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Lost in digital ! Et si c’était (aussi) la faute des grandes écoles

Edito Sans le vouloir, le Canadien CGI a pointé une des raisons du paradoxe numérique français : des Français en pointe dans les usages, mais des entreprises et des politiques à la traîne. Son livre blanc "Le numérique est une chance à saisir pour la France", réalisé avec des étudiants de quatre grandes écoles françaises, dévoile en effet une réalité : nos futures élites confondent encore numérique et informatique !
mis à jour le 13 juin 2015 à 11H03
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Qu’on se le dise. Le numérique n’est pas qu’une histoire de smartphone, d’email et de big data. Le numérique est la mise en réseau et en données du monde, tant économique que social et environnemental. Et c’est cela qui change tout, ou va tout changer. C’est de cela qu’il faut parler lorsqu’on parle de formation au numérique, de nouvelles compétences à pourvoir, de nouveaux modèles économiques à trouver et de nouvelle façon de penser l’emploi et le travail.

Or le livre blanc "le numérique est une chance à saisir pour la France", que le canadien CGI s’apprête à remettre à nos élus, est passé à côté de cette réalité. Et les 33 propositions avancées par les étudiants de quatre grandes écoles françaises (CentraleSupelec, Université Paris-Dauphine, ECE Paris et Telecom Ecole de Management) pour aider la France à prendre la position de leader numérique qui devrait, selon eux, lui revenir, restent d’un conformisme alarmant.

personne pour aider les étudiants à sortir du cadre

La faute, sûrement autant à CGI — grande société de services informatique, principalement préoccupée par la pénurie de compétences — qu’aux enseignements des grandes écoles, qui ne semblent pas avoir pris la mesure des bouleversements en cours. "Qui pour former les enseignants au numérique ?", pointe d’ailleurs l’un des professeurs responsables de l’étude. Et surtout, qui pour aider les étudiants, aussi brillants soient-ils, à sortir du cadre, comme l’oblige aujourd’hui le numérique, plutôt que de ne fonder leur analyse et leurs propositions que sur des chiffres et des observations de cabinets ou structures d’un autre âge… celui d’avant la révolution numérique !

Qui pour leur dire que les quatre thèmes sur lesquels ont les a fait travailler (industrie d’excellence, mécanismes des soutiens en Europe, big data et compétences), ne sont que des parties d’un tout. Qu’il est impossible de parler de pénurie de compétences et de formation continue sans se poser la question de ce qu’est le numérique aujourd’hui et surtout ce qu’il est en train de faire de nos économies, de notre travail. Les étudiants proposent de créer un indice de maturité numérique des entreprises. Mais pour quoi faire ? Pour mesurer quoi ? Le temps qu’une entreprise va résister sans changer son modèle économique ou le pourcentage de salariés capables de choisir un mot de passe efficace ?

Pas étonnant que nos talents s'en aillent

On aurait aimé cette impertinence. Mais les 33 propositions — qui visent normalement à éclairer nos instances publiques dans un cadre financier très contraint — ne vont pas jusque là. Certes, certaines méritent attention, comme la création d’une licence d’exploitation big data, ou la concentration des efforts sur la formation continue. Mais, à y regarder de plus près, la plupart sont trop générales — comme développer des villes intelligentes, ou renforcer les programmes d’éducation au numérique — voire déjà en chantier, comme l’ouverture des données de santé ou de transport.

Dommage. L’idée de demander à des jeunes d’imaginer des solutions pour faire avancer la France numérique était bonne. Mais l’excellence de nos grandes écoles et université est aussi son principal défaut. Et ce n’est pas pour rien que les meilleurs ingénieurs qu’elles forment partent chez Google ou Tesla ! Les champions du numérique ont bien compris, eux, que la technologie n’était qu’un moyen de changer le monde. Pas sa finalité.

Aurélie Barbaux

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