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Le gouvernement américain annonce sa volonté de s'isoler totalement de la sphère technologique chinoise

L'administration Trump intensifie encore sa rhétorique dans la guerre commerciale qui l'oppose à la Chine. Par le biais du Département d'État, elle annonce des mesures qui visent à scinder purement et simplement les écosystèmes technologiques américains et chinois. Elle interdirait aussi bien la présence d'applications états-uniennes sur les smartphones chinois que la connexion aux réseaux télécoms américains par les opérateurs chinois.
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Le gouvernement américain annonce sa volonté de s'isoler totalement de la sphère technologique chinoise
Le gouvernement américain annonce sa volonté de s'isoler totalement de la sphère technologique chinoise © Flickr - U.S. Department of Agriculture

Le gouvernement des Etats-Unis franchit une nouvelle étape dans ses hostilités envers les entreprises chinoises. Michael Pompeo, le secrétaire d'État des États-Unis (l'équivalent du ministre des Affaires étrangères en France), a publié un document le 5 août exposant des mesures radicales qui sépareront intégralement les sphères technologiques américaines et chinoises.

Vers une scission des écosystèmes
Baptisé "Clean Network", ce programme avait été annoncé le 29 avril autour de la 5G, avec pour vague objectif de protéger la vie privée des citoyens américains et les données sensibles des entreprises américaines. Il a désormais cinq directives très claires :

  • Interdire la connexion des opérateurs de télécommunications chinois aux réseaux américains
  • Supprimer les applications chinoises des boutiques d'applications mobiles américaines
  • Interdire l'installation d'applications américaines sur les smartphones de fabricants chinois
  • Interdire le stockage de données sur les services cloud d'entreprises chinoises comme Alibaba, Baidu et Tencent
  • Sécuriser les câbles sous-marins qui relient les différentes parties du réseau global Internet entre elles

Le département d'État déclare par ailleurs que "plus de 30 pays et territoires" font désormais partie du programme. Evidemment, ces restrictions sont toutes phrasées autour de la notion de confiance : les entreprises et applications qui ne sont pas de confiance ("untrusted") sont opposées aux autres.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais
Il est indéniable qu'il existe des problèmes d'espionnage (politique ou industriel), de compromission de données et de contrefaçon liées à des entités chinoises, qu'elles soient privées ou étatiques. Mais les Etats-Unis se livrent eux-mêmes depuis toujours à du "renseignement électronique" agressif, qui s'est bien souvent appuyé par le passé sur la coopération d'entreprises américaines. Sans oublier le fait que les géants technologiques américains (notamment Google, Apple, Facebook et Amazon) sont actuellement tous ou presque au cœur de scandales sur leur utilisation des données personnelles de leurs utilisateurs ou sur des abus de position dominante envers leurs compétiteurs. Vu d'Europe, difficile donc de ne pas s'étouffer devant tant d'hypocrisie.

Dans les faits, il est impossible de ne pas y voir dans ce programme une mesure protectionniste dont le principal objectif est la continuation de l'hégémonie technologique américaine. Là encore, on ne saurait omettre les propres mesures de la Chine. Qu'il s'agisse de la "grande muraille numérique" qui sépare l'Internet chinois du reste du monde ou les diverses censures, interdictions de marché et autres règlementations extrêmement contraignantes auxquelles sont livrées les entreprises étrangères, le gouvernement chinois ne cache pas sa volonté de réserver son marché intérieur à ses entreprises nationales.

Vers la fin de l'internet libre et ouvert ?
On pourrait donc tomber dans la facilité et se dire que ce n'est qu'un juste retour des choses... Sauf que le gouvernement chinois, non-démocratique, n'est pas un exemple à suivre. Si ces mesures américaines sont vraiment mises en œuvre (ce qui n'est pas garanti), cela marquera le début de la fin de l'Internet ouvert tel qu'on l'a connu et tel qu'il a été conçu. D'autant que ces restrictions ne seront pas forcément toujours limitées à la Chine. Rien n'assure qu'un champion européen du numérique ne pourrait pas un jour en faire les frais. De la même manière, qui peut garantir combien de temps le marché de l'Union européenne resterait lui-même ouvert ?

Ces mesures sont-elles réalistes ?
Reste évidemment la question de l'application de ces mesures. La Chine est un marché colossal pour les entreprises américaines qui y sont présentes (par exemple Apple) et elles feront tout pour éviter d'en être privées. Plus d'un tiers des smartphones vendus chaque année le sont par des entreprises chinoises, et le premier fabricant d'ordinateurs au monde est le chinois Lenovo. Le premier fabricant d'équipements réseaux, ciblé depuis des années par les Etats-Unis, reste Huawei. Une grande majorité de composants et produits d'électronique grand public, des téléviseurs aux consoles de jeux vidéo, sont fabriqués en Chine. Les géants chinois investissent lourdement dans les entreprises occidentales, à l'image de Tencent dans l'industrie du jeu vidéo. Et les développeurs chinois produisent des milliers d'applications mobiles dont certaines, comme TikTok, rencontrent un succès mondial.

Le gouvernement américain peut-il vraiment scinder de force cet écosystème numérique mondialisé ? Difficile à dire. En pleine crise liée au Covid-19, dont la gestion par le gouvernement américain est catastrophique depuis le début de la crise, on peut s'interroger sur la pertinence de lancer cette action. Pour rappel, l'élection présidentielle américaine aurait lieu le 3 novembre.

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

1 commentaire

verdarie
07/08/2020 09h48 - verdarie

Mais les Etats-Unis se livrent eux-mêmes depuis toujours à du "renseignement électronique" agressif, qui s'est bien souvent appuyé par le passé sur la coopération d'entreprises américaines. ...........A la différence, que la liberté Américaine permet d'améliorer la condition de ses salariés. Ce qu'on ne voit pas se faire en Chine, ou la dictature permet le maintien des prix bas, qui attire les multinationales prompte à transmettre l'innovation internationale pour faire de marges énormes et avec cet argent pouvoir continuer le dumping sur l'emploi. Ce qui ruine tous les autres pays du monde .

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