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Les 10 enjeux du rachat de Bouygues Telecom par SFR-Numericable

A peine dévoilée par le Journal du Dimanche du 21 juin, et confirmée le lendemain, l’offre d’acquisition de Bouygues Telecom pour 10 milliards d’euros faite par Patrick Drahi, président du groupe Altice (Numericable-SFR), a provoqué une levée de boucliers, notamment du gouvernement. Voilà les 10 clés du débat.
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C’est confirmé. Patrick Drahi, dont le groupe Altice détient déjà Numericable et SFR, a fait une offre au groupe Bouygues pour acheter sa division Bouygues Telecom. Suffisamment intéressante (on parle d’au moins 10 milliards d’euros) pour déclencher une réunion exceptionnelle du Conseil d’administration du groupe Bouygues, mardi 23 juin au matin, pour étudier la proposition. Mais Emmanuel Macron, Ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, s’est déjà opposé à l’opération. Les éditorialistes de la presse quotidienne et les syndicats s’alarment presque unanimement. Les marchés financiers, eux s’emballent. Décryptage en 10 enjeux.


1 le maintien de l’emploi

Les syndicats et le gouvernement envisagent la fusion potentiel comme une catastrophe pour l'emploi au regard des doublons entre les opérateurs dans les activités de réseaux mobile et fixe. La filiale de Bouygues compte aujourd’hui 8 817 salariés et celle d’Altice 10 591. Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger a dit craindre "une catastrophe sociale", estimant qu'il s'agissait d'une "vraie opération financière sans stratégie industrielle". Selon l’AFP, Fabrice Pradas, délégué central de l'Unsa, premier syndicat chez l'opérateur, a ajouté que "le calendrier, si l'offre venait à être acceptée, pourrait correspondre à la fin des garanties du maintien de l'emploi en 2017 prévues chez SFR dans le cadre de la fusion avec Numericable".

 

Le 19 mai dernier, à l’appel des syndicats, 1800 salariés de SFR avaient manifesté autour "des questions de rémunération, de conditions de travail, de respect de l'accord de garantie de l'emploi (prévu dans le cadre de la fusion) et sur les méthodes brutales de Numericable vis-à-vis des salariés en interne et des prestataires" (source AFP via la CGT).

 

Peu de chances enfin qu’Orange (98 000 salariés en France ) soit en mesure de reprendre des  salariés du nouveau groupe, puisque le numéro un des télécoms français s’est engagé dans une politique de réductions d’effectifs, via un important plan de 30000 départs en retraite d’ici à 2020.

 

2 L’imposante dette d’AlticE

 

Altice propose une acquisition en cash de Bouygues Telecom pour plus de 10 milliards d’euros, financée par un nouveau prêt contracté auprès de BNP Paribas. Un montant qui va encore alourdir la dette du groupe. Depuis le rachat de SFR pour 13,5 mds d’euros en 2014, sa boulimie ne semble plus avoir de limite : Virgin Mobile et Telindus en 2014, puis cette année Portugal Telecom et enfin, en mai la prise de contrôle de 70% du 7e cablo-opérateur américain Suddenlink valorisé à 9,1 milliards de dollars (à défaut d’avoir avalé le très gros Time Warner Cable).

 

Selon le Monde, ces opérations ont déjà fait gonfler la dette du groupe à près de 30 milliards d’euros, poussant le ratio dette sur marge brute à 4,9, à la limite du 5 que le groupe ne veut pas dépasser. Le quotidien précisait que le groupe joue la combinaison entre des taux bancaires bas et une réduction des coûts qui lui permet de maintenir ses marges.

 

3 La qualité de service


La méthode Numericable qui consiste en particulier à se concentrer sur la réduction des couts, rendue bien plus visible après la fusion avec SFR, a déjà provoqué des conflits avec les salariés et des fuites d'abonnés vers Orange et Free, la faute sans doute à une dégradation de la qualité de service.

 

En mars, Xavier Niel affirmait que de nombreux abonnés de Bouygues Telecom, mais aussi de SFR-Numericable depuis le dernier trimestre 2014 et le premier de 2014, arrivaient directement chez Free. Une fuite des abonnés mobiles confirmés par Numericable-SFR à l’occasion de la présentation de ses résultats du premier trimestre. Le groupe a perdu quelque 400 000 utilisateurs tombant à 22,5 millions de clients, soit une chute de 2,5% par rapport à 2014.


4  Le positionnement de Free


Dans un communiqué du 22 juin - et suite à la confirmation par Altice de son offre sur Bouygues Telecom - Numericable-SFR a annoncé être entré en négociations exclusives avec Iliad pour la revente d'un portefeuille d'actifs dans le cadre de cette offre. Cette revente reste subordonnée à la négociation des accords définitifs et à l'acceptation par Bouygues de l'offre d'acquisition portant sur Bouygues Telecom.

L'autorité de la concurrence - on le sait depuis la fusion Numéricable-SFR - n'autorisera la fusion que si Bouygues Telecom cède une partie de ses antennes, de ses fréquences et de ses boutiques à Free. Altice a donc, cette fois, le découpage. Et, vu le prix élevé de l'offre,  il y a peu de chance cette fois qu’Iliad se positionne face au groupe de Patrick Drahi. A moins qu'il ne trouver un partenaire.


