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Le safari "techno" des Comex dans la Silicon Valley

Pour comprendre les enjeux et les défis de la mutation numérique, les dirigeants français se pressent dans la Silicon Valley, là où tout a démarré.

mis à jour le 02 juin 2015 à 08H00
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Le safari techno des Comex dans la Silicon Valley
Le comex d'Orange dans les locaux d'Airbnb à San Francisco.

Tout le CAC 40 y est allé. Et depuis que Tesla et Google veulent "disrupter" l’industrie des transports, les dirigeants français sont toujours plus nombreux à faire le déplacement. Si certains n’en font pas étalage, d’autres en parlent ouvertement. Michel Combes, le directeur général d’Alcatel-Lucent, a même écrit une tribune, sur le site de L’Usine digitale, dans laquelle il partage son expérience et décrypte les cinq nécessités de la révolution industrielle 3.0. Mais où se précipitent donc tous ces PDG, accompagnés de leur comité exécutif (comex) ou de leur comité de direction (codir) ? Dans la Valley, bien sûr. Et ne précisez surtout pas la Silicon Valley, ce serait avouer que vous n’y avez jamais mis les pieds.

Ce lieu est devenu tellement iconique que les "learning expeditions", des déplacements à mi-chemin entre les voyages d’étude et d’affaires, s’y enchaînent. Ils permettent aux dirigeants pressés de concentrer, en une semaine, rendez-vous avec des start-up et visites de sites. L’an passé, le directeur de l’institut FaberNovel, Antonin Torikian, en aurait organisé une dizaine. "On aurait pu en faire plus, mais on a refusé", commente-t-il. Car il ne faut pas amener n’importe qui aux Californiens, tant sollicités qu’ils pourraient en perdre leur cool légendaire. Georges Nahon, le président d’Orange Silicon Valley, le centre de développement du groupe installé à San Francisco, estime recevoir en moyenne 200 visites de décideurs par an, auxquelles s’ajoutent celles de cadres et de dirigeants politiques, comme récemment le Premier ministre japonais. "Aujourd’hui, si on n’a pas de vrais projets business, les entreprises n’ouvrent plus leurs portes", assure Arnaud de Lacoste, le directeur général d’Acticall, société spécialisée dans la gestion de la relation client.

Pourquoi un tel engouement ? Une vidéoconférence, des contacts biens choisis sur Facebook et l’inscription à quelques groupes ciblés sur LinkedIn ne sont-ils pas suffisants ? Paradoxalement, pour comprendre l’écosystème californien où se joue la révolution numérique, il faudrait rencontrer ses acteurs en chair et en os ! "Je voulais montrer au comex des start-up, des entreprises investies dans l’innovation. C’est la vitesse, dans le processus et dans la prise de risque, qui nous a le plus impressionnés", témoigne Terry Gettys, le directeur de la R&D de Michelin, qui a organisé un voyage de trois jours sur place en 2014.

 

L’envie de faire passe avant le business model

Aller à la rencontre de ceux qui font la révolution, sentir l’esprit du lieu est indispensable pour saisir les évolutions en cours. "Mis à part celles du secteur, peu d’entreprises connaissent Nest [le fabricant de thermostats et détecteurs de fumée intelligents, ndlr]. Quand un comex arrive, ils voient de leurs yeux que c’est énorme !", explique Antonin Torikian. Ces learning expeditions corrigeraient donc… la myopie de nos dirigeants. "Nous avons été frappés par le risque de vulnérabilité. Des sociétés comme Cisco et Google expliquent qu’elles vivent avec l’idée qu’elles peuvent disparaître dans dix-huit mois", raconte ainsi Jean-Dominique Senard, le président de Michelin.

