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Le marché épineux de la vente de médicaments en ligne va-t-il enfin décoller en France ?

Doctipharma.fr vient de remporter la deuxième manche d'un litige qui l'opposait depuis plusieurs mois à l'Union des groupements de pharmaciens d'officine (UDGPO). Le site, filiale de Doctissimo, est de nouveau autorisé à vendre des médicaments sans ordonnance sur Internet. L'association de pharmaciens entend se pourvoir en cassation et estime que la marketplace contribue à préparer la percée d'Amazon sur ce nouveau terrain de jeu. Une vision vivement contestée par Doctipharma, soutenue par d'autres groupements de pharmaciens.
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Le marché épineux de la vente de médicaments en ligne va-t-il enfin décoller en France ?
Le marché épineux de la vente de médicaments en ligne va-t-il enfin décoller en France ? © PulkoCitron

"C'est une décision historique. Elle marque le début d'une nouvelle ère", insiste Stéphanie Barré, directrice générale de Doctipharma. Ce mercredi 13 décembre, la plate-forme Doctipharma.fr, filiale du site Doctissimo lui-même détenu par le groupe Lagardère, se réjouit de l'arrêt rendu par la cour d'appel de Versailles, qui l'autorise de nouveau à vendre des médicaments sans ordonnance sur Internet.

 

Cette décision intervient plus de 18 mois après que le tribunal de commerce de Nanterre ait jugé illicite la vente de médicaments sans ordonnance sur ce site à la suite d'une saisine de l'Union des groupements de pharmaciens d'officine (UDGPO).

 

Le jugement du tribunal de commerce annulé

En France, la vente de médicaments sur Internet est strictement encadrée. Depuis juin 2013, seuls les médicaments disponibles sans ordonnance peuvent être vendus en ligne et livrés ensuite au domicile de l'acheteur. Mais tout le monde n'est pas autorisé à le faire. Cette activité est réservée aux officines. Par ailleurs, avant de débuter une activité de e-commerce, une pharmacie doit obtenir l'autorisation de l'Agence régionale de santé (ARS) dont elle dépend et informer l'ordre des pharmaciens.

 

Le 31 mai 2016, le tribunal de commerce de Nanterre avait alors estimé que la plate-forme Doctipharma.fr était une société commerciale et non une officine de pharmacie et "qu'elle exerçait un rôle majeur d'intermédiaire entre les clients et les officines de pharmacie référencées sur son site, caractérisant une activité d'e-commerce de vente à distance au public de médicaments non soumis à prescription obligatoire et qu'elle violait ainsi les dispositions relatives à la vente de médicaments et au commerce électronique de médicaments, destinées à protéger la santé du public".

 

Prestataire technique ou réel intermédiaire ?

Moins de 2% des pharmacies en ligne 

 

Le marché de la vente de médicaments sur Internet peine à décoller dans l'Hexagone. Selon la liste établie par l'ordre national des pharmaciens, la France ne compte, à ce jour, que 429 sites autorisés à la vente en ligne de médicaments pour près de 22 000 officines physiques sur le territoire. A peine 2% des pharmacies ont donc fait le saut du e-commerce.

De son côté, la société Doctipharma se défendait d'être une solution technique permettant aux pharmaciens d'officine d'éditer et d'exploiter leur propre site internet marchand de produits de parapharmacie et de médicaments en tant que prolongement virtuel de la pharmacie physique, "chaque site disposant d'une adresse URL propre et étant accessible soit via les moteurs de recherche classiques soit, par renvoi, via son portail : www.doctipharma.fr." Dans sa défense, Doctipharma soulignait son rôle de sous-traitant technique auprès des pharmaciens d'officine et affirmait ne pas jouer de rôle actif dans l'activité de vente en ligne de médicaments "laissée sous le contrôle et la maîtrise exclusive des pharmaciens d'officine dans le respect de leur monopole officinal".

