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Le numérique n’est pas - que - nuisible à l’emploi

Le numérique détruit plus d’emplois qu’il n’en crée. Sûrement. Il n’est pas pour autant nuisible à l’emploi en général. Explications.
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Le numérique n’est pas - que - nuisible à l’emploi
Le numérique n’est pas - que - nuisible à l’emploi © DR

Après avoir été porté aux nues en terme de création de valeur économique et de transformation, le numérique serait maintenant père de tous les maux. Après la fiscalité, c’est maintenant sa capacité massive à détruire les emplois qui est pointée du doigt. Pas de sa faute, pourtant. Comme toute bonne innovation de rupture, elle est d’abord destructrice de valeur avant d’en produire une nouvelle. Sauf, qu’en matière d’emploi, le solde serait largement négatif. Trop pour servir d’indicateur à une politique publique en faveur du numérique ? Peut-être, mais pas si sûr. Car le numérique est à la fois une technologie, une industrie et surtout un moteur de changement économique, social et culturel. Et qu’à ce titre, son impact sur l’emploi ne peut pas être uniquement mesuré en termes quantitatifs.

Pour certains, le fait que le numérique soit faiblement créateur d’emplois serait pourtant l’une de ses forces, car " il ne produirait que bien peu de valeur s’il devait générer autant de postes que les activités auxquelles il se substitue ", écrit Thibaut De Jaegher, directeur de la rédaction de L’Usine Nouvelle. C’est une façon de voir. Mais elle implique que le numérique se substitue à des activités existantes. C’est vrai pour l’informatique telle qu’elle s’est démocratisée depuis la fin des années 70, supprimant de nos entreprises par wagons des postes de secrétaires et autres agents administratifs.

Le numerique n’est pas l’informatique

Mais le numérique, c’est de l’informatique en réseau. Et c’est à partir de sa capacité à connecter qu’il tire sa valeur et qu’il crée de nouvelles activités, de nouveaux potentiels, de nouveaux métiers, et finalement serait bon pour l’emploi. Comment ?

D’abord en facilitant la rencontre entre travailleurs et postes à pourvoir, avec des services en ligne de rupture. Le Bon Coin serait ainsi le premier site d’emploi en France, affirme Laure Belot, journaliste au Monde (@curieusedetout), lors d’une conférence de France Digital sur le sujet, même si elle reconnait, ne pas disposer de chiffres fiables, pas plus Comscore au niveau mondial que Médiamétrie en France, ne mesurant l’impact des sites d’emplois (job board). Connu pour trouver une machine à laver, une voiture, voire un logement, le Bon Coin, permet également à un artisan, un patron de PME ou un particulier de poster gratuitement une offre d’emploi, avec des termes simples…et de toucher des candidats de proximité. Même Pôle Emploi en reconnait finalement les vertus : "Nous ne sommes plus dans la posture de dire que le Bon Coin ne fait pas le même métier que nous. Une offre emploi est valable partout ", a lâché Stéphane Rideau, responsable transparence du marché du travail à Pôle emploi. Un changement de discours bienvenu.

L’important c’est les compétences

Le numérique changerait aussi les critères de recrutement, et la manière de trouver la bonne personne pour un poste. Ce qui est important aujourd’hui, ce sont les compétences que les gens ont acquises et peuvent faire valoir, plus que leur diplôme. C’est ce qu’essaye de démontrer un site d’emploi comme Qapa, qui ne réfléchit quasiment plus en terme de métier, mais essaye de croiser des compétences mises à jour dans sa base de données avec des besoins d’employeurs. Et de pousser les employeurs à se valoriser pour autre chose que juste une tâche à effectuer contre salaire. 

Mais surtout, sans numérique point de séquençage ADN, de bio-informatique, d’impression 3D, de nanosciences, d’optimisation énergétique, de télésanté… Autant de nouveaux secteurs d’activité créateurs de valeur et d’emploi. "Le numérique est ringard ", a même osé Jacques Attali, économiste, écrivain, conseil d'Etat honoraire (@jattali) sous forme de provocation lancée aux participants et organisateurs de la conférence Emploi et numérique de France Digitale. Même s’il est le premier à reconnaître toute la valeur économique positive et sociale du numérique.  "Si j'ai une idée et que je vous la donne, je l'ai encore. Le numérique est pareil. La société du réseau, c’est une société où j'ai intérêt à la réussite des autres ".

Pas d’études fiables

Certes, le numérique en lui-même n’a pour l’instant créé que quelques emplois très qualifiés (comme ces fameux data scientist, jobs de rêve, que l’on s’arracherait) et des emplois faiblement qualifiés de forçats du service client et de la logistique, voire demain d’ouvrier-développeur (les Américains formeraient des développeurs Rubi en 11 semaines pour produire du code à la chaîne !).

"L’évaluation  du volume d’emplois créés par le numérique, sûrement négatif, est difficile", a déclaré Michel Sapin, ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social. Reconnaissant, de plus, que les seules enquêtes disponibles avaient été commandées par des acteurs de la filière. "L’absence de validation par des services publics amène légitimement à s’interroger ", a même lancé un  ministre définitivement pas dupe du lobbying ambiant (la conférence de France Digitale se tenant dans les locaux parisiens de Google).

Créer son propre emploi

Un ministre venu aussi expliquer que son gouvernement avait - enfin - pris la mesure de l’enjeu : "Le numérique doit être le choix collectif de l'investissement et du risque à l'inverse de la seule finance  et de la rente. Je suis venu confirmer la détermination du gouvernement d'avancer dans l’investissement et la prise de risques." Avant d’égrener ses convictions vis-à-vis du numérique et de l’emploi, notamment qu’il est possible de transformer le temps des chômeurs en temps utile pour acquérir des compétences numériques et, surtout, que grâce au numérique, les jeunes en rupture, peuvent découvrir la culture de la bidouille avec des nouveaux métiers moins manuels.

Des jeunes qui rejetteraient la société proposée, pour tenter de créer la leur. "La cyberculture est aussi la fille de la contreculture", a tenu à rappeler Michel Sapin. "Pour le numérique comme pour le reste, la question n’est pas de chercher un emploi, mais de créer un emploi. Le numérique est un formidable gisement de création d'emploi. Avec Planet Finance, nous faisons ça tous les jours, dans les quartiers, et ca marche", avance Jacques Attali.

Le numérique permettrait donc surtout de créer son propre emploi, et pas uniquement en créant une start-up du numérique. Utopie ?

Aurélie Barbaux

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