Le marché de l’emploi a besoin de transparence, de régulation et de big data

Une étude sur l’impact d’internet sur le fonctionnement du marché du travail, réalisée par le Conseil d’orientation pour l’emploi, rattaché au cabinet du Premier ministre, recommande plus d’information, de régulation, de transparence et surtout le recours au big data par les services de l’État.

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Le marché de l’emploi a besoin de transparence, de régulation et de big data

Aussi étonnant que cela puisse paraître, "l’impact d’internet sur le marché de l’emploi n’avait jamais été étudié dans sa globalité", observe Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du Comité d’orientation pour l’emploi (COE), une instance indépendante placée auprès du Premier ministre. Or, du point de vue des politiques de l’emploi, le sujet est intéressant pour plusieurs raisons. Il soulève le problème de l’exploitation de la masse d’informations disponibles, mais aussi celui de la régulation. "Un marché a toujours besoin d’être régulé", rappelle Marie-Claire Carrère-Gée.

Mais c’est surtout un énorme besoin d’information et de formation que l’étude "L’impact d’internet sur le fonctionnement du marché du travail" du 3 mars 2015, a mis en évidence. Car la fracture numérique ne se limite pas à savoir si l’on a ou non accès à internet. "Ce rapport a permis de mettre en lumière qu’avoir accès à internet est très important, mais qu’en matière de recherche d’emploi il faut aussi connaître les règles et codes de ce marché", explique la présidente du COE. Demandeurs et entreprises doivent en effet désormais composer avec des questions d’e-réputation. Et comme les grandes entreprises ont recours à des procédures automatisées pour traiter les candidatures, il faut absolument que toutes les personnes qui cherchent un emploi, connaissent les codes. Parce qu’il y a des logiciels de tri avec des algorithmes, les demandeurs doivent par exemple multiplier les mots clé dans la lettre de candidature et le CV pour avoir une chance de décrocher un rendez-vous avec le recruteur.

Adopter les codes de l’e-réputation et des logiciels de tri des candidatures

"Il y a donc un grand besoin de formation et d’information sur ce nouveau marché du travail, sous peine de renforcer les inégalités", observe Marie-Claire Carrère-Gée. Et cela vaut pour les candidats, comme pour les entreprises. Si d’un côté les grandes entreprises utilisent largement internet pour leur recrutement et les réseaux sociaux pour l’amélioration de leur image, de l’autre, les PME n’ont pas forcément ce réflexe, soit parce que c’est coûteux, soit parce qu’elles ne sont pas familières avec ces outils. "C’est embêtant, lorsque vous avez 80% des demandeurs d’emploi qui regardent les offres sur internet, si la vôtre n’y est pas. Il y a là un risque d’amplification des problèmes habituels que rencontrent les PME, le défaut de visibilité et le manque d’attractivité", prévient Marie-Claire Carrère-Gée.

L’état d’esprit des auteurs de l’étude n’est pourtant pas de dire qu’internet aggrave les inégalités et nuit à l’emploi. Au contraire, une étude réalisée aux États-Unis a démontré qu’un marché du travail en ligne améliore la qualité et la rapidité de l’appariement entre un besoin de compétences et la demande d’emploi, ce qui se traduit par du chômage en moins et des durées de chômage plus courtes, dévoile l’étude du COE. Les études scientifiques menées aux États-Unis par l’universitaire américain Peter Kuhn auraient ainsi démontré que les demandeurs d’emploi qui cherchent par internet, ont une durée du chômage plus courte que ceux qui ne cherchent pas par internet.

Pour une charte du recrutement en ligne

Mais former et informer ne sert à rien si la transparence n’est pas de mise. "Nous recommandons qu’une charte du recrutement en ligne soit adoptée, pour que les procédures soient les plus transparentes possible et que certaines pratiques contestables et non éthiques - comme d’aller consulter des données personnelles concernant les candidats, ou de faire payer ces derniers pour remonter leur dossier au-dessus de la pile - soient abandonnées", avance Marie-Claire Carrère-Gée. Pour cette dernière, s’il n’est pas choquant que se développent des services autour des candidatures, il faut que l’emploi reste un service public accessible gratuitement à tous les demandeurs. "En France, de par la loi, le recrutement est une procédure gratuite", rappelle la présidente du COE.

Le COE demande également plus de régulation, proposant que la CNIL s’en saisisse. Mais la plus importante des recommandations du rapport porte sur les big data appliquées à l’emploi. Les auteurs souhaitent que les pouvoirs publics se saisissent de l’immense potentiel que constituent les données disponibles sur internet pour mieux connaître le marché du travail et améliorer la statistique publique. "Cette exploitation devrait permette de mieux connaître le marché du travail et donc, d’améliorer les politiques de l’emploi et de formation", promet la présidente du COE. Elle permettrait également de mettre plus vite à jour le référentiel des métiers de compétence.

L’Insee et la Dares seraient conscients de la question et feraient preuve d’une réelle appétence pour le sujet. Mais ce n'est pas si simple. Les contraintes du public étant plus fortes que celles du privé... Bonne nouvelle tout de même : Pôle Emploi collabore de plus en plus avec les acteurs du marché. Et si le Jeudigital - exceptionnellement "mardigital" - organisé le 17 février 2015 au Ministère de l’Emploi par le service d’Axelle Lemaire, secrétaire d’État au Numérique, n’a pas attiré grand monde, un volet emploi serait prévu dans la future Loi numérique.

Aurélie Barbaux

Rapport Internet et marché du travail by L'Usine Nouvelle

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