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OuiShare Fest : l’économie du partage en pleine crise existentielle

Si la troisième OuiShare Fest a comme thème "Lost in Transition", ce n’est pas juste par hommage cinématographique. Après l’euphorie des débuts, l’économie du partage s’avoue un peu perdue face à des interrogations politiques et sociales. Les organisateurs de l'événement ont identifié quatre principales zones de tensions : le partage de la valeur, les enjeux politiques, la rigidité des grandes organisations et la place du travail.
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OuiShare Fest : l’économie du partage en pleine crise existentielle
OuiShare Fest : l’économie du partage en pleine crise existentielle © Uber

Après l’euphorie des débuts en 2013, l’obsession des communautés en 2014, l’édition 2015 du OuiShare Fest (du 20 au 22 mai à Paris) marque une nouvelle étape, celle de la crise existentielle, voire d’adolescence (tout grandit si vite avec le numérique). Le thème "Lost in Transition" n’est pas anecdotique. Les organisateurs et leur réseau de "collecteurs" ont en effet conscience que l’économie collaborative, ou "sharing economy", ne tient pas forcément toutes ses promesses. "On se demande où l’on va après les premiers succès et les premiers échecs, résume un organisateur. Quelle direction, quel chemin doit prendre ce mouvement ?"

Et pas question de se voiler la face. Les jeunes diplômés de grandes écoles françaises à l'origine de OuiShare (des déçus du marché du travail) veulent rester lucides… et critiques : "Le but du OuiShare Fest est aussi de poser les questions qui fâchent. Après l’euphorie, les projets de l’économie collaborative n’ont pas tous tenu leurs promesses, notamment en terre de partage de la valeur." L’équipe de OuiShare a ainsi identifié quatre grandes zones de tension dans ce mouvement finalement plus sociétal qu’économique.

QUELLE PARTAGE DE LA VALEUR ?

La première grande tension concerne donc le partage de la valeur. Les entreprises de la sharing economy ne sont rien sans leur communauté. Or, lorsque le succès arrive, que les investisseurs affluent et que les capitalisations s’envolent, la communauté ne ramasse que des miettes, voire rien du tout. Le cas d’Oculus et de son casque de réalité augmentée, qui a levé deux millions sur Kickstarer pour finalement être racheté deux milliards par Facebook est  emblématique. Mais ce n’est pas le seul. Nombreux sont les nouveaux champions à se couper de la communauté qui les a vu naitre en invoquant des raisons économiques à leur protectionnisme financier et la nécessité de se protéger des futurs entrants sur le marché...

UN MOUVEMENT DE PLUS EN PLUS POLITIQUE

La deuxième grande tension est… politique. Avec cette économie du partage sont apparues les promesses d'une nouvelle démocratie. Pour les membres de OuiShare, dans les mois qui viennent, la question de l’économie collective va se politiser. "Les politiques devront sortir du 'solutionisme' technologique", expliquent-ils. Lancer des applis de démocratie participative ne suffira pas. "C’est bien de discuter de sharing économie, mais on a besoin d’une rupture maintenant", a d’ailleurs lancé Robin Chase, fondatrice de Zipcar et Buzzcar en ouverture du OuiShare Fest, faisant notamment référence à l’urgence climatique.

Le manque d'agilité des grandes organisations

La troisième tension se situerait au niveau des grandes organisations. "On voit poindre de nouvelles alliances entre activistes, hackers et de grandes organisations qui cherchent à lutter contre les Gafa. Elles multiplient aussi les collaborations avec les start-up. Mais elles manquent d’agilité", observe le collectif. Ils sont bien placés pour le savoir, les deux principaux partenaires de OuiShare sont la Maif et SNCF, qui a notamment envoyé 50 de ses cadres au OuiShare Fest pour mieux comprendre ce qu'il se passe. Ils ne vont pas être déçus. Dès la première matinée, le fondateur de Crowd Companies Jeremiah Owyang leur a expliqué que, si les entreprises veulent rester dans le jeu, elles doivent changer de business modèle et penser leur marque comme un service. "Brand as a service ! ", a martelé l’américain.

L'épineux problème du travail

Enfin, la quatrième tension est probablement la plus problématique. Elle concerne le travail et sa rémunération. L’économie du partage provoquerait "précarisation rampante" et ubérisation, tandis que le salariat n’apporterait qu’aliénation. Un casse-tête social, économique, et politique !

Face à ces tensions, l’économie collaborative serait donc un peu perdue. Mais pas désespérée. "L’économie collaborative est le futur. On a le choix de continuer sur la voie capitaliste ou de choisir notre futur et d’aller vers la sharing economy", a proposé Robin Chase. Toute la question est de savoir si c’est encore vraiment un choix.

Aurélie Barbaux

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