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"Les start-up ont besoin d'une société plus favorable à la création pour grandir vite", explique Franck Sebag d'EY.

Entretien Associé d'EY, Franck Sebag suit depuis plusieurs années la création d'entreprises, et notamment celles qui croissent le plus vite. Dans une étude récente intitutlée Au delà des licornes, l'industrialisation de la rupture, il s'inquiète, avec ses co-auteurs, de la difficulté française et plus généralement européenne à faire grandir les start-up. Ils posent les conditions nécessaires pour y réussir.  Au-delà des arguments économiques et réglementaires, l'étude montre le rôle joué par les sociétés nationales : en quelque sorte, on a les start-up qu'on mérite !
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Les start-up ont besoin d'une société plus favorable à la création pour grandir vite, explique Franck Sebag d'EY.
Franck Sebag est associé chez EY © Maximo Garcia de la Paz

L’Usine Digitale : Vous venez de publier une étude dans laquelle vous affirmez qu’il ne suffit pas d’avoir des licornes pour réussir la mutation en cours. Pourquoi ?

 

Franck Sebag : On parle toujours des licornes, et nous nous sommes demandés si ce n’était pas une erreur, si on ne ratait pas l’essentiel. Si je peux me permettre cette expression, les licornes ne sont que la partie émergée de l’iceberg. La licorne est une sorte d’accident industriel. Ce qui est essentiel, c’est la capacité à faire grandir des entreprises. Pour avoir des licornes, il faut avoir plusieurs entreprises au stade précédent et donc savoir faire croître les start-up.

 

Vous étudiez les critères nécessaires pour y réussir. Vous mettez en avant des conditions quasi-sociétales. Quelle est leur influence ?

 

Il y a bien sûr des critères économiques qui importent. Si les Etats-Unis ou la Chine ont davantage de licornes, c’est notamment en raison de la taille de leur marché intérieur. Ensuite, mieux vaut avoir une législation, une réglementation adaptée au nouveau contexte qui émerge.

 

Mais au-delà, il y a un facteur important qui est l’acceptation par la société du mouvement de création/destruction induit par la disruption numérique. Ce qui fait la différence entre deux sociétés, c’est la façon d’appréhender ce mouvement : pour certaines, c’est une chance, une suite d’opportunités, quand d’autres y voient avant tout une menace.

 

De ce point de vue, la situation française n’est pas très favorable. L’envie de protection qui s’exprime un peu partout ne nous semble pas la réponse la plus adaptée pour créer un terrain favorable à la création de sociétés qui croîtront demain.

 

Le problème n’est-il pas aussi dans une vision assez malthusienne, où chacun imagine que le nouvel entrant va lui prendre une partie de son activité ?

 

Si on regarde la querelle entre les VTC et les taxis, on a parfois l’impression qu’effectivement l’hypothèse sous-jacente est que le monde est fini. Or, qu’a-t-on constaté en matière de transport de personnes ces dernières années ? L’arrivée de nouveaux acteurs a créé un marché qui n’existait pas avant. A San Francisco, aujourd’hui, il y a plus de courses "produites" qu’avant l’arrivée d’Uber et consorts.

 

En France, on le voit en ce moment, la tentation est grande de mettre des seuils de taxation notamment dans l’économie du partage. Il y a un risque, ce faisant. Les géants du secteur viendront des Etats-Unis ou d’ailleurs, comme c’est déjà le cas pour Uber ou Airbnb et il sera difficile de leur résister. Il vaudrait mieux soutenir la création de champions français voire européens.

 

Ne trouvez-vous pas qu’il y a un changement fondamental ces dernières années avec l’émergence de la figure de l’entrepreneur, qui n’était pas aussi positive en France il y a encore quelques années ?

 

Ces cinq dernières années, les choses ont beaucoup bougé. Aujourd’hui, dans les écoles de commerce, la filière la plus choisie est l’entrepreneuriat. Les gens ont pris conscience que ce sont les entrepreneurs qui vont créer de l’emploi. Il faut donc les soutenir.

 

C’est le cas globalement non ?

 

Les pouvoirs publics ont encore trop tendance à faire d’étonnants allers-retours sur certaines mesures, alors qu’il faudrait créer un cadre stable pour la création d’entreprises. Regardez toute la problématique autour des actions gratuites actuellement. Le fond de l’affaire est qu’on veut empêcher le renouvellement de certains comportements dans les entreprises du CAC 40. Résultat : on élabore une loi qui va pénaliser les créateurs de start-up et les dirigeants d’entreprises de taille intermédiaire. Pour éviter des abus, on va tuer un outil indispensable de fidélisation des salariés. Pour grandir, les start-up ont un immense besoin de stabilité.

 

Vous évoquiez au début la taille du marché dont profitent les entreprises américaines ou chinoises. Qu’en est-il en Europe ?

 

La croissance ne peut pas se faire qu’en France. Les start-up doivent être nativement internationales. On voit de vrais succès d’entreprises françaises dans le e-commerce ou dans l’économie collaborative ou encore dans le logiciel. C’est un préalable pour la croissance dans le monde de demain.

 

La France a une chance incroyable : nous avons un terreau d’innovations inégalées, avec des bonnes écoles, des scientifiques de très bon niveau. Les pouvoirs publics devraient appuyer sur ce modèle pour faire grandir des start-up françaises qui ensuite pourraient s’internationaliser et rivaliser avec les géants des Etats-Unis ou de Chine.

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