 

La cour d'appel de Versailles lui a donné raison dans son arrêt rendu le mardi 12 décembre 2017. Pour Doctipharma, il s'agit d'une décision favorable au marché numérique du médicament. "Nous sommes très surpris par cette décision qui ne reprend pas les éléments de fonds qui étaient très forts lors du premier jugement", réagit, pour sa part, Laurent Filoche, président de l'association de pharmaciens. "Doctipharma facturait en lieu et place des pharmaciens. Un site internet de ventes de médicaments doit être adossé à une pharmacie. Le pharmacien se doit d'encaisser et d'être responsable de sa vente sur le médicement", poursuit-il. Selon lui, Doctipharma n'a pas qu'une fonction de prestataire technique mais bien de marketplace. C'est ce rôle d'intermédiation, qui casserait le lien entre le pharmacien et le patient, qu'il dénonce. 

 

Une troisième manche devant la cour de cassation 

L'UDGPO entend se pourvoir en cassation. L'association estime avoir trouvé le vice de forme qui lui permettra de saisir la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français. "Nous pensons qu'il y a un vice de forme car nous avons été condamnés solidairement à payer pour deux sociétés, Doctipharma et la société Pictime, contre lesquelles nous n'avons pas pu rendre nos conclusions", explique Laurent Filoche. Une volonté dont n'avait pas connaissance Doctipharma, lorsque l'entreprise a été contactée par la rédaction.

 

"Nous pensons que nous sommes dans notre bon droit car nous voulons combattre les marketplaces qui font le lit de l'arrivée d'Amazon en France sur le médicament. Cela évangélise le consommateur. Une fois habitué à acheter sur une marektplace, pourquoi la plus grosse maketplace du monde serait absente de ce marché ?", s'inquiète-t-il.

 

L'ombre d'Amazon

La firme de Jeff Bezos avance, en effet, ses pions sur ce nouveau marché. Elle a obtenu aux Etats-Unis l'autorisation de vendre des médicaments et s'intéresse de près à l'industrie pharmaceutique. Selon les informations de CNBC, la firme de Jeff Bezos aurait mené des discussions avec plusieurs laboratoires spécialisés dans la production de médicaments génériques mais le média américain ne sais pas encore si le géant numérique souhaite se positionner comme un grossiste ou plutôt opter pour une démarche de distribution B2C.

 

Doctipharma, quant à elle, rejette la thèse de l'UDGPO. "Au contraire si jamais les pharmaciens français veulent se battre à armes égales contre un géant comme Amazon s'est en se réunissant. Jamais un pharmacien ne pourra se battre tout seul. Par ailleurs, nous ne sommes pas un opérateur. La grosse différence entre Amazon et Doctipharma c'est que nous n'avons pas de stock, ni d'appareil logistique. Nous n'apportons qu'une solution web pour aider les pharmacies à se développer sur Internet et pour aider à faire émerger une offre cohérente et légale en alternative à Amazon", assure Stéphanie Barré. Doctipharma entend également contrer la monté en puissance de certains acteurs présents sur d'autres marchés européens, bien plus en avance que la France. "En 2013, le e-commerce représentait déjà 8% de la vente de médicaments en Allemagne", rappelle Stéphanie Barré.

 

Une réponse collective

Malgré cette victoire, la société du groupe Lagardère ne précise pas quand elle revendra des médicaments sur son site. "Vous ne retrouverez pas dès demain du Doliprane en vente sur Doctipharma. Nous allons voir dans quel contexte nous allons remettre notre offre de médicament en ligne. Ce n'est pas quelque chose qui se fait du jour au lendemain", explique Stéphanie Barré. Les freins sont en effet nombreux. Outre ce contentieux, Doctipharma doit aussi jouer avec une législation plus contraignante en matière de marketing. En revanche, pour tenter de se faire une place sur cet épineux marché, la filiale de Doctissimo entend bien s'appuyer sur d'autres regroupements de pharmaciens. "Nous avons un accord avec d'autres groupements de pharmaciens qui ne partagent pas la même vision que Monsieur Filoche et qui sont d'accords pour dire qu'ils ont besoin d'être accompagnés par un acteur spécialiste du web", précise, confiante, Stéphanie Barré.

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