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Nous sommes tous des start-up ! (Ou comment faire carrière à l’âge de l’incertitude...)

Stéphane Schultz décrypte ici pour L'Usine Digitale les nouveaux enjeux du numérique et les clés du succès de celles et ceux qui savent en tirer parti. Cette semaine, il chronique le livre du fondateur de LinkedIn, Reid Hoffman, "The Start-up of you", un véritable guide de carrière 4.0.

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Nous sommes tous des start-up ! (Ou comment faire carrière à l’âge de l’incertitude...)
Gérer sa carrière comme si on était un entrepreneur, tel est le "pitch" du livre "The Start-up of You". © Manpower

En 2009, le Gouvernement Obama est contraint d’injecter 77 milliards de dollars en urgence pour éviter la fermeture des “Big Three” - Ford, GM et Chrysler- à court de crédit. En à peine 40 ans, Détroit est passée de symbole de la grandeur industrielle américaine à l’une des plus grande faillite de l’histoire. Ces entreprises n’ont jamais su adapter leurs produits aux évolutions de la demande, pas plus que leurs méthodes de fabrication à la compétition internationale. Le succès facile des Trente Glorieuses les avait transformées en entreprises sûres d’elles et allergiques au risque.

Reid Hoffman, le fondateur de LinkedIn et investisseur dans la Silicon Valley a choisi cet évènement comme point de départ de “The Start-Up of You”, un livre co-écrit avec le journaliste Ben Casnocha (et traduit en français sous le titre : "managez votre carrière comme une start-up"). Les auteurs y voient le symbole de la nécessité vitale de s’adapter aux évolutions du monde. Ce n’est pas le contexte économique qui a eu raison des “Detroits”, c’est leur aveuglement et leur rigidité.

1. Ne croyez pas que la transition numérique s’arrêtera à la porte de votre bureau.

Ce qui est arrivé à ces grandes entreprises va se produire pour nos carrières. “Detroits Are Everywhere : les forces du changement qui ont jeté à terre cette industrie jadis prospère risquent de jeter à terre toutes vos carrières, quel que soit le niveau de sécurité que vous ressentez en ce moment”. Aux États-Unis, si dans les années trente, les entreprises restaient 66 ans en moyenne au S&P 500 (l’équivalent du CAC 40 américain), elles n’y passent plus que 10 ans depuis les années 90. En Europe, si la situation n’est pas aussi extrême, bien peu sont les salariés qui se considèrent à l’abri.

Alors, que faire ? L’ouvrage développe des analogies entre la situation d’un(e) entrepreneur(se) et celle d’une personne en recherche d’emploi. “Quand vous démarrez une entreprise, vous devez prendre des décisions dans un environnement pauvre en information, dans un temps et avec des ressources limitées. Vous n’avez ni garanties ni filets de sécurité, ce qui vous amène à prendre un certain nombre de risques. La compétition change. Le marché change. Le cycle de vie ces produits se raccourcit”.

2. Investissez dans vous même

Pour composer avec ces contraintes et ces challenges, l’entrepreneur doit agir : développer des avantages compétitifs, concevoir des plans d’action, rechercher les opportunités en prenant une certaine dose de risques. Et surtout, cet entrepreneur n’est pas seul. Il construit et entretient un réseau de relations où puiser la business intelligence dont il a besoin pour survivre et réussir.

Le message est simple : au-delà des entreprises, VOUS aussi devez vous adapter. En réveillant l’entrepreneur qui est en vous. En investissant “dans” vous-même. Pour cela vous devez adopter les mêmes stratégies et méthodes que les start-ups.

Les auteurs nous prennent par la main sur ce chemin. Ils développent chaque étape de développement de votre “start-up personnelle" :

- révéler et développer vos avantages compétitifs sur le marché

- élaborer des plans d’actions pour avancer et pour se refaire en cas d’échec

- prendre des risques intelligents qui ouvrent des opportunités

- utiliser votre réseau pour réussir.

3. Le monde est plus petit que vous ne le pensez

Marc Zuckerberg avait choisi psychologie comme "majeure" à Harvard. Reid Hoffman est lui passionné de sociologie. Pour l’américain, la création de LinkedIn n'est autre que la traduction numérique de la théorie des "6 degrees" de Milgram. En 1967, le chercheur Stanley Milgram a conduit une expérience célèbre démontrant que si chaque personne transmettait un courrier reçu d’une personne connue à une autre personne connue, il suffisait de 6 “transferts” pour qu’une lettre partie du Nebraska parvienne à son destinataire, un habitant du Massachussetts. Sans que ces deux destinataires n'aient aucun lien direct en commun.

