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OuiShare Fest : Le peer-to-peer peut-il vraiment sauver le monde ?

Le peer-to-peer ne se limite pas à l’échange de fichiers entre ordinateurs. Il permet à des individus de créer, entre égaux, de la valeur, c’est-à-dire des biens communs, immatériels mais aussi matériels. Un modèle vertueux, qui pourrait effectivement s’imposer dans une économie post-capitaliste, à condition néanmoins de régler la question de la rémunération des contributions. Mais de là à "Sauver le monde", comme le promet le titre du livre de Michel Bauwens, fondateur de la Fondation P2P… À voir.

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OuiShare Fest : Le peer-to-peer peut-il vraiment sauver le monde ?
OuiShare Fest : Le peer-to-peer peut-il vraiment sauver le monde ? © Pascal Guittet

Le monde capitaliste est en crise écologique, économique, voire politique. Né avec Internet, le peer-to-peer - qui permet à des gens de créer, en tant qu’égaux, de la valeur sans être obligé de demander une autorisation - proposerait une voix crédible post-capitaliste. C’est du moins la thèse de Michel Bauwens, ancien directeur de la stratégie e-commerce de Belgacom et fondateur de la fondation P2P, dans un livre d’entretiens réalisé avec l’ancien journaliste Jean Lievens, lui aussi membre de la fondation P2P, et intitulé "Sauver le Monde, vers une économie post-capitaliste avec le peer-to-peer", publié en mars 2015 aux éditions Les liens qui libèrent.

Le passage à une véritable économie pair à pair serait même, à terme, inéluctable, pour le philosophe Bernard Stiegler, qui préface l’ouvrage. Michel Bauwens est plus mesuré, même si pour lui aussi l’essor d’une économie du partage "nous mène vers une société post-capitalistique, où le marché doit enfin se soumettre à la logique des commons", c’est-à-dire des biens communs, la base de l’économie du partage.

Les 3 lois du peer-to-peer

Pourquoi ? "Notre modèle économique est fondé sur l’idée absurde de l’abondance matérielle et de la rareté de l’immatériel, […] et nous utilisons les droits d’auteurs et les brevets pour édifier des barrières artificielles autour des connaissances humaines afin de compliquer autant que possible le partage et la collaboration", écrit Jean Lievens, en préambule de l’ouvrage. Le système peer-to-peer (P2P), basé sur un modèle de contributions ouvertes et d’exploitation open source, arriverait à point nommé pour libérer les énergies et la créativité. Il serait même plus efficace que les systèmes propriétaires et fermés actuels, basés sur la propriété et l’économie de la rareté, si l’on en croit les trois lois du peer-to-peer édictées par Michel Bauwens.

La première dit que lorsqu’un système qui s’appuie sur la propriété intellectuelle fermée doit être en concurrence avec un système qui s’appuie sur la propriété intellectuelle ouverte et les contributions libres, le second système évince le premier. La deuxième dit que, lorsque deux systèmes ouverts sont en concurrence, c’est le système le plus ouvert qu’il l’emporte en fin de compte. La troisième, enfin, dit que lorsque deux systèmes ouverts "communautaires" sont en concurrence et que l’un des deux passe une alliance avec une entreprise privée (comme Linux avec IBM), ce système hybride à plus de chance de réussir.

Le peer-to-peer ne se développerait donc pas à la place de l’économie capitaliste actuelle, mais avec elle. "La production entre pairs est durable collectivement, mais pas individuellement (les contributions, non rémunérées, ne permettent pas à un individu de vivre). […] Elle doit maintenant s’allier d’une manière ou d’une autre au capital, du moins jusqu’à l’émergence d’un système alternatif", reconnaît Michel Bauwens. Ce système alternatif pourrait inclure le "revenu contributif", inspiré du régime des intermittents du spectacle, préconisé notamment par Bernard Steigler et le sociologue Antonio Casilli.

Le nécessaire revenu contributif

On n’en est pas là. Car pour l’heure, les nouveaux géants du capitalisme comme Facebook et Google (et directement des Uber et AirBnB ?), que Michel Bauwens nomme des capitalistes "netarchiques", s’ils comprennent et favorisent le développement de la libre coopération, cherchent uniquement à infléchir ce travail gratuit à leur avantage ! D’autant que le peer-to-peer ne se limite pas à la création de valeur de biens immatériels, comme l’encyclopédie Wikipédia ou le développement de logiciel open source, rendu possible par des ordinateurs peu onéreux - et des prix des communications qui ont suffisamment baissé pour permettre à chacun d’acquérir ses propres moyens de production. Des initiatives comme Sensorica, Wikispeed et Local Motors prouvent que le modèle P2P permet aussi de fabriquer des véhicules. Un système qui intéresse de plus en plus les industriels installés.

Mais il atteint déjà ses limites. "Un système qui ne rend rien à ceux qui produisent de la valeur est déséquilibré et crée une crise de valeur au sein de la société. Cela parce que la valeur produite est exponentielle alors que celle de la monétisation est seulement linéaire ? Nous avons effectivement démocratisé les moyens de production mais pas de rémunération", explique Michel Bauwens. Avant d’avoir réglé le problème de la rémunération, le peer-to-peer ne pourra donc pas sauver le monde. En revanche, il peut lui indiquer un chemin plus durable. "Nous allons vers une société où l’économie sera de nouveau fondée sur la valeur d’usage directe et où l’éventuelle valeur d’échange (la vente sur le marché) ne sera qu’un moyen de réaliser cet objectif", croit Michel Bauwens. À suivre.

Aurélie Barbaux

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