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OpenLab, centres R&D, programme pour les start-up… Comment et pourquoi Huawei pose ses pions en France

mis à jour le 06 avril 2018 à 18H24
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L’actualité est riche pour Huawei en ce début d’année 2018. Lancement mondial du P20 au Grand Paris, ouverture de l’OpenLab à Paris, contrat de 400 millions d’euros avec Sodexo… La marque chinoise multiplie les annonces. Mais quelle est sa stratégie en France ? Nommé directeur général de Huawei France, Shi Weiliang dévoile ses ambitions à L’Usine Digitale.

OpenLab, centres R&D, programme pour les start-up… Comment et pourquoi Huawei pose ses pions en France
Shi Weiliang, directeur général de Huawei France depuis novembre 2017. © Huawei

Le 27 mars 2018, Huawei présentait son tout-nouveau smartphone, le P20,  sous la nef du Grand Palais devant un parterre de quelque 1700 personnes… Le choix de Paris pour ce lancement mondial n’est pas anodin. L'occasion parfaite pour le constructeur chinois d’asseoir sa position en France, tant d’un point de vue design et technologique que BtoB. "La France occupe une place très importante dans notre stratégie", explique Shi Weiliang, directeur général de Huawei France, à L’Usine Digitale. Une stratégie qui a pris une autre dimension cette année.


Une nouvelle vision stratégique

"Nous avons changé notre vision. Avant, notre rôle était d’enrichir les communications avec le réseau télécom. Aujourd’hui, tout le monde utilise un téléphone. On rentre dans une ère de digitalisation". Et c’est bien un acteur de cette nouvelle ère que Huawei souhaite devenir : "Nous voulons amener le digital partout, dans chaque famille, chaque organisation. Nous voulons construire un monde digital connecté et intelligent. Tout doit être connecté et détecté : la voiture, les bâtiments… Même les choses naturelles", poursuit Shi Weiliang, citant même les arbres. "On ne sait pas encore pour quoi faire mais si c’est connecté, cela laisse place à beaucoup d’imagination."

Et alors que la marque chinoise est boycottée par les Etats-Unis pour des raisons de sécurité des données, Shi Weiliang le martèle : "Les données ne nous intéressent pas".  Et de préciser : "On ne veut pas fournir des capteurs ou traiter les applis. Notre rôle est très clair. On veut construire une plateforme sur laquelle les clients et leurs partenaires peuvent se connecter, et créer leurs propres applications". Et ce, avec un investissement particulier dans les domaines de l’intelligence artificielle, l’IoT, le cloud et la 5G.

Pour cela, Huawei investit massivement dans la recherche et développement. L’entreprise y a consacré un budget de 11,6 milliards d'euros en 2017, soit 15 % des revenus du groupe, et prévoit d’y consacrer 10 milliards de dollars par an sur les dix prochaines années.


La France au cœur de la stratégie innovation de Huawei

Sur ce terrain de l’innovation, la France est très bien positionnée. Shi Weiliang insiste : "Notre ambition est d’investir fortement dans notre R&D en France".  Implantée dans l’Hexagone en 2003, Huawei y a ainsi déjà installé quatre centres, dont deux dédiés à l’intelligence artificielle et la 5G, un au design et un autre aux chipsets.

"Depuis trois ans, nous avons 100 chercheurs ici en France qui travaillent sur la 5G et l’IA", rappelle-t-il.  Nous avons décidé de mettre notre centre de recherche en France pour son expertise en matière d’algorithmes et de mathématiques", précise Shi Weiliang. Grâce à ce centre, nous estimons que nous avons 6 mois d’avance sur nos concurrents dans le domaine de la 5G". Et de préciser également que la partie IA du Huawei P20 a été développée en France.  "La France a une très bonne méthodologie pour développer les talents [dans ces domaines]". Et de citer aussi les universités, comme Polytechnique ou  ParisTech, avec qui Huawei commence à travailler.

L’entreprise a également inauguré le 3 avril 2018 à Paris son deuxième OpenLab européen, un espace de 1000 m2 entièrement dédié à l’innovation et à destination de ses clients et partenaires. "L’OpenLab est une porte pour être plus flexible et plus innovante", explique Shi Weiliang. Avec 950 collaborateurs (toutes fonctions confondues), réunis pour la plupart au siège de Boulogne-Billancourt, Huawei se positionne ainsi comme le premier employeur chinois en France.