5  la position d’Orange 


Stéphane Richard, PDG d’Orange avait évoqué son intérêt pour la filiale de Bouygues à l’occasion de ses vœux à la presse en janvier, mais avec un partenaire. Le patron de l’opérateur historique a toujours prôné une consolidation du marché même s’il affirme que son entreprise est celle qui en a le moins besoins. "Nous restons ouverts aux discussions avec les autres acteurs pour voir si nous pouvons faciliter un accord", a précisé un porte-parole à l’AFP. L’acquisition de Bouygues Telecom par Altice ferait aussi de SFR-Numéricable le premier opérateur mobile français (plus de 33 millions de clients mobiles contre 27,3 millions), devant Orange.


6 la consolidation du secteur


Enfin, le groupe de Patrick Drahi se positionnerait aussi comme un potentiel leader européen made in France (ou presque) à la même hauteur qu’Orange, qui a l’habitude de jouer ce rôle tout seul. Déjà implanté dans huit pays de l’Union, le nouveau groupe deviendra un autre poids lourd européen peut-être à même de peser sur la régulation que les opérateurs considèrent toujours trop favorables au consommateur. Les opérateurs du Vieux-Continent n’ont de cesse de se plaindre du très grand nombre d’acteurs européens (au point qu’on a du mal à les dénombrer) qui divise leurs revenus et … les empêche d’investir.


7 La vente des licences de la bande 700 MHz


"Que chacun se concentre sur les engagements pris en matière d'investissement, sur l'innovation, sur l'attribution imminente de la bande (de fréquences) 700 MHz et sur les opérations. C'est cela qui est bon pour l'emploi dans le secteur, pour la production et l'équipement du pays", a précisé Emmanuel Macron à l’AFP, suite à l'annonce de l'offre d'Altice. Si la fusion aboutie, le gouvernement verrait en effet s’envoler les quelque 2,5 milliards d’euros qu'il espère récupérer de cette vente planifiée à la rentrée. Et dont l’ARCEP et Bercy venaient tout juste de figer la procédure. L’Etat devrait alors attendre que la fusion soit validée et effective, et que les fréquences des uns et des autres soient réparties équitablement pour procéder à de nouvelles enchères.


8 le plan France Très haut débit


"Je continuerai à être très vigilant sur […] le respect des engagements pris par les opérateurs. Je les réunirai à nouveau le 16 juillet prochain afin de faire le point entre autres sur le très haut débit", a expliqué le ministre de l'Economie. Chaque fusion ou acquisition entre opérateurs télécoms exige du gouvernement et de l’Arcep de reprendre les obligations de déploiements de réseau des uns et des autres, afin d’assurer que le pays – ses zones denses, moins denses, ses zones blanches – soient couvertes aux échéances prévues.


9 L'émergence d'un vrai champion européen


Orange poursuit une expansion internationale autour d’une stratégie de convergence fixe-mobile. Mais Altice, lui, est un cas unique en France car il vient du monde du câble. Pour faire face à la déferlante de flux vidéo, en parallèle de la convergence télécoms, des fusions entre cablo-opérateurs et opérateurs télécoms ont lieu (Vodafone a avalé l’espagnol Ono, par exemple). C’est un des atouts  du groupe de Patrick Drahi, qui a d’ailleurs convaincu les banquiers de le soutenir dans ses précédentes acquisitions et dans son offre sur Bouygues Telecom.


10  La consolidation française


"En France, le secteur a atteint un point d’équilibre. L’heure n’est pas à la concentration entre opérateurs, mais à l’investissement. La concentration, c’est moins d’équipements, moins de réseaux et moins d’emplois," a déclaré Emmanuel Macron au journal Les Echos. La question du nombre d’opérateurs est source de débat depuis les premières discussions autour du lancement de Free. Des discussions qui se résument souvent à : plus d’opérateurs égale plus de concurrence, plus de baisse des prix pour le consommateur, alors que moins d’opérateurs égale moins de concurrence, plus de marges et de capacité d’investissement dans l’infrastructure.

 

Mais avec un Free qui continue de se targuer d’être du côté des consommateurs pas sûr que, même avec seulement trois opérateurs, les prix ne remontent. Quant à la capacité d’investissement, à l’exception de Bouygues Telecom, les opérateurs français ont fini par encaisser le choc Free et ont retrouvé de quoi faire évoluer leurs infrastructures.

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1 commentaire

Gaia
23/06/2015 14h28 - Gaia

La société Altice ne risque-t-elle pas de s’effondrer en rachetant ses concurrents les uns après les autres ? SFR, Numericable, Virgin Mobile, et maintenant Bouygues, et cela seulement en France. Qui est le prochain, Free ? Avec une dette qui grossit un peu plus à chaque fois, peut-on vraiment croire à un maintien de l’emploi au sein de ce groupe ? Sans parler de la perte de qualité de service qui pousse de plus en plus d’utilisateurs à se tourner vers la concurrence.

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