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Lost in digital ! Ces élites qui ne comprennent (toujours) pas le numérique

mis à jour le 13 juin 2015 à 11H04
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Lost in digital ! Ces élites qui ne comprennent (toujours) pas le numérique
Lost in digital ! Ces élites qui ne comprennent (toujours) pas le numérique © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

La scène se passe à Bercy. Dans l'une de ces directions toute puissantes où des têtes biens faites président aux destinées du pays et surtout de son économie. A un étage élevé de cet immeuble gris, nous y rencontrons, de manière informelle, un des patrons de l'institution, un haut fonctionnaire passé par Polytechnique. Question du journaliste : "que faites-vous pour la numérisation de l'économie ? Avez-vous lancé un programme ? Une initiative ?" Réponse du haut-fonctionnaire : "le numérique, c'est évidemment essentiel. Les entreprises doivent s'en saisir. Etc, etc. " Bref, un discours attendu, mille fois entendu et convenu mais ne montrant aucune réalisation concrète. L'interviewer reste sur sa faim et décide de pousser ses feux en demandant : "allez-vous créer un service ? Un secteur dédié ? Un programme ?". Et le directeur de répondre à côté : "vous savez le numérique, c'est bien mais on perd aussi beaucoup avec ces technologies... Prenez le mail, c'est un outil chronophage. Avant, lorsqu'une personne de mon service voulait me proposer une idée, il devait faire une note, la présenter à son chef, qui la présentait à son propre chef et ainsi de suite jusqu'à moi... Cela permettait de ne garder que la crème de la crème des idées. Alors qu'aujourd'hui, avec le numérique, tout le monde peut m'envoyer un mail... Attention, je ne suis pas contre mais quand même..." Terminons la phrase pour lui : "mais quand même, c'était mieux avant..."

La peur de la multitude

Cette anecdote sidérante montre bien la perturbation que créée par le numérique chez une grande partie de nos élites. Elles bouleversent le système d'organisation et de pensée dans et pour lequel ils ont été formés. Un système mis au point pour dérouler des stratégies et des politiques industrielles à grande échelle, pour déployer des grands plans étatiques de manière efficace mais qui s'avère un véritable boulet pour innover ou pivoter dans le monde digital. Ici, c'est le mail qui est perçu comme perturbateur mais finalement, c'est l'ensemble des outils, services et produits numériques qui leur font peur. Elles donnent tout à coup trop de pouvoir à n'importe qui pour faire n'importe quoi, dans leur esprit. La multitude, chère à Henri Verdier et Nicolas Colin, les effraie.

Les dirigeants d'entreprise aussi sont paumés
Cette attitude, cette crainte n'est pas le propre du secteur public. On la retrouve aussi dans la sphère privée. Récemment, deux patrons m'assuraient doctement que l'usine de demain ne serait pas numérique... Argument : rattrapons déjà notre retard pour mettre à jour nos outils de production avant de nous digitaliser, affirmaient-ils sourire en coin. Eux non plus n'ont pas vraiment saisi l'enjeu et la puissance de la révolution digitale : elle permet de réaliser des "leapfrogs" comme disent les anglosaxons, des sauts technologiques pour se remettre dans le coup rapidement. C'est loin d'être facile mais c'est possible. A condition de ne pas s'appuyer sur ses vieux schémas, de repartir de la feuille blanche pour trouver le raccourci qui nous permettra de revenir rapidement dans la course. Un chemin qui ne peut pas se tracer tout seul mais avec ses équipes. Et tant pis si une partie d'entre elles vous inondent de mails...

Thibaut De Jaegher

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8 commentaires

luporsi
18/06/2015 10h45 - luporsi

Et voilà. On pose une question bateau dont on attend une réponse en 15 mots , poliment l'interlocuteur s'exécute, répond comme à côté comme prévu ne sachant pas bien où on veut l'emmener ; en fait c'était un tribunal déguisé, et là le jugement est établi à la face du lecteur. Evidemment l'affaire était entendue, et la réponse - nulle, car suite à une question nulle également - corrobore je jugement déjà prêt et déjà signé. Accusé, ci-devant polytechnicien (la pointe du jugement se trouve là) , élite incompétente donc car parvenue aux dépens de la société, tout le monde sait que la république n'a pas besoin de savants . Un contre feu sur les attaques vis à vis des autres "élites" était attendu depuis quelques temps. Le voilà juste après le rapport Attali, tout va bien. Signé Fouquier Tinville, procureur autoproclamé.

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Daniel Sánchez Latorre
16/06/2015 02h01 - Daniel Sánchez Latorre

Permettez-moi d'exprimer ma tristesse la plus sincère lorsque je lis les propos de ce haut fonctionnaire de formation Polytechnique; je réside depuis de nombreuses années à l'étranger et je ne pensais pas que l'arrogance culturelle pouvait s'avérer si méprisante avec les réalités technologiques, organisationnelles et sociales de ce début de XXIème siècle. Est-ce vraiment plausible nier de telles réalités de la part de l'élite de notre Grande France, ou devons parler de "soi-disante" élite? La crise économique, oui, mais aussi la crise socio-culturelle de notre propre strate dirigeante, malheureusement j'y crois de plus en plus, il ne nous manquait plus que ça....

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Maxime
14/06/2015 19h20 - Maxime

Intéressant mais pourquoi cette idée que les mails sont représentatifs des technologies numériques actuelles et de demain. Étant né après 1990 j'ai toujours connu le mail, c'est (pour moi) un outil "vieux" dans le sens où il est déjà bien en place et ne changera (d'après moi) pas ou peu et qui effectivement est extrêmement chronophage, il suffit de regarder combien de secrétaires passent leurs journées à traiter des mails, combien en 8h ? 200, 300 ? Sur une entreprise de 300 personnes, le temps passé à rédiger/lire/répondre à un mail devient vite un poids. D'ailleurs les start-up ne communiquent que peu par mail, en nombre/jour puisque tout le monde sait ce qu'il se passe.

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N. Reiter
06/06/2015 07h49 - N. Reiter

Comment dire ... ? " Affligeant " serait peut-être approprié ? Ceci étant, il ne suffit effectivement pas d'en faire le constat mais de trouver des solutions et il me semble qu'avant tout, il faille une volonté politique de faire plutôt que de ne pas faire. Et si tout commençait par imposer au sein de chaque direction un " référent technologie " (appelons le comme cela) ... une sorte de manager " reset " qui mette à la page tous ces esprits lobotomisés ...

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Boisson
04/06/2015 06h18 - Boisson

Démonstration impeccable et ce n'est pas prêt de se terminer. On doit vivre avec chers amis

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CUSEY Benoit
04/06/2015 15h50 - CUSEY Benoit

Exactement ! D'autant plus vrai lorsque l'on regarde le mode de fonctionnement des générations Y et Z qui sont nées avec (dans) le digital !

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Simottel
01/06/2015 23h52 - Simottel

Cher Thibaut, Excellente tribune je me demande même s'il ne faudrait pas l'intituler "Lost" tout simplement

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Olivier PAGES
01/06/2015 18h26 - Olivier PAGES

Excellent! On en rit ou on en pleure...au choix! On s'est croisé il y a quelques mois à Toulouse. Le projet ffly4u avance: tracking d'objets mobiles de type palettes, rolls, containers, pièces détachées...dans l'ecosystème SIGFOX. Un VC est proche de nous rejoindre. Au plaisir de vous revoir. Vos tribunes sont rafraichissantes...et toujours pertinentes. A bientôt. Olivier PAGES.

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