 

Le retail, la mode et la voiture connectée en ligne de mire

Pourquoi investir aussi massivement dans l’Hexagone ? "Car la France a une très bonne réputation dans le monde pour toute l’industrie, et notamment dans l’automobile avec Renault et PSA, la grande distribution, avec Carrefour et Décathlon qui marchent très bien en Chine, et la mode, comme Louis Vuitton, Hermès, Chanel… ". Trois secteurs clés que Huawei compte bien conquérir : "Avec le cloud, la bockchain, on est en train de vivre une disruption. Tous ces métiers traditionnels sont aujourd’hui en train d’être challengés. Pour cela, on doit aider toutes les entreprises".

Dans cette stratégie de conquête des entreprises françaises, la nomination de Shi Weiliang en novembre 2017 au poste de directeur général France n’est pas un hasard. Diplômé en 2005 du CESEM (Centre d'Etudes Supérieures Européennes de Management) de
NEOMA Business School à Reims, ce Chinois d’à-peine 35 ans est parfaitement francophone... et francophile. Ce qui facilite les échanges.
 

Renforcer les partenariats avec les "major" français

Eric Xu, CEO "tournant" de Huawei, et Carlos Tavares, Président du directoire de PSA

 

Après des collaborations de long terme sur la partie télécom avec des acteurs majeurs comme Orange Business Services, Veolia ou Thalès, Huawei a signé fin 2017 un partenariat stratégique avec le Groupe PSA pour développer la "Connected vehicle modular platform" (CVMP), une plate-forme IoT dédiée au véhicule connecté. Le deuxième volet du partenariat s’est matérialisé par      l’implantation d’une "LabCar" au sein de l’OpenLab. Huawei a également signé en janvier 2018 un contrat de 400 millions d'euros avec Sodexo. Objectif : délivrer des services intégrés de facilities management.

Sur le terrain de la mode, le Chinois travaille actuellement avec une grande marque de luxe française pour connecter les sacs. "L’idée est de pouvoir mieux protéger les sacs, pour l’entretien mais aussi en cas de perte", nous indique Shi Weiliang. "Nous réfléchissions aussi à la manière d’informer les clients fidèles sur les lancements de nouveaux produits, mais sans le déranger". Un axe marketing jusqu’ici non exploité par la marque. "Cela fait partie de nos axes de recherche. A chaque fois, nous essayons de trouver des solutions adaptées à la stratégie de la société et des clients."

En parallèle, Huawei travaille également en partenariat avec des cabinets de conseil comme Cap Gemini ou Accenture pour imposer ses solutions. Et si la plupart des contrats signés avec les acteurs français concernent des applications en Chine, en Afrique, au Moyen-Orient ou dans d’autres pays que la France, l’objectif est de s’imposer auprès des grandes acteurs français et ainsi de renforcer sa notoriété… Avant de déployer davantage de solutions en France.

Sensibiliser les start-up et les étudiants

Les étudiants selectionnés pour le bootcamp Talents Numériques 2017

 

Mais l’ancrage de la marque Huawei en France ne s’arrête pas aux contrats commerciaux. Il passe également par l’intégration de la marque à l’ensemble de l’écosystème numérique. Le concours Talents Numériques (Future of Seeds, en anglais), programme international destiné aux étudiants ingénieurs spécialisés dans les télécommunications et l’informatique-réseaux, s’intègre dans ce cadre. "Il est certain que ce programme nous permet d’avoir des ambassadeurs de la marque", nous avouait Walter Jenning, VP Communications de Huawei, à propos de Talents Numériques lors de notre rencontre à Shenzhen en juillet 2017.

Même principe pour Digital inPulse. En partenariat avec le Comité Richelieu et Business France, ce programme pour les start-up françaises est destiné à les soutenir dans leur innovation et leur internationalisation. Mais sans intention de rachat. "Les start-up font aussi partie de notre écosystème. Elles sont plus flexibles et plus agiles", indique Shi Weiliang. A titre d’exemple Huawei a sélectionné Secure-IC, lauréate de Digital InPulse il y a trois ans, comme fournisseur pour la sécurité son chipset.


1 milliard de dollars de CA en France

La stratégie semble payante. Sur un total de 78 milliards au niveau mondial,  le chiffre d’affaires a franchi le milliard de dollars en France en 2017. "On ne cherche pas la plus grande part de marché. On cherche davantage la notoriété et la réputation".

"Il y a 7 ans,  personne ne connaissait Huawei et personne ne savaient comment le prononcer", rappelait Richard Yu, PDG de Huawei Consumer Business Group lors du lancement de P20. Si un travail de communication sur la prononciation de la marque est encore à mener – malgré une campagne radio en France début mars 2018 en France – Huawei figure désormais dans le top 3 mondial des ventes de smartphone, derrière Samsung et Apple. Déjà réputé dans le secteur des télécom, la marque semble désormais également bien partie pour s’affirmer comme un acteur clé de la transformation digitale des entreprises.

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