Mais c’est aussi le californian way of work qui intéresse nos élites. "Quand, en visite chez Facebook, vous voyez des travaux et que votre hôte vous dit : 'Il y aura toujours des travaux, le service ne sera jamais fini', vous apprenez quelque chose, même en passant dans un couloir", observe Arnaud de Lacoste. Ce qu’il y a de fascinant dans la Silicon Valley, c’est l’énergie, cette envie de faire coûte que coûte. Et tant mieux si on trouve ensuite un business model. "L’état d’esprit californien réside dans cette capacité à être flexible et agile, à se remettre en question", résume Antonia McCahon, digital acceleration officer de Pernod Ricard. "Les DRH sont de plus en plus intéressés par les outils qu’ils peuvent trouver ici", souligne Georges Nahon d’Orange Silicon Valley.

Fabrice Brégier, le PDG d’Airbus, qui a fait le voyage avec Tom Enders, l’assure : "Nous avons rencontré des responsables de Google et d’autres entreprises numériques. Nous en avons retiré que nous devons renforcer notre dispositif interne pour être davantage ouverts à l’utilisation du numérique." Certains ont des doutes sur la capacité des comex français à assimiler ces nouvelles pratiques. "Beaucoup de dirigeants ne sont pas prêts, ils n’ont pas la mentalité. Il faut aller vite et il y a une telle lenteur en France", regrette Phil Jeudy.

Le débat est peut-être déjà dépassé. Car la question n’est plus de visiter ni de s’inspirer, mais d’implanter une partie de sa R&D dans la Valley pour profiter de son écosystème. Orange et Total ont franchi le pas. Comme le rappelle un porte-parole de l’énergéticien : si le comex se rend à San José, c’est pour assister au "board" de SunPower et profiter du déplacement pour rencontrer des "start-up de la digital energy". Les candidats à l’investissement dans les start-up ne doivent plus attendre. "Les bonnes affaires sont dures à trouver, prévient Georges Nahon, et c’est très difficile de pénétrer ce microsystème. Il faut au moins autant convaincre les investisseurs locaux d’être associés à leurs investissements et réagir vite à leur invitation, que d’essayer d’attirer directement et de convaincre les meilleures start-up, qui s’adressent en priorité aux investisseurs célèbres de la région." Un voyage de quelques jours n’y suffit pas.

Christophe Bys, avec la rédaction

Partir, c’est toujours s’enrichir un peu

Heureux qui, comme un comex, a fait un long voyage, et pas seulement en Californie. D’autres destinations valent le détour pour qui veut s’immerger dans la révolution numérique. À commencer par la côte est des États-Unis, de Boston, où biotechs et numérique cohabitent, à New York, où les médias se réinventent. Les services de l’ambassade de France y sont réputés dynamiques. Reste que les États-Unis ne sont pas le pays le plus facile à pénétrer pour une entreprise française. Plus proche géographiquement de l’Europe, Israël, la "nation start-up", n’est pas à négliger. Notamment la ville de Tel-Aviv, tournée vers la technologie et l’informatique. Un paradis pour les directeurs des systèmes d’information, souligne un organisateur de "learning expeditions" ! Des déplacements discrets auraient lieu actuellement en Afrique, autour du paiement par mobile qui intéresse banquiers et entreprises de distribution.

Ce sont plus spécifiquement les usages qui retiennent l’attention des comex. Arnaud de Lacoste, le directeur général d’Acticall, confie être allé voir ce qui se passe en Chine, à Shanghai et à Pékin. Passionnant, mais très éloigné culturellement, explique-t-il. Toujours en Asie, le Japon et la Corée du Sud font aussi partie des endroits à visiter pour découvrir les dernières innovations. Du côté de l’Europe, Berlin et Londres sont des destinations intéressantes. Une virée sur place revient moins cher à organiser et les idées recueillies là-bas sont plus faciles à transposer en France. Mais, dans le voyage, ce qui compte c’est le trajet plus que la destination. Antonin Torakian, le directeur de FaberNovel, assure qu’une « learning expedition » à Paris peut être enrichissante si elle a été bien préparée. L’aventure est au coin de la rue !

 

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