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[Interview] Pourquoi le projet de loi Pacte inquiète France Digitale

mis à jour le 21 février 2018 à 11H21
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Entretien Membre du board de France Digitale, Olivier Mathiot revient pour l'Usine Digitale sur l'annonce faite par le Premier ministre, Edouard Philippe le16 février. Ce dernier a indiqué qu'il souhaitait élargir le champ d'intervention du décret dit Montebourg, du nom de l'ancien ministre du redressement productif. France Digitale a réagi dans un communiqué ayant pour titre "#ChooseFrance ou #AvoidFrance ?". Olivier Mathiot nous explique pourquoi.  

[Interview] Pourquoi le projet de loi Pacte inquiète France Digitale
[Interview] Pourquoi le projet de loi Pacte inquiète France Digitale © L'Usine Digitale - Thomas Gagnot

L'Usine Digitale - Pourquoi vous inquiétez-vous du projet du gouvernement d'ajouter l’intelligence artificielle, le spatial, le stockage des données, les semi-conducteurs dans le champs d’application du décret Montebourg ?

Olivier Mathiot - C’est avant tout la question de la forme qui nous pose problème. Nous sommes plutôt en bonne entente avec les équipes d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe. Pendant la campagne présidentielle, nous avons collaboré avec les équipes du candidat président sans problème. Si la forme est importante, c’est qu’elle a un impact sur l’image de l’attractivité de la France auprès des investisseurs étrangers et des talents internationaux. Aujourd’hui, la France est revenue en tête des pays attractifs, notamment auprès des investisseurs anglo-saxons. Les indicateurs sont au vert alors que la compétition oppose les pays européens.

 

Que change donc fondamentalement cette annonce ?

Alors que la France apparaissait à nouveau comme un pays business friendly, comme en témoignent mes nombreux contacts à Tokyo ou San Francisco, on risque de revenir à l’idée que la France est un pays administratif, colbertiste. Au fond, la façon de communiquer de Bruno Le Maire ressemble à celle d’Arnaud Montebourg. L’impression que cela produit sur les investisseurs internationaux c’est que la France est un pays où pour faire des affaires il faut demander l’autorisation du gouvernement.

 

Vous êtes investisseur. Quel problème cela pose-t-il globalement au secteur de l’investissement ?

Il faut bien comprendre comment fonctionne l’investissement dans une start-up. Il investit seulement parce qu’il sait qu’il pourra ressortir un jour en espérant le faire avec une plus-value. Si le gouvernement peut bloquer l’opération, cela crée un aléas. Ce genre de mesures a un effet sur le prix à la baisse à l’entrée et à la sortie de l’investissement. Ou alors, il faut faire comme en Chine et décider que les secteurs stratégiques doivent être à capitaux publics.

 

Le Premier ministre a indiqué qu’il voulait créer une enveloppe d’intervention financière. Cela n’est pas susceptible de vous rassurer ?

Ce n’est pas le rôle du gouvernement de faire les arbitrages financiers. Pour le moment, nous n’avons pas le détail du dispositif. L’effet risque d’être le même que pour un droit de préemption en immobilier. Comment seront évaluées les participations ? Selon quels barèmes ?

 

Mais pourquoi la France n’aurait-elle pas le droit de protéger certaines entreprises ou certains secteurs, alors que c’est d’usage aux Etats-Unis par exemple ?

Nous ne sommes pas contre l’idée qu’il y a des secteurs à protéger, c’est hyper légitime. Mais nous avons créé notre association sur l’idée que le numérique n’est pas un secteur à part. Dans la liste des secteurs concernés, selon ce que nous savons à l’heure qu’il est, il y a l’intelligence artificielle. C’est encore moins un secteur. Il y en a partout, aussi bien dans les biotechs, que dans une entreprise que je connais bien comme Priceminister où on l’utilise pour la reconnaissance d’images. L’intelligence artificielle est dans la publicité numérique ou dans le système de freinage ABS. Ce n’est pas un secteur mais un ensemble de technologies qui envahissent notre quotidien.  

A cet effet, avec Rakuten l’actionnaire, nous avons racheté Nextperf, un challenger de Critéo il y a un an. Grâce à ce rachat, la technologie française va être utilisée aux Etats-Unis ou au Japon. Avec le nouveau décret, peut-être que Rakuten aurait préféré racheter une entreprise ailleurs qu’en France.

Pour revenir à votre question, qu’on veuille protéger l’IA dans la Défense ou dans certains secteurs stratégiques, ça ne me pose pas de problème mais qu’on ne l’annonce pas de cette façon.

 

Avez-vous été contacté par le gouvernement pour en parler ?

Nous avons beaucoup d’échanges avec le gouvernement. On n’a pas l’impression que grand monde a lu le décret ou a été contacté. On est dans un problème de bottom up. Ce serait mieux d’y réfléchir en réunissant plusieurs acteurs autour de la table, et pas seulement des start-up ou des investisseurs.

 

Dans ces affaires tout le monde pense au précédent d’Arnaud Montebourg qui bloque la vente de Dailymotion. Quel bilan tirez-vous de la solution française pour Dailymotion ? Ne trouvez-vous pas qu’Orange ou Vivendi ont été de bons actionnaires ?

Je crains que Dailymotion ne soit pas dans une très bonne posture, mais je n’accablerai pas les actionnaires. Je ne connais pas assez le dossier. Je sais qu’il y avait une offre de Yahoo, avec une logique industrielle intéressante et qu’on l'a refusée pour des raisons contestables.

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1 commentaire

jerome camblain
21/02/2018 10h49 - jerome camblain

Nous protégeons nos pépites...mais nous bradons nos cerveaux. Aller séduire les GAFAs pour qu'ils implantent des centres de recherche sur notre territoire, c'est leur offrir l'opportunité de venir attirer nos meilleurs chercheurs/euses avec un carnet de chèque contre lequel nos entreprises ne peuvent lutter, pour après quelque temps, en exporter les plus performant(e)s vers leur centres californiens. Un "En même temps" à affiner!

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