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Les deep tech à l'honneur de France 2030, un plan à 30 milliards pour réindustrialiser le pays

Les deep tech sont à l'honneur du plan France 2030. Emmanuel Macron a dévoilé un plan visant à faire émerger les champions technologiques de demain, favoriser l'émergence d'industries sur le territoire et diminuer la dépendance de la France (et de l'Europe) vis-à-vis des puissances étrangères. Les deep tech, de jeunes entreprises qui planchent sur des innovations de rupture issues du monde académique et de la recherche, sont au coeur de ce plan. Mais avant cela il convient de sécuriser l'approvisionnement en semi-conducteurs, maîtriser les technologies numériques et assurer la formation des "talents" de demain.
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Les deep tech à l'honneur de France 2030, un plan à 30 milliards pour réindustrialiser le pays
Les deep tech à l'honneur de France 2030, un plan à 30 milliards pour réindustrialiser le pays © Youtube - Elysée

Une dizaine d'objectifs, cinq grands sujets à sécuriser et une synchronisation de l'approche à l'échelle européenne. Le plan "France 2030" présenté par Emmanuel Macron mardi 12 octobre 2021 vise à renforcer la France sur le plan industriel et dans des secteurs jugés essentiels. "On ne va pas être leader dans tous les domaines, clame Emmanuel Macron. Il y a quelques secteurs où l'on peut prendre le leadership et quelques secteurs où l'on on est en retard mais qu'on ne peut pas abandonner car ils sont stratégiques. Il faut alors consolider nos parts de marchés".

Une enveloppe de 30 milliards d'euros est débloquée pour réindustrialiser le pays, innover et prendre ce leadership dans certains domaines. Le but final étant de réduire la dépendance de la France et de l'Europe aux autres puissances mondiales.

L'importance des semi-conducteurs
Les 10 objectifs du plan France 2030 touchent à plusieurs filières industrielles et il est nécessaire de sécuriser en amont 5 grandes questions. La première est celle des matériaux : il faut garantir l'approvisionnement en plastique et métaux tout en investissant dans le recyclage et l'économie circulaire. Les questions de l'approvisionnement en terres rares ou en bois sont également essentielles. Les start-up au niveau du recyclage ou des matériaux innovants peuvent jouer un rôle essentiel.

Le deuxième élément essentiel concerne les composants et plus particulièrement les semi-conducteurs. Un défi énorme pèse actuellement sur la France, et plus globalement l'Europe, sur cette question. "L'Europe produit plus que 10% des composants électroniques mondiaux", rappelle Emmanuel Macron. Le but est de doubler la production électronique d'ici 2030 et d'avoir une feuille de route pour concevoir des puces électroniques de plus petites tailles.

Ce sujet touche plus globalement l'Europe qui cherche à établir une nouvelle fonderie sur son territoire. Les principaux producteurs sont situés en Asie ou aux Etats-Unis, et la pénurie mondiale a mis en exergue la dépendance de l'Europe vis-à-vis des producteurs étrangers. Or, plus l'industrie et la société se numériseront plus les semi-conducteurs seront essentiels. Une stratégie clé qui doit également s'étendre à la robotique ou à l'industrie 4.0.

Cloud, IA, cybersécurité… et souveraineté
Troisièmement, Emmanuel Macron affirme qu'il est essentiel de "maîtriser des technologies numériques souveraines et sûres". Sont évoqués le plan sur l'IA, le plan cybersécurité ou encore les stratégies sur le cloud et le quantique qui sont déjà mis en place et visent à faire de la France un acteur de premier plan dans ces domaines. "Pourra-t-on avoir un cloud totalement souverain d'ici 5 ans ?, s'interroge le Président de la République. Probablement pas". A ce niveau l'idée serait plutôt de parvenir à structurer des briques technologiques et garder la main sur les éléments les plus sensibles.


Les récents accords passés entre Orange et Microsoft ou Thales et Google interrogent toutefois cette stratégie du cloud souverain puisque si des entreprises américaines gardent la main sur le cœur de cette technologie et développent leur offre en France avec l'appui d'entreprises locales, le développement des acteurs français va se compliquer.

La formation et l'industrialisation des deep tech
La quatrième question est celle des talents et de l'accélération de la formation sur certaines filières. La France va débourser 2,5 milliards d'euros sur ce sujet et se doter d'une stratégie sur 10 ans pour prévoir les besoins. Enfin, la cinquième et dernière question est celle du capital et le fait de rendre plus attractif les investissements en France. Emmanuel Macron se facilite d'être parvenu à amener les investisseurs institutionnels vers des investissements "late stage", permettant notamment de faire émerger des licornes françaises. Ce sont ces "start-up et PME qui deviendront les champions de demain", glisse-t-il.

