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Nos élites sont "lost in digital" ? Tant mieux ! Des leaders "digital native" vont émerger

Notre éditorial "Lost in Digital ! Ces élites qui ne comprennent (toujours) pas le numérique" a suscité de nombreuses réactions. Nous vous proposons ici de lire le billet que Françoise Gri a écrit pour poursuivre la réflexion de ce billet. Publié récemment sur son blog, le point de vue de l'ancienne dirigeant de Pierre & Vacances et de Manpower et d'iBM se veut résolument positif. Les élites de l'ancien monde ne sont pas connectées ? La belle affaire ! De nouveaux leaders "digital native" vont émerger...
mis à jour le 13 juin 2015 à 11H12
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Nos élites sont lost in digital ? Tant mieux ! Des leaders digital native vont émerger
Nos élites sont "lost in digital" ? Tant mieux ! Des leaders "digital native" vont émerger

Lost in Digital est l’un de ces articles qui se sont multipliés ces derniers mois décrivant des ‘élites’ françaises déconnectées face à la vague de transformation profonde que génèrent et vont générer les technologies et les usages digitaux.

Qu’ils s’inquiètent ou se moquent, qu’ils critiquent ou interpellent, tous ces articles opposent la créativité, l’ambition des modèles des Scaleup’s(startup à fort potentiel de croissance) aux stratégies digitales timides des leaders établis et déplorent l’incapacité de la France et de l’Europe à avoir une stratégie ambitieuse et gagnante pour demain.
Mais pourquoi faudrait-il s’inquiéter ? Schumpeter faisant beaucoup d’émules ces temps ci, il est après tout logique que de nouveaux leaders succèdent aux anciens. L’image de Pierre-Gilles de Gennes qui dit : ‘Ce n’est pas en perfectionnant la bougie que l’on invente l’électricité’ illustre merveilleusement le débat. Et qu’importe si 50% des entreprises du classement de Fortune 500 disparaissent d’ici 2030 et sont remplacées par ces nouveaux géants, dont les valorisations faramineuses disent l’attente des marchés quand le nombre de leurs utilisateurs se transformera en profit..
Il importe évidemment la place de la France et de l’Europe dans l’économie mondiale car on peine à identifier un européen dans ces nouvelles stars du digital. (cf Le recensement par le WSJ du club des start-up’s valorisées à plus d’un milliard de $)
Il importe aussi le modèle social de demain car ceux qui disparaitront portent une grande partie de l’emploi d’aujourd’hui et que les mutations qui se préparent seront encore plus brutales si ces grandes organisations ne réussissent pas leurs transformations.

Alors qu’est ce qui bloque ? Pourquoi est ce si difficile ?

  • Est-ce un problème de compréhension intime des technologies à l’œuvre et des usages qu’elles permettent ?
  • Est-ce la culture, horizontale, collaborative, qui va avec cette transformation qui heurte les modes de pensées et de fonctionnement des dirigeants en poste ?
  • Est-ce la formation de nos dirigeants, rationnelle, analytique, élitiste, qui ne va pas au processus de création de nouveaux modèles, qui lui demande vision, expérimentation, itération et distorsion?
  • Est-ce un déni de la vitesse à laquelle ces changements vont se mettre en place ?

Evidemment oui, et ce sont ces freins qui sont d’abord pointés par les uns et les autres. Mais malgré leur ampleur, ce ne sont sans doute pas les plus importants. Ce qui est très difficile pour une grande entreprise, c’est de décider et de mettre en place un chemin qui la fasse passer du modèle du passé au modèle du futur au bon moment et au bon rythme. Outre le fait qu’elle ne part pas d’une feuille blanche, une entreprise établie ne joue pas avec les mêmes règles ni les mêmes attentes de ses parties prenantes qu’une ‘scaleup’.

Il y a d’abord le sujet objectif de la capacité de financement des investissements nécessaires qu’il faut arriver à générer en plus de la profitabilité attendue par les marchés car ceux ci ne sont pas prêts à renoncer à des profits de court terme pour investir sur le plus long terme. . Bien avant qu’on ne parle de disruption digitale, Steve Jobs dénonçait les stratégies ‘milking the cash cow’ mortelles pour des entreprises remarquables. Mais lorsque l’on y arrive, il y a aussi l’équilibre d’investissements et d’attention à trouver entre ‘entretenir le vieux’ et ‘créer le neuf’. Et puis, il y a toutes ces parties prenantes qui n’ont pas intérêt à ce que cela change trop vite parmi les collaborateurs, les partenaires, les bons clients…L’industrie informatique nous donne une illustration saisissante de cette difficulté. Des stars des années 90 il n’en reste que bien peu. Ce n’est qu’au bord du gouffre, grâce à Lou Gerstner, leader hors norme, et grâce aussi à ses réserves financières gigantesques que l’éléphant IBM a su se réinventer et réapprendre à danser au moins pour un temps. Apple est la seule exception notable.

Bref, si l’on parle du futur, ce n’est pas d’abord vers les élites d’aujourd’hui que nos regards doivent se tourner. C’est vers notre écosystème de compagnies innovantes qu’il faut miser pour que la France au sein de l’Europe, compte encore demain. Rien à voir avec la Silicon Valley évidemment, mais peut on encore gagner dans cette cour là? Inventons notre modèle autrement, il y a de la place pour de l’innovation plus frugale, plus locale, maligne. Et il semble bien qu’il se passe quelque chose en France aujourd’hui dans ce registre là.  Allez reviens Léon! on innove à la maison !

Françoise Gris

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