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"Les utilities doivent se digitaliser pour survivre", prévient Accenture

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Jérémie Haddad est directeur en charge des activités de conseil pour le secteur de l’énergie chez Accenture. Pour L’Usine Digitale, il décrypte les résultats de l’étude "Digitally Enabled Grid", où sont décrites les conséquences du déploiement des nouvelles formes d’énergies et de pilotage de la performance énergétique sur les acteurs traditionnels. Les utilities doivent s’adapter et se digitaliser pour préparer l’arrivée de pure-players numériques comme Google.

Les utilities doivent se digitaliser pour survivre, prévient Accenture
"Les utilities doivent se digitaliser pour survivre", prévient Accenture © DR

L’Usine Digitale - Dans une étude récente, vous présentez comme une menace pour les utilities traditionnelles le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Pourquoi ? 

Les utilities vivent un paradoxe. Elles produisent de l’électricité et, dans le même temps, elles demandent à leurs clients de baisser leur consommation. Nous avons quantifié les pertes de revenus liés à ce nouveau paradigme. Elles sont importantes et imposent aux électriciens de modifier leurs modèles d’affaires.

Jérémie Haddad - Quelle peut être la perte de revenus pour les utilities ? 

Deux hypothèses sont possibles. La première consiste en un statu quo où les évolutions sociétales n’entraînent pas de changements radicaux et la consommation suit sa tendance actuelle. C’est toutefois une hypothèse hautement improbable puisque les nouvelles technologies vont accroître les baisses de consommation. La deuxième est que les prix de l’électricité vont augmenter et que les actions en faveur de l’efficacité énergétique seront de plus en plus présentes.

Dans ce second cas, nous avons deux scénarios. Le premier est "la spirale infernale" où la baisse de consommation entraîne une baisse de revenus telle que les utilities ne peuvent plus investir dans les réseaux et proposer des services innovants pour attirer de nouveaux clients. Ces derniers se détachent alors du réseau à la faveur des énergies décentralisées. Dans ce scénario, les énergéticiens européens souffrent d’un manque à gagner de 61 milliards d’euros d’ici à 2025.

Le second, plus probable selon nous, est la "rupture dans la demande" qui prend en compte l’émergence de nouvelles technologies de l’efficacité énergétique et des énergies décentralisées mais à un rythme de développement plus raisonnable. La perte pour les électriciens atteint alors 39 milliards d’euros.

Comment les producteurs d’électricité peuvent enrayer ces pertes ?

Ils peuvent agir sur trois volets. Premièrement, il faut réussir à abaisser les coûts d’exploitation en utilisant des technologies d’automatisation sur des tâches aujourd’hui trop manuelles. Par exemple en optimisant la maintenance prédictive afin de limiter les visites sur le terrain. Ceci nécessite le développement d’algorithmes dédiés. Pour cela, il faut investir massivement dès maintenant.

Deuxièmement, il y a besoin d’une discussion franche et innovante avec le régulateur de manière à ce que le coût de l’électricité - l’électron produit et le transport - prenne mieux en compte les modes de consommation mixtes de l’énergie. Par exemple, une personne qui auto-produit de l’électricité pourrait payer plus cher quand il fait appel au réseau. Tandis que des électro-intensifs qui ont une consommation stable et prévisible pourraient avoir des tarifs plus avantageux. 

Troisièmement, il faudra offrir de nouveaux services et de nouveaux produits, en particulier en matière de production décentralisée.

Une réelle perte de la capacité d'investissement des électriciens pourrait-elle représenter un danger pour le système électrique ?

Non, on n’en est pas là. En France, nous avons un réseau très fort. Nos ingénieurs des années 70 et 80 ont fait un travail d’optimisation très important qui nous est envié partout dans le monde. En revanche, il y a une menace sur la pérennité de certains acteurs et cela pourrait accélérer une consolidation du secteur. Par ailleurs, sur un certains nombres de sujets, d’autres acteurs industriels pourraient s’intéresser à la consommation d’énergie. 

On l’a déjà vu avec des acteurs comme Nest et leur thermostat intelligent qui apprend pour offrir le meilleur confort. C’est un produit très innovant qui a très bien marché et il a été racheté pour 3 milliards de dollars par Google. Et pour cause : Google va pouvoir récupérer des informations auxquelles il n’a pas accès "en restant juste derrière l’écran".

Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) sont-ils les futurs concurrents des électriciens?

L’information est aujourd’hui le matériau le plus important au monde ! C’est ce qui rend légitime des acteurs comme Google sur tous les marchés. Je ne pense pas qu’ils vont "s’embêter" à construire des centrales mais ils vont développer des offres de maîtrise de la consommation de l’énergie.

Face à cette échéance, les utilities doivent se digitaliser pour survivre. Elles n’y échapperont pas. Nous passons d’un monde où la consommation réelle était calculée tous les six mois à un monde où elle est calculée au minimum tous les jours. La chance des utilities est que, pour l’instant, les clients les jugent les mieux adaptés pour leur fournir des services énergétiques.

Propos recuillis par Ludovic Dupin

 
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