Il convient désormais de favoriser les investissements permettant d'industrialiser les innovations de rupture. "Notre pays va s'industrialiser par nos start-up technologiques qu'on appelle les deep tech", affirme Emmanuel Macron. A terme, il faut qu'au moins 100 sites industriels par an émergent dans le cadre des deep tech. Pour parvenir à ce résultat, 5 milliards d'euros, dont 3 milliards en fonds propre, sont déboursés pour favoriser la croissance de l'écosystème et la R&D.

"Les innovations de rupture, les technologies et l'industrialisation sont beaucoup plus liés que ce que l'on avait dit jusqu'à présent, a déclaré Emmanuel Macron. Quand on se désindustrialise, on perd la capacité à tirer de l'innovation dans l'industrie. Il faut réindustrialiser la France pour être un grand pays d'innovation et de recherche". Ces deep tech peuvent proposer des technologies de ruptures dans divers domaines, donc certains touchent à la dizaine d'objectifs fixés par le gouvernement à l'horizon 2030.

Nucléaire, hydrogène et décarbonation de l'industrie
Le premier objectif est énergétique : faire émerger en France d'ici 2030 des réacteurs nucléaires de petites tailles, innovants et avoir une meilleure gestion des déchets. Sur ce sujet, 1 milliard d'euros va être investi d'ici 2030 dans plusieurs projets visant notamment à améliorer la sûreté en baissant les coûts et réduire les déchets. Le deuxième objectif est de devenir leader de l'hydrogène vert en 2030 et d'avoir au moins deux gigafactories d'électrolyseurs. En parallèle, de cet objectif, 500 millions d'euros seront investis dans les technologies de ruptures dans les énergies non renouvelables.

Le troisième objectif est la décarbonation de l'industrie. Entre 2015 et 2030, les émissions de CO2 dans ce secteur doivent baisser de 35% et on est seulement à 4% de baisse en 2021. "On ne va pas fermer les usines donc il faut investir massivement pour les aider à se décarboner", assure Emmanuel Macron. Tout un pan repose sur la mise en place d'une stratégie européenne visant à pénaliser aux frontières les entreprises ne s'inscrivant pas dans cette démarche. En parallèle, il est nécessaire de poursuivre et accélérer "la stratégie de numérisation et de robotisation de l'industrie commencée avec 'France Relance'". Au total plus de 8 milliards d'euros seront déboursés pour atteindre ces trois premiers objectifs.

Transport et alimentation
Les quatrième et cinquième objectifs concernent le transport du futur et se voient doter d'une enveloppe de 4 milliards d'euros. Ils visent à produire en France à l'horizon 2030 près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides avec la poursuite de la recherche sur des technologies de rupture dans ce domaine. Mais également à produire en France, avec l'aide de partenaires européens, à l'horizon 2030 un avion bas carbone.

Le sixième objectif vise à investir dans l'alimentation saine, durable et traçable. Cela vise à investir dans le numérique, la robotique et la génétique. A ce niveau, plusieurs start-up cherchent à innover notamment en mettant au point des robots autonomes comme Naïo Technologies et AgreenCulture qui a séduit Pellenc. De même, au niveau de la traçabilité la technologie de la blockchain peut permettre de mettre au point des systèmes de traçabilité. 2 milliards d'euros, dont des fonds propres, seront consacrés à ces enjeux.

IoT, IA et quantique au service de la santé
Le septième objectif concerne la santé et les biotech. Il faut parvenir à faire converger des familles technologiques qui étaient séparées comme les innovations de rupture dans la santé avec le quantique, l'intelligence artificielle, ou encore l'IoT. D'ici à 2030, le but est de produire au moins 20 bio-médicaments contre les cancers et les maladies chroniques.

Le huitième objectif vise à placer la France en tête de la production des contenus culturels et créatifs.

Les neuvième et dixième sont qualifiés "d'objectifs de rupture" par Emmanuel Macron. Le neuvième vise à prendre part à la nouvelle aventure spatiale. Le but étant de créer un mini-lanceur réutilisable d'ici 2026. Mais également d'investir dans les constellations de satellites et les microsatellites. A ce sujet, Emmanuel Macron évoque l'entreprise américaine SpaceX qui est née d'une innovation de rupture portée par un investissement massif de l'Etat. Le but est d'occuper le champ de l'espace et de rester compétitif dans ce domaine sur lequel un nombre croissant d'acteurs se positionnent.

Enfin, le dixième objectif vise à investir dans le champ des grands fonds marins et mettre au point les innovations de ruptures permettant d'explorer ces zones. Un sujet sur lequel des start-up et deep tech peuvent également proposer des solutions innovantes.

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