Hoffman nous explique que dans le monde professionnel, les 3 premiers degrés suffisent. Mathématiquement, 3 degrés de distance représentent un réseau beaucoup plus grand que vous ne l’imaginez : par exemple, si vous avez 150 relations sur LinkedIn (relations de premier niveau : vous avez accepté mutuellement de vous connecter), cela peut vous sembler peu. Mais si ces 150 relations ont en moyenne 150 relations directes, cela représente un accès potentiel à 22 500 relations de 2ème niveau. Et si ces relations de 2ème niveau ont elles mêmes 150 relations directes, c’est près de 3,5 millions de relations de troisième niveau que comptent votre réseau. Pourquoi s’arrêter à ces trois niveaux ? Parce que ce sont les seuls que vous pouvez utilement et “socialement” solliciter.

Application : je veux contacter C pour lui présenter mon super projet, mais je ne suis pas en relation directe avec C. Je m’aperçois que C est en relation avec B, qui lui-même est en contact direct avec A. Et A est un ancien collègue avec qui je suis en relation directe. Je peux donc demander à A de demander à B de parler de moi à C. Cela vous semble abscons ? Réfléchissez à la manière dont vous avez rencontré un fournisseur, un collègue, voire vos proches.

Rien qu’en France, LinkedIn rassemble déjà 8 millions de personnes (sur 27 millions d’actifs). Et plus de 330 millions dans le monde. Votre réseau professionnel est sans limite.

4. "Réseautez", mais intelligemment

On ne trouvera pas dans ce livre de trucs pour contacter le prospect inatteignable. Au contraire, Hoffman déconseille les cold calls (appel/rencontre non sollicités). Il démontre en revanche en quoi les intérêts mutuels et les recommandations sont les clés du succès. “One lunch is worth dozen of emails” : Hoffman met en avant l’importance des relations humaines, du contact direct et du (petit) service rendu. Baissez la garde, osez demander conseil. Sollicitez des avis sur vos projets, vos choix, les personnes à rencontrer. Rendez-vous disponible pour en donner aux autres. Faites des “petits cadeaux” aux gens que vous ne connaissez pas mais qui vous intéressent - au sens noble du terme : envoyez-leur un article (celui-ci par exemple), suggérez une manifestation, présentez-leur une relation.

5. Un guide pour naviguer dans l’incertitude

Les auteurs invitent aussi chacun à s'"inoculer de la volatilité pour absorber les chocs". Pour se préparer aux éventuels accidents de carrière, rien de tel qu'une prise de risque mesurée mais régulière. Pour cela, ils recommandent d’élaborer toujours 3 plans : le plan A est votre prochain job ; le plan B est le job que vous visez dans quelques années et qui n’est pas atteignable immédiatement ; le plan Z est votre plan de secours, celui que vous mettrez en œuvre si les autres foirent (par exemple, le mien est : "aller tous loger chez ma mère"). Attention, votre plan Z doit être réaliste et facile à mettre en oeuvre. L’idée est que meilleur sera votre plan Z, plus vous pourrez prendre des risques pour atteindre votre plan B.

Au-delà des plans, le livre incite à "vivre en état de permanent beta" : ne pas s'accrocher à des certitudes ni rechercher la perfection. En informatique lancer un produit en version beta signifie le lancer commercialement avant qu'il soit totalement achevé, pour recueillir des retours d’utilisateurs. Privilégiez l’action sur la réflexion, il sera toujours temps de corriger en marchant. Et surtout, n'oubliez pas de solliciter vos proches et vos alliés pour vous aider. Il y a beaucoup à faire, mais vous n’êtes pas seul. Votre réseau peut vous aider. 

Vous avez peut-être comme moi découvert les réseaux sociaux professionnels par bouche-à-oreille et sans formation. Vous y êtes allés timidement au début, puis vous avez pris confiance et aujourd’hui ils font partie intégrante de votre quotidien. Le livre The start-up of you est en quelque sorte le mode d’emploi de la vie qui va avec les réseaux sociaux. Une vie où l’on s’affranchit des barrières de l’entreprise, où l’on partage ce que l’on sait et demande ce que l’on ne sait pas. Une vie où le monde devient un terrain de jeu qui n’attend que vous pour révéler ses opportunités.

Stéphane SCHULTZ est fondateur et consultant chez 15marches, agence de conseil en stratégie et innovation. Suivez-le sur Twitter @15marches

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