuce d'Hiro et un méchant dont on ne dira rien pour ménager le plaisir des futurs spectateurs.

Nous nous contenterons de souligner le génie de la reconstitution où les personnages fabriqués par des ordinateurs semblent quasi-vivants, la beauté des décors et le savoir-faire des scénaristes pour écrire un film familial, c'est-à-dire multipliant les niveaux de lecture. Le côté technophile de l'histoire et sa narration classique de film d'actions pour enfants sont contrebalancés par le personnage du robot Baymax, pataud comme il le faut, gentil et bienveillant, et dont les réactions décalées créent des effets comiques des plus réussis. Son apparition, coincé entre un lit et un placard, peinant à trouver un passage, est un des moments les plus comiques du film. Enfin, la narration n'oublie pas la rite de passage, soit l'acceptation d'un deuil pour le jeune Hiro.

Des réflexions ultra contemporaines

Tout le génie de Disney a toujours consisté dans son art de la synthèse entre différentes influences et ce film n'échappe pas à la règle. Cette fiction donne à lire quelques-unes des évolutions qui travaillent le monde contemporain. A commencer par la ville imaginaire où se déroule cette histoire, nommée San Fransokyo, soit un mélange de Tokyo et de San Francisco, traduisant le basculement du monde vers le Pacifique, après quelques siècles d'hégémonie des échanges transatlantiques.

De même, la croyance en la toute puissance de la science et de la technique est le pendant de la magie dans les dessins animés inspirés de contes européens. Dans le rôle des plus ou moins méchants, les sorcières et autres mages d'hier ont trouvé leur successeur dans deux figures qui peuvent sembler étonnante dans l'univers nord-américain. Le premier est un patron de multinationale sans foi ni loi qui veut faire du business avec l'invention du jeune Hiro (quand on travaille pour le bien être de l'humanité, on fait du logiciel libre !) ou, plus classiquement, le personnage bienveillant au départ qui devient maléfique à cause d'une douleur trop grande.

Le film semble illustrer le vieux précepte rablésien selon lequel "science sans conscience n'est que ruine de l'âme" en une version mainstream évidemment. Le mini robot inventé pour résoudre tous les problèmes de l'humanité peut devenir une arme de destruction. Et même le jeune héros sera un moment tenté d'utiliser son génie créatif pour faire le mal, ce que réprouveront ses camarades de combat.

Plus étonnant encore, on trouvera dans ce film, quelques réflexions très grand public sur la passion californienne pour le transhumanisme, soit un rêve d'immortalité offert par la technologie et l'hybridation entre l'humain et la machine. Ainsi, le gentil robot Baymax cristallise tous ces fantasmes. Là encore, sans trop en dire, il est comme une sorte de réincarnation d'un des personnages qui meurt dans la première demi-heure du film. Et, quand il lui arrivera quelques problèmes, une clé USB et un reload plus tard, il acquerra une sorte d'immortalité.

La réflexion n'est bien sûr pas du niveau d'un cours au Collège de France et certaines des tensions dramatiques qui constituent la trame du film sont vite éludées. Qu'importe, le public enfantin est ressorti enthousiaste de la salle !

Bande annonce des "Nouveaux Héros"

Christophe Bys

 
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