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Les ICO : une nouvelle finance qui se professionnalise

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Analyse La création d'un site internet sexy ne suffit plus à mener à bien une ICO. Stratégie monétaire et économique, aspects techniques, juridiques et communication très ciblée doivent être pensés bien en amont d'une levée de fonds par vente de tokens. Les entreprises initiatrices d'ICO, de moins en moins issues de la communauté blockchain, font désormais appel à une batterie de professionnels pour s'orienter dans cette nouvelle finance. 

Les ICO : une nouvelle finance qui se professionnalise
Les ICO : une nouvelle finance qui se professionnalise © Talan

"En 2017, le quart des ICO concernait des projets d'infrastructure, de protocole, comme le projet Tezos. En 2018, les projets d'infrastructure ne représentent plus que 3% des ICO. La nature des projets a complètement changé. Il y a énormément d'ICO dans les domaines de la communication, de la finance ou encore dans le gaming", expose Alexandre Stachtchenko, cofondateur de Blockchain Partner. Sa société, qui conseille les entreprises sur l'utilisation des technologies de registres distribués, accompagne désormais des entreprises du CAC40 qui s'interrogent sur cette nouvelle méthode de financement. L'engouement pour les Initial coins offerings (ICO), ces levées de fonds en crypto-monnaies, a donc largement dépassé le seul cercle des start-up de la communauté blockchain.
 

 

Après les geeks, les hommes d'affaires
"En 2018, on compte beaucoup de projets menés par des personnes qui ne viennent pas de ce milieu. C'est le cas par exemple de Frédéric Montagnon qui a réalisé une ICO pour sa plate-forme Legolas (renommée depuis LGO, ndlr). C'est un entrepreneur qui ne vient pas de l'écosystème de la blockchain. C'est un peu comme pour les débuts d'Internet. Les geeks se sont d'abord emparés du sujet et ensuite il y a eu les hommes d'affaires", commente Alexandre Stachtchenko.

Résultat : alors qu'il y a un an, un site internet un peu sexy suffisait pour réaliser une ICO, il faut désormais bien plus préparer son projet de levée en crypto-monnaie pour espérer sortir du lot parmi les dizaines d'ICO qui se lancent chaque jour. "Aujourd'hui, pour réaliser une ICO, il faut un certain budget pour financer la communication, le road show, le community management", explique Alexandre Stachtchenko. La plate-forme LGO a ainsi mobilisé 700 000 dollars pour concocter son ICO et le projet a mûri un an et demi avant  le lancement officiel de la levée de fonds.


Des alliances pour accompagner les entreprises…

Ces spécificités poussent les entreprises initiatrices d'une ICO à s'entourer de prestataires pour ficeler leur projet sur le plan technique, juridique, économique et marketing. "Le monde des ICO s'est institutionnalisé et professionnalisé", confirme Alexandre Stachtchenko. Preuve de cette mutation : la multiplication des partenariats. Il y a quelques mois, Blockchain Partner s'est associé à l'agence de communication Havas Paris.

"Depuis l'automne dernier, nous accompagnons des entreprises dans leur démarche ICO sur le plan stratégique, technique et juridique. Beaucoup nous demandent si nous couvrons les aspects marketing et communication. Nous ne le faisons pas et jusqu'à présent nous ne savions pas vers qui les orienter. La communication est un métier à part entière et les ICO exigent une communication très précise adressée aux communautés des crypto-monnaies", nous exposait Clément Jeanneau, également cofondateur de Blockchain Partner. C'est sur ce point que Havas intervient. L'agence propose tout un panel de services : communication digitale, relations publiques, media training, préparation des road shows, gestion de crise, mais aussi intervention sur les canaux privilégiés par les communautés crypto comme les forums ou encore l'application Rocket Chat.

De son côté, l'Institut de recherche technologique (IRT) SystemX a noué un partenariat stratégique avec Largillière Finance, un cabinet de conseil en fusion-acquisition, pour proposer une offre d'accompagnement technologique et business aux porteurs de projets souhaitant lancer une ICO. Les deux partenaires entendent aider les porteurs de projets à valider leur modèle d'affaires et leur cas d'usage, évaluer la maturité technique de leur solution, possiblement accompagner le développement technique sur la partie blockchain et piloter l'opération de levée de fonds par vente de tokens.
 

… et les investisseurs

Le boom attendu des "security tokens"
Aujourd'hui, la plupart des ICO émettent des "utility tokens". Il s'agit de jetons virtuels qui donnent droit à des biens ou des services futurs, mais en aucun cas à des droits financiers. Toutefois, selon les experts du secteur, un autre type de jetons devrait largement se développer dans les mois à venir : il s'agit des "security tokens". "Ce token est vu comme un titre financier assorti de certains droits spécifiques comme un droit aux dividendes", explique Sarah-Diane Eck, CEO de la start-up Sandblock. Selon Paul Bougnoux, fondateur associé de Largillière Finance, ces security tokens sont très intéressants car ils vont accroître la liquidité des investissements. Par exemple, les investisseurs n'auront plus besoin d'attendre une dizaine d'années le retour sur investissement de leur participation dans un fonds de private-equity car ils pourront échanger leurs tokens sur des plates-formes dédiées.
Les initiateurs d'ICO ne sont pas les seuls à chercher un accompagnement. Les investisseurs eux aussi sont à l'affût de conseils. Fort de ce constat, la Maison du Bitcoin (récemment rebaptisée la CoinHouse) a diversifié son activité. "Jusqu'à présent, nous nous adressions surtout à un public retail, c'est-à-dire des gens qui avaient de petites économies et qui souhaitaient les investir dans des crypto-actifs. Nous avons désormais une nouvelle demande d'accompagnement qui vient des institutionnels", explique Manuel Valente, ingénieur des systèmes informatiques et directeur de la CoinHouse. La structure développe ainsi une offre dédiée aux institutionnels, que sont les investisseurs qualifiés, les sociétés de gestion ou encore les fonds de pension. Elle entend les orienter dans les ICO où investir, mais aussi  leur proposer une offre de conservation des crypto-actifs en partenariat avec le spécialiste français en la matière Ledger.

La place parisienne a aussi vu naître un accélérateur 100% dédié aux start-up de la blockchain. Basé à Station F, le Chain Accelerator propose aux jeunes pousses un accompagnement technique, juridique, comptable mais aussi financier, en partenariat avec le cabinet PwC, pour la réalisation des ICO. Si le nombre d'acteurs autoproclamés "professionnels" des ICO tend à se multiplier, les entrepreneurs du secteur appellent aussi à la prudence. "Lorsque vous entamez une ICO, énormément de personnes vous démarchent pour vous conseiller moyennant des rémunérations exorbitantes. Mais en réalité, très peu de gens disposent d'une solide expérience en la matière", prévient Christophe Doré, CEO de la start-up Moneytrack, en cours d'ICO et soutenue par le fonds Truffle Capital.

 

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