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Les 5 nécessités de la révolution industrielle 3.0

Michel Combes, directeur général d’Alcatel-Lucent a souhaité partager avec l’Usine Digitale son enthousiasme pour l’innovation numérique made in France. De retour d’un déplacement en Silicon Valley à la rencontre de la French Tech, il liste ses 5 règles de la révolution industrielle 3.0 en matière d’innovation, pour réussir la transformation numérique des organisations.

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Les 5 nécessités de la révolution industrielle 3.0
Les 5 nécessités de la révolution industrielle 3.0 © Pascal Guittet

Entre notre morne indifférence et la complainte lancinante du french bashing, on oublie à quel point les entreprises françaises et européennes sont indispensables à l’innovation mondiale en matière numérique.

À qui en douterait encore, je recommande l’expérience unique que je viens de vivre, il y a quelques jours, à Mountain View, au cœur de la Silicon Valley : une rencontre avec la French tech, ces Français qui, diplômés de nos écoles – j’y étais au titre de la Fondation Télécoms – réussissent formidablement aux États-Unis ! Je ne crois pas qu’il y ait de meilleur endroit au monde pour éprouver et comprendre cette réussite singulière. Une réussite qui s’appuie sur la capacité de ces entrepreneurs à répondre aux 5 nécessités de la révolution industrielle 3.0 en matière d’innovation :

établir un diagnostic sans concession

1. La nécessité d’établir un diagnostic sans concession : car il faut comprendre que le moment est historique et qu’il sera dangereux et irréversible de ne pas y prendre sa part. Avec la nouvelle Révolution Industrielle, rendue possible par la troisième vague de développement de l’informatique, celle-ci devient une composante intégrale de tous les objets produits. Dans ce contexte, il est absolument indispensable de réinventer nos modes de pensée, d’organisation et d’action, de renouveler notre approche de l’innovation héritée des schémas industriels d’innovation incrémentale nés dans la seconde partie du XXe siècle.

orienter l’investissement en R&D vers les activités disruptives

2. La nécessité d’orienter l’investissement en R&D vers les activités disruptives : elles sont indissociables de la révolution 3.0 et on voit que l’Europe s’y est moins préparée que les États-Unis et l’Asie – et même que l’Afrique qui est le continent trop souvent oublié de l’innovation, notamment des usages. Le besoin de rupture s’applique non seulement à la technologie mais, au-delà, aux modèles économiques et aucun secteur, du tourisme à la santé en passant par l’automobile, l’espace ou l’énergie, n’est épargné. Selon l’enquête 2014 de PWC sur l’Innovation Mondiale, les entreprises, qui n’investissent qu’1/3 de leur R&D dans l’innovation disruptive et le renouvellement technologique, veulent y consacrer les 2/3 de leurs ressources d’ici 10 ans. Une révolution que les "alumni"* rencontrés à Mountain View ont depuis longtemps intégrée et que je suis fier d’avoir lancée chez Alcatel-Lucent, qui dédie dorénavant 85 % de ses investissements aux nouvelles générations technologiques !

assimiler la nouvelle grammaire numérique

3. La nécessité d’assimiler la nouvelle grammaire numérique : d’ici 10 ans, la première compétence de tous les industriels de la planète sera le software. Nous avons déjà numérisé les données, nous pouvons désormais concevoir, produire et vendre numériquement les objets. En matière d’innovation, cela signifie qu’au-delà des compétences techniques, la vitesse de mise sur le marché des nouvelles innovations va s’accroître radicalement. Le passage à une économie du service s’opère lui aussi à vitesse accélérée : quels biens matériels possèdent Google, Facebook, Uber, AirBnB ? Leur valeur, énorme, est entièrement une valeur de service…

frugalité et ouverture

4. La nécessité de la frugalité comme de l’ouverture : combinée au reverse engineering, l’innovation frugale a permis des sauts technologiques et transformé les pays émergents en nouveaux eldorados de l’innovation mondiale. Bientôt, Shenzhen (Chine) et Bangalore (Inde) rivaliseront sérieusement avec la Silicon Valley, car ces lieux apportent quelque chose de neuf. En termes de taille et de potentiel, les BAT (Baidu-Alibaba-Tencent) sont déjà comparables aux GAFA.
L’innovation ouverte est l’autre source majeure de rupture pour une entreprise : chez Alcatel-Lucent, j’ai voulu rompre avec la tradition de secret des grands groupes technologiques et nous nous sommes engagés dans une politique polymorphe de partenariats, avec des pairs technologiques, avec le monde universitaire, mais aussi avec des grandes entreprises de secteurs adjacents — Accenture dans le domaine de l’intégration, JCDecaux dans celui de la ville intelligente — et des start-up. En favorisant la création d’un Garage à l’initiative de nos ingénieurs des Bell Labs en France et l’intrapreneurship avec des start-up internes comme Nuage Networks, nous multiplions les chances pour Alcatel-Lucent d’être un façonneur technologique du monde qui vient, comme c’est notre ambition dans le cadre du projet de rapprochement avec Nokia.

accélérer en matière de formation

5. La nécessité d’accélérer en matière de formation : aussi bien sur le plan technologique que culturel et entrepreneurial. Grâce à la fondation Telecoms, je peux observer l’engagement à y répondre de nos écoles Télécom, démentant l’a priori d’un retard français. Chaque année, plus de 50 start-up sont créées au sein des incubateurs des écoles Télécom. En 2014, le fonds numérique de prêts d’honneur de l’Institut Mines-Télécom, la Caisse des Dépôts et la Fondation Télécom ont financé 10 projets. Les bourses d’excellence pour les étudiants les plus modestes et les bourses internationales sont un instrument majeur du renouvellement des compétences et de leur adhérence aux nouveaux enjeux industriels. Il faut aller vite, mais en s’appuyant sur les outils et structures existants, en soutenant leur indispensable ambition et en embrassant les différentes dimensions de la révolution en cours, dont les dimensions sociétales, culturelles, organisationnelles. À cette condition, la France, l’Europe, leurs industries technologiques et leurs ingénieurs de talent seront prêts à prendre toute leur place dans la croissance 3.0.

Michel Combes, directeur général d’Alcatel-Lucent

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