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Le numérique sonne-t-il vraiment la fin du salariat ?

La transformation digitale des entreprises remet profondément en cause le travail. Mais chefs d’entreprises et économiques ne sont pas d’accord entre eux sur les conséquences sur l’organisation du marché du travail.
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Le numérique sonne-t-il vraiment la fin du salariat ?
Le numérique sonne-t-il vraiment la fin du salariat ? © Fotolia

Quel avenir pour le travail ? La bataille autour d’UberPop soulève la question. Car l’irruption du numérique bouleverse l’organisation habituelle du travail. "Depuis 200 ans, la crainte face au progrès technique qui remplacerait les emplois s’est toujours révélée complètement fausse. Cette fois-ci, il y a une forte chance que ce soit différent. La technologie se substitue au travail réalisé par la classe moyenne à un rythme jamais vu auparavant", reconnaît Andrew McAfee, chercheur au MIT sloan school of management, lors des rencontres économiques d’Aix-en-Provence, consacrées au travail.

 

Travailler autrement

 

Les industriels ne sont pas tous aussi affirmatifs. "Plus il y aura de robots, plus il faudra d’hommes pour accueillir, être dans l’empathie", analyse Augustin de Romanet, le PDG d’Aéroports de Paris, en citant le secteur du tourisme. Pour les entreprises, le défi serait surtout d’adapter leurs organisations du travail à la nouvelle ère numérique. "La révolution digitale est en train de changer fondamentalement la façon de travailler", confirme Laurent Mignon, le directeur général de Natixis. Avec le développement du télétravail, "manager ne consiste plus à voir ses collaborateurs et surveiller ce qu’ils font", estime le directeur général de Natixis.

 

Fin du salariat protecteur ?

 

Mais le bouleversement apparaît bien plus fondamental. Les plateformes internet, en facilitant la désintermédiation entre clients potentiels et ceux qui peuvent apporter un service, ont réduit l’avantage du salariat. "L’économie numérique crée des emplois qui ne seront pas forcément salariés", estime Nicolas Colin, le fondateur de l’accélérateur The family.

Et être salarié ne protège plus autant qu’avant, alors que les entreprises peuvent disparaître du jour au lendemain, balayées par l’arrivée d’un nouveau concurrent. "Le salariat garde pourtant un avantage comparatif : il est mieux couvert par la protection sociale", analyse Nicolas Colin, pour qui le grand enjeu sera de réussir à étendre la protection sociale aux nouveaux emplois créés. "Sinon l’économie numérique continuera à progresser dans une grande injustice", prévient-Il.

 

Uberiser le code du travail ?

 

Pour certains patrons, il s’agit d’adapter les règles et le code du travail. Le digital "remet en cause certaines approches comme le salariat et accélère l’évolution de ce statut", estime Stéphane Richard, le patron d’Orange, qui plaide pour une "uberisation du code du travail" et mise sur l’essor de l’entrepreneuriat. "Le numérique peut-être une chance pour un pays comme la France construit sur un système très hiérarchisé. Les rigidités du travail dont on parle tant, deviendront rapidement obsolètes", abonde Laurent Mignon.

 

À quel rythme transformer le travail ?

 

Tous ne sont pas de cet avis. Pour Guillaume Pepy, remettre à plat les règles qui régissent l’organisation du travail n’est pas une priorité. "Ce ne sont pas les conventions collectives et les statuts qui empêchent la digitalisation de l’économie", juge le patron de la SNCF, qui s’inquiète de voir une "nouvelle économie qui quantitativement va détruire plus d’emplois qu’elle ne va en créer à court terme". Plutôt que de remettre en cause les règles du travail, l’enjeu pour Guillaume Pepy est d’accompagner les changements des mentalités dans les entreprises. À la SNCF, l’évolution du métier des contrôleurs avec l’arrivée de portiques numériques est vécue par certains employés comme une déqualification. "La question est à quel rythme peut-on transformer le travail ?", s'interroge finalement Guillaume Pepy.

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

3 commentaires

ZINE
06/07/2016 15h24 - ZINE

Du pipeau tout cela ! Déjà, on annonce des centaines de licenciements dans les plateformes internet et téléphonique justement pour cause de digitalisation ... Exactement le même processus que pour la robotisation où maintenant, ce sont des robots qui construisent et gèrent d'autres robots !

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Pierre Granchamp
08/07/2015 16h53 - Pierre Granchamp

Oui, le numérique détruit des emplois. En tant qu'entreprise du digital, nous répondons en grande majorité à des demandes de solutions à iso ressources. Mais dire que le transfert se fera sur l'économie de l'accueil et de l'empathie (le tourisme, les services à la personne et l'économie sociale et solidaire) renvoie à la question de son financement : qui est prêt à financer l'empathie ? Quant au transfert vers l'entrepreneuriat, pourquoi pas ? Les français rêvent en majorité de créer leur entreprise. Mais si on doit déshabiller le salariat, désormais caduc, il faudra bien rhabiller en même temps l'entrepreneur ou bien continuer le déséquilibre entre gros donneurs d'ordre et micro-structures. La clé viendrait-elle des TPE-PME ? L'exemple du renouveau du décolletage en vallée de l'Arve en est un parfait exemple : un tissu dense de 600 petites entreprises qui ont fait le pari de s'unir, de partager des ressources et des compétences.

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Ramoniac
07/07/2015 11h01 - Ramoniac

"Les rigidités dont on parle temps" ! C'est vrai que lorsque le travail devient intermittent, le temps compte d'autant. Réduire les rigidités c'est réduire le temps, donc l'argent, que l'on garantit au travailleur. La contrepartie de cette réduction doit nécessairement être à la fois l'extension et l'universalisation de la protection sociale, et l'octroi d'un droit de propriété (donc d'une part des bénéfices et du pouvoir de décision) à tout membre de l'entreprise quel que soit son rôle (apporteur de capitaux ou de